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Qu’est-ce que la Tokenomics ?

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Ce que l’on appelle Tokenomics (composé des mots Token et Economy, soit économie de jetons) représente, pour un projet crypto, la façon dont va être gérée la création de jetons pour le bon fonctionnement du projet. Cette gestion de création existe déjà pour les systèmes monétaires “fiat” et permet un suivi du phénomène d’inflation. La Tokenomics désigne finalement le suivi de ce phénomène appliqué aux cryptomonnaies.

À cette définition s’ajoute la participation à la gouvernance de certains projets défi (finance décentralisée) ce qui permet de créer des communautés d’utilisateurs veillant à l’évolution du projet à travers le temps.

L’histoire pour comprendre les enjeux de la Tokenomics

Si le mot peut paraitre complexe à première vue, l’idée est somme toute extrêmement simple. L’univers médiatique parle généralement d’inflation pour mettre en évidence une hausse des prix des produits de consommation du quotidien. En vérité, ce n’est pas les prix qui ont tendance à augmenter, mais c’est la valeur de la monnaie qui a tendance à baisser.

L’inflation est un phénomène qui a pu marquer nombre de règnes, et si Philippe IV “le Bel”, Roi de France, avait trouvé une solution en changeant de monnaies à outrance pour dévaluer celles sur lesquelles reposaient ses dettes, l’exemple de Philippe II, roi d’Espagne au XVIème siècle permet une bonne appréhension du problème.

Au XVIème siècle, l’Espagne conquiert l’Amérique Latine et y découvre une richesse incommensurable : des mines d’or et d’argent se terrent au plus profond de la Cordillère des Andes. Le minerai d’argent apparait ainsi comme particulièrement abondant.

Le Royaume d’Espagne touche le pactole, pourtant sa situation financière ne s’est pas pour autant améliorée. En effet, le minerai d’argent est particulièrement utilisé comme valeur refuge en pays Latins. Les pièces de monnaie sont en majorité composées d’argent. Le problème vient du fait que la Couronne d’Espagne est surendettée auprès de nombreux créanciers européens, notamment Charles-Quint, prince de la maison Habsbourg. Les nombreux lingots d’argents ne font en vérité qu’un rapide passage par l’Espagne et grossissent principalement les caisses de ses voisins français et hollandais. C’est ainsi que le marché Européen fini inondé d’argent, de sorte que l’immense richesse espagnole s’en voit diminuée à mesure que le minerai abonde sur les étales européennes.

En définitive, la trop grande quantité d’argent importée, et surtout distribuée, en Europe a causé une importante dévaluation de ce que Philippe II pouvait penser être son El Dorado. Une meilleure gestion de ses finances aurait pu lui permettre de préserver ses réserves de minerais précieux et ainsi pouvoir valoriser sur une échelle de temps plus importante son fabuleux trésor.

Cette histoire montre l’importance de la quantité mise en circulation sur la valorisation d’un actif. À l’instar du marché des cryptomonnaies, toute analyse de l’écosystème d’un actif nécessite une attention particulière aux notions de quantité disponible, quantité totale et gestion de l’inflation.

La Tokenomics, règle d’or de l’économie des actifs numériques

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La Tokenomics permet de marquer au plus profond de la blockchain les règles régissant la quantité maximale (on parlera bien souvent de supply totale), l’émission monétaire et la distribution des actifs numériques (le cas échéant, certains projets peuvent distribuer une certaine partie des jetons à une certaine entité, l’équipe de développeurs du projet par exemple).

C’est donc avec intérêt que tout investisseur doit s’attarder sur ces caractéristiques puisque celles-ci pourront avoir une grande influence sur la valorisation du token. Elle est généralement détaillée dans les livres blancs produits par les équipes de développement à l’occasion d’ICO (initial coin offering).

