Ce qu’il faut retenir :
- Samsung anticipe un bénéfice opérationnel record de 58,4 milliards de dollars au deuxième trimestre, multiplié par 19 sur un an.
- L’action a pourtant chuté jusqu’à 10 % ce mardi, entraînant le Kospi et les valeurs mémoire mondiales.
- Les investisseurs doutent du rendement des 2 000 milliards de dollars d’investissements prévus par Samsung et SK Hynix.
Samsung Electronics vient de vivre l’un des paradoxes boursiers les plus violents de l’année. Le géant sud-coréen a annoncé ce mardi anticiper un bénéfice opérationnel record de 89 400 milliards de wons (58,4 milliards de dollars) au deuxième trimestre, multiplié par 19 sur un an. La sanction des marchés : une chute de l’action jusqu’à 10 % en séance, avant une clôture à -8 %. Le troisième trimestre record d’affilée n’a pas suffi à rassurer.
Pourquoi l’action Samsung chute-t-elle malgré un bénéfice record ?
Le problème ne vient pas des chiffres, mais de ce qu’ils coûtent. Les investisseurs s’interrogent sur le rendement des investissements colossaux engagés dans l’IA, alors que les plans d’expansion agressifs du secteur nourrissent les craintes de surproduction future. Des informations de presse selon lesquelles Meta prévoit de revendre ses capacités de calcul excédentaires à des clients externes, dans le cadre d’une offensive dans le cloud, ont ajouté à la nervosité.
“Les investisseurs ont désormais besoin de prévisions solides”, d’un pouvoir de fixation des prix durable et de la certitude que la demande n’a pas atteint son pic, résume Charu Chanana, cheffe stratégiste investissement chez Saxo. JPMorgan pose la question qui fâche : la mémoire IA représenterait 52 % des dépenses d’investissement des fournisseurs de cloud cette année, et plus de 70 % l’an prochain. Un niveau que beaucoup jugent intenable.
La correction a emporté tout le secteur. SK Hynix a perdu 7 %, le japonais Kioxia 11 %, et le Kospi, très dépendant des deux champions coréens, a plongé jusqu’à 8 %, déclenchant une suspension temporaire des échanges avant de finir à -5 %. L’indice garde tout de même plus de 80 % de gains sur l’année.
Des résultats hors norme portés par la pénurie de mémoire
Sur le papier, le trimestre force le respect. Le bénéfice opérationnel attendu dépasse celui de l’ensemble de l’année 2025 et bat, de peu, le consensus des analystes établi à 87 300 milliards de wons selon LSEG SmartEstimate. Le chiffre d’affaires ferait plus que doubler sur un an, autour de 171 000 milliards de wons.
Le moteur reste la pénurie aiguë de puces mémoire provoquée par la demande d’IA. Samsung et SK Hynix, premiers fournisseurs mondiaux de mémoire à haute bande passante (HBM) pour les centres de données, ont concentré leur production sur ces produits à forte marge, ce qui étrangle l’offre de mémoire classique. Résultat, selon Citi : les prix de vente moyens des puces DRAM ont bondi de 44 % et ceux de la NAND de 53 % au deuxième trimestre par rapport au précédent. Nomura anticipe encore 25 % et 24 % de hausse ce trimestre. Petit bémol comptable : le bénéfice a été rogné par des provisions pour primes salariales, Samsung ayant accepté fin mai de verser 10,5 % du bénéfice opérationnel de sa division puces à ses employés.
2 000 milliards d’investissements et une IPO géante en toile de fond
L’ampleur des paris explique la fébrilité. Samsung et SK Hynix prévoient d’investir ensemble 2 000 milliards de dollars pour étendre leur production de puces en Corée du Sud, un programme courant jusqu’en 2040 pour Samsung. Pour financer sa part, SK Hynix a lancé lundi le marketing de sa cotation américaine, une opération proche de 30 milliards de dollars, avec des certificats de dépôt (ADR) attendus vendredi à New York. Signe d’une certaine euphorie, l’émetteur d’ETF ProShares lancera dès lundi prochain un produit à effet de levier promettant deux fois la performance quotidienne du titre.
Ce qu’il faut surveiller
Samsung publiera ses résultats détaillés dans le courant du mois, avec les marges