Ce qu’il faut retenir :
- Le Brent chute de 8 % à 89,10 dollars le baril après la suspension des frappes entre Washington et Téhéran.
- Le détroit d’Ormuz reste fermé au trafic commercial, ce qui limite le potentiel de baisse du brut.
- L’inflation américaine atteint 4,1 % et la Fed tranche mercredi sur une possible hausse de taux.
Le Brent a chuté de 8 % ce lundi, à 89,10 dollars le baril, sa plus forte baisse sur une séance depuis le plongeon de début avril qui avait suivi le premier cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. La référence mondiale du brut dépassait encore 100 dollars lors des dernières séances, portée par deux semaines d’affrontements autour du détroit d’Ormuz.
Pourquoi le prix du pétrole chute-t-il ce lundi ?
Cette décision semble être le fruit d’un équilibre particulièrement délicat. La nouvelle escalade au Moyen-Orient et la forte hausse des prix de l’énergie ont compliqué les perspectives en matière d’inflation.
L’armée américaine n’a signalé aucune frappe aérienne contre l’Iran depuis la nuit de jeudi. Les forces iraniennes, de leur côté, n’ont visé aucune base américaine de la région depuis vendredi. Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, a déclaré dimanche que Donald Trump laissait du temps aux négociations avant de décider d’une reprise des frappes. Les médiations se poursuivent.
Tout se joue sur un point de passage : le détroit d’Ormuz, ce couloir maritime par lequel transitait environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux avant la guerre. Washington et Téhéran s’en disputent le contrôle depuis le début du conflit, fin février.
Ormuz reste fermé aux affaires
Les analystes du marché pétrolier appellent à la prudence avant d’anticiper une poursuite de la baisse. Le détroit demeure inaccessible au trafic commercial et les tensions entre les rebelles houthis du Yémen et l’Arabie saoudite menacent d’autres routes d’approvisionnement.
“Nous ne voyons pas le trafic se normaliser de sitôt”, a résumé Helima Croft, responsable de la stratégie mondiale sur les matières premières chez RBC Capital Markets. Une pause dans les combats ne rouvre pas la navigation dans les deux sens, à rebours de ce que Donald Trump affirmait en juin en évoquant un rétablissement des flux mondiaux.
La Fed face à une décision serrée
La flambée du brut a poussé l’inflation américaine à 4,1 %, plus du double de la cible de 2 % de la Réserve fédérale. Le FOMC se réunit cette semaine pour arbitrer entre la première hausse de taux depuis trois ans et un nouveau statu quo. Les paris sur un relèvement dès mercredi sont retombés à 34 % lundi matin, contre 37 % à la clôture de vendredi, d’après les données de CME Group.
Le taux directeur reste calé dans une fourchette de 3,5 % à 3,75 % depuis la fin de l’année dernière. Les analystes de Deutsche Bank jugent l’arbitrage inhabituellement indécis, la flambée énergétique ayant brouillé les perspectives d’inflation. Chez Barclays, l’économiste Jonathan Millar table sur un maintien des taux, tout en admettant qu’une énergie chère renforce l’argument d’un resserrement à terme.
Obligations et actions repartent à la hausse
Les rendements obligataires ont reculé lundi matin, les investisseurs révisant à la baisse leurs paris sur une inflation dopée par l’énergie. Le rendement du Treasury américain à 10 ans, référence pour les emprunts sur les marchés de dette mondiaux, a cédé 0,04 point de pourcentage, à 4,64 %. Le gilt britannique de même maturité a perdu 0,05 point, à 4,98 %. Un rendement qui baisse signifie un prix d’obligation qui monte.
Les indices actions ont profité du même mouvement. Le Stoxx Europe 600 gagnait 0,8 % en matinée, tandis que les contrats à terme pointaient vers une ouverture en hausse de 1 % pour le S&P 500 et de 1,6 % pour le Nasdaq Composite. Le diesel a également reflué, avec un contrat européen de référence en baisse de 2,7 %, à 1 201 dollars la tonne.
Et maintenant ?
Deux échéances dominent l’agenda. La décision de la Fed mercredi, d’abord. Les élections de mi-mandat ensuite, dans un peu plus de 100 jours, où les républicains jouent leur contrôle des deux chambres du Congrès. L’essence coûte en moyenne 4,11 dollars le gallon aux États-Unis d’après l’automobile club AAA, contre moins de 3 dollars avant le début du conflit. Un sondage FT/Focaldata mené fin juin créditait Donald Trump de 36 % d’opinions favorables sur son bilan présidentiel.
Si le repli du baril tient, la Maison-Blanche gagnera du temps sur le front des prix. Si les frappes reprennent au-dessus d’Ormuz, le brut retrouvera le chemin des 100 dollars.
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