Les trois composantes de l’économie de jetons

La supply totale

La supply totale représente la quantité maximale de jetons pouvant être émis par le fonctionnement de la blockchain. Il faut dans ce cas faire une distinction entre quantité disponible et quantité totale. La quantité disponible représente le nombre de jetons déjà émis à un instant “t”, ceux que vous et moi pouvons dès à présent acheter sur un exchange comme Binance ou FTX.  La quantité totale représente quant à elle la quantité maximale que pourra atteindre le nombre de jetons en circulation à terme. Ainsi, s’agissant du Bitcoin, 21 millions de tokens seront minés sur cette blockchain, ni plus, ni moins. 

L’émission

Il s’agit de la quantité de jetons créée et reversée aux validateurs d’une blockchain en fonction d’une période de temps déterminée. En effet, les validateurs d’un réseau blockchain (appelés généralement Mineurs pour le cas des blockchains reposant sur le modèle du proof of work comme le Bitcoin) gagnent des récompenses pour leur participation au fonctionnement du réseau : en premier lieu, une certaine quantité de jetons émis pour chaque nouveau bloc créé, en second lieu, les frais de transaction payés par l’utilisateur du réseau.

Il est astucieux de remarquer que pour les blockchains dont le jeton est quantitativement limité, l’émission de ces jetons est régis par un système de désinflation (ie. la réduction du taux d’inflation au fil du temps). Pour ce qui est du Bitcoin, ce que l’on appelle le Halving est un évènement survenant tous les quatre ans. Il s’agit de la division par deux de la quantité de Bitcoin émise par la blockchain pour chaque bloc créé. Ainsi, les mineurs de Bitcoin en 2009 recevaient pas moins de 50 BTC par bloc créé (le temps de création d’un bloc est de l’ordre de la seconde pour Bitcoin). En 2013, ils n’en touchaient que 25 puis 12,5 en 2016, etc.

Ce système de désinflation a permis à l’économie du Bitcoin de se développer au fur et à mesure de l’augmentation de sa capitalisation. Finalement, le dernier Bitcoin sera miné en 2140, après quoi les mineurs ne seront plus rémunérés que sur les frais de transactions payés par les utilisateurs.

La distribution

La plupart des projets de blockchain publique prévoient la distribution d’une part de la supply totale à certains acteurs ou à destination de certaines utilisations précises. Par exemple, les fondateurs du coin Zcash ont bénéficié d’une distribution équivalente à 10% de la supply totale (2 100 000 jetons, soit plus de 157 millions de dollars au jour de la dernière distribution le 30 novembre 2020).

A contrario, l’économie de jetons du Bitcoin ne prévoyait pas de distribution de tokens à son créateur. Satochi Nakamoto, dont la réelle identité reste toujours inconnue, détiendrait une importante quantité de tokens (il serait question de plus ou moins un million de jetons). Néanmoins, il faut attribuer cet état de fait à la forte probabilité que celui-ci fût sans doutes le seul ou l’un des seuls mineurs de Bitcoin à l’époque de sa création. Notons que cela ne manque pas d’inquiéter une partie de la doctrine qui estime qu’en l’absence d’une connaissance minimale des intérêts du créateur du Bitcoin, un risque systémique planera sur l’écosystème Bitcoin.

D’autres projets prévoient une allocation pour le marketing, voire une allocation destinée à être redistribuée à l’instar de ce que peuvent bénéficier les utilisateurs de Brave en Basic Attention Token.

Les ICO jouent un rôle prédominant dans la distribution des tokens en permettant à de nouveaux projets de lever des fonds en allouant une partie des jetons en circulation à une tranche de la communauté, à des investisseurs privés ou encore à n’importe quel potentiel acheteur.

Cependant, toutes les blockchains ne sont pas régies par le même fonctionnement.

Exemple de distribution sur Solana – Source : Messari.io

Deux modèles d’économie de jetons prédominants

Cet article n’ira pas jusqu’à expliquer la totalité des systèmes existants du fait du nombre important de variantes pouvant être ajoutées dans le code d’une blockchain. Seront donc étudiés les deux modèles les plus courants : 

Le modèle désinflationniste à quantité limitée :

Il s’agit tout simplement du fonctionnement utilisé par le Bitcoin, à savoir une quantité limitée à terme et une émission monétaire de moins en moins importante au fil du temps. De nombreuses cryptomonnaies sont régies sous ce modèle, il est possible de citer Solana, Litecoin, BAT, Tron, et bien d’autres aux côtés du roi des cryptos.

