Ce qu’il faut retenir :
- La réunion prévue à Oman sur le détroit d’Ormuz a été reportée faute de consensus.
- L’Arabie saoudite a fermé son oléoduc est-ouest après une attaque de drones.
- Le rendement de l'emprunt français à dix ans atteint 4,49 %, son plus haut depuis 2008.
Le Brent a bondi de 3,5 %, au-dessus de 108 dollars le baril, après le report d’une réunion déterminante entre les pays du Golfe et l’Iran sur le détroit d’Ormuz. La référence internationale du pétrole s’échangeait ensuite à 107,40 dollars.
Ce report constitue un revers pour les efforts régionaux de désescalade autour d’un passage par lequel transitait, avant la guerre, un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux.
La réunion qui n’a pas eu lieu
Les ministres des Affaires étrangères iranien et arabes devaient se retrouver à Oman pour examiner un accord entre Téhéran et Mascate destiné à gérer temporairement le trafic maritime dans le détroit.
Badr Albusaidi, chef de la diplomatie omanaise, a annoncé le report dans l’intérêt du consensus, sans autre précision. Il a redit son attachement à un dialogue soutenant la stabilité et une coopération durable dans la région.
La portée de ce rendez-vous manqué mérite d’être mesurée. Il aurait réuni pour la première fois depuis près de deux ans les chefs de la diplomatie des six membres du Conseil de coopération du Golfe, soit l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, Oman et Bahreïn, avec leur homologue iranien. L’Irak devait également y participer.
Bahreïn, qui assure la présidence tournante de cette organisation et figure parmi les États les plus touchés par les représailles iraniennes, avait annoncé samedi qu’il n’y prendrait pas part.
Ce que prévoyait l’accord en discussion
Le mécanisme négocié pendant plusieurs semaines entre Mascate et Téhéran reposait sur un partage du passage.
Les navires entreraient dans le détroit par les eaux iraniennes et en sortiraient pour l’essentiel par le territoire omanais. Ce dispositif provisoire devait s’appliquer jusqu’à ce que l’Iran et ses voisins s’entendent sur le statut futur de ce point de passage.
Les diplomates avertissaient toutefois qu’une réouverture complète supposerait également un accord entre Washington et Téhéran.
L’Arabie saoudite prise en tenaille
Le premier exportateur mondial de pétrole affronte une crise en formation, qui pèse autant que le blocage diplomatique sur les cours.
Une attaque de drones venue d’Irak, où opèrent des milices chiites soutenues par l’Iran, a contraint jeudi le royaume à fermer l’oléoduc reliant ses champs de l’est à sa côte ouest. Cette infrastructure était devenue déterminante pour ses exportations depuis que l’Iran a entravé le trafic dans le détroit.
Des images satellites montrent d’importants dégâts sur une station de pompage, et la durée de la remise en service reste inconnue.
Les rebelles houthis du Yémen, également soutenus par Téhéran, ont par ailleurs lancé des vagues de missiles et de drones contre des installations énergétiques dans le sud du royaume. Ces forces ont progressé le long de la côte yéménite de la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, autre passage maritime déterminant pour le commerce international.
Deux des principales routes d’exportation du Golfe se trouvent donc contraintes simultanément.
L’accord de juin reste hors de portée
L’initiative omanaise devait rouvrir une voie vers le protocole d’accord signé en juin entre l’Iran et les États-Unis.
Ce texte prévoyait une prolongation de soixante jours du cessez-le-feu, une réouverture progressive du détroit et des négociations sur un règlement définitif, dossier nucléaire compris. Chaque capitale a accusé l’autre de l’avoir violé, notamment sur la question des modalités de passage des navires, principal levier de Téhéran, ce qui a déclenché le cycle de frappes réciproques en cours.
Les positions actuelles laissent peu d’espace. Washington a indiqué aux médiateurs qu’il ne reviendrait pas à ce protocole et n’accepterait qu’un accord plus large incluant le volet nucléaire.
Téhéran pose de son côté trois conditions à une réouverture complète, même en cas d’accord avec Oman : la levée du blocus de ses ports, le rétablissement d’une dérogation lui permettant de vendre son pétrole, et l’accès à une partie de ses avoirs gelés à l’étranger.
Donald Trump affirme pour sa part que le détroit est ouvert. Les exportations énergétiques du Golfe restent pourtant bridées, et aucune marchandise ne peut être importée par cette voie.
La transmission vers les taux européens
L’effet de cette flambée se lit immédiatement sur les marchés obligataires.
Le rendement de l'emprunt d’État français à dix ans a gagné 0,04 point de pourcentage lundi, à 4,49 %, son plus haut niveau depuis 2008. Les obligations européennes se sont affaiblies sur fond d’inquiétudes inflationnistes.
Ce niveau pèse directement sur le coût de financement du déficit français, dans un contexte où le ministre de l’Économie a déjà prévenu qu’il serait difficile de supprimer la surtaxe sur les grandes entreprises dans le prochain budget.
Et maintenant ?
Deux échéances rapprochées structurent la semaine.
La Réserve fédérale se prononce mercredi, avec une hausse des taux anticipée à plus de 80 %. La Banque du Japon suit jeudi. Les deux institutions arbitrent sur une inflation que ce baril à 108 dollars alimente sans qu’elles disposent du moindre moyen d’action sur sa cause.
Le calendrier diplomatique reste pour sa part sans date. Aucune nouvelle réunion n’a été annoncée, et la remise en service de l’oléoduc saoudien conditionne à court terme la capacité d’exportation du premier producteur mondial.
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