Le modèle à inflation équilibrée : 

De nombreuses blockchains ont été codées sans incorporer de quantité limitée d’émission de jetons. Ce choix peut être fait pour différentes raisons, généralement impliquant l’usage devant être fait de la blockchain en question.

C’est par exemple sous ce modèle que le protocole Ethereum fonctionne. Cependant, certains mécanismes sont mis en place afin de limiter l’inflation, voire de créer un système déflationniste.

C’est l’objectif de l’implémentation des futures mises à jour du réseau Ethereum : alors que le taux annuel d’émission de jetons ETH est actuellement égal à près de 4,5%, le passage de la preuve de travail (Proof of work) à la preuve d’enjeu (Proof of stake) devrait permettre aux développeurs de réduire ce taux à moins de 1%.

Par ailleurs, la mise à jour intitulée EIP-1559 instaurera un système de burn, à savoir qu’une partie des frais payés à terme par les utilisateurs d’Ethereum ne seront pas reversés au validateur, mais supprimés purement et simplement. Cela pourrait permettre d’atteindre non seulement un équilibre avec le taux d’émission, mais potentiellement d’engendrer une diminution de la quantité de jetons en circulation en cas de forte utilisation du réseau.

Ces deux modèles ont leurs forces et leurs faiblesses et les justifications derrière leur fonctionnement ont un intérêt certain.

Ainsi, s’agissant d’Ethereum, le livre blanc indique qu’un taux d’émission stable permettrait d’éviter la trop forte concentration de richesses entre les mains de quelques acteurs/validateurs.

Le système désinflationniste du Bitcoin, comme précédemment énoncé, permettait le développement croissant de son écosystème en rémunérant les mineurs en quantité importante de Bitcoin lorsque celui-ci ne valait pas les dizaines de milliers de dollars qu’il vaut en 2021.

Influencer sur la gouvernance de projets crypto

C’est l’un des intérêts phare de la participation à une ICO : avoir la possibilité de détenir à moindres frais une quantité suffisante de coin permettant d’influer sur l’avenir du projet.

Cette utilisation particulière du token se retrouve généralement dans de nombreux projets défi comme AAVE sur Ethereum ou PancaqueSwap sur la BSC. Le fait de détenir des tokens permet ainsi de pouvoir voter pour certaines décisions impactant la plateforme (listing à venir d’un nouveau coin, allocation de ressources, burn de jetons, etc).

Par exemple, les détenteurs du coin AAVE peuvent influencer la gestion de certaines fonctionnalités de la plateforme : le coin AAVE permet à ses détenteurs de moduler les récompenses allouées à deux usages distincts :

  • L’utilisation de la plateforme (prêt ou emprunt) est récompensée par l’allocation d’un pourcentage des sommes laissées sous séquestre ou empruntées en AAVE. Cela permet à la plateforme d’inciter la venue de nouveaux utilisateurs
  • Les récompenses de stacking allouées aux détenteurs de coin AAVE qui participent au système de sécurité de la plateforme (un fond d’assurance est mis en place en cas de problème de sécurité)

Le coin AAVE vous permet également de proposer des améliorations possibles, ce qui conduira à son vote par la communauté in fine.

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Source : AAVE app

Ainsi, ce que l’on appelle économie de jetons désigne l’ensemble des règles régissant l’écosystème d’un token et l’utilisation que peut en faire la communauté. Il s’agit donc d’informations indispensables à connaître pour tout investisseur désirant participer à l’environnement crypto, d’autant que l’écosystème des cryptomonnaies reste dérégulé et donc en proie à de nombreuses intentions malveillantes. Do Your Own Research comme dirait l’autre.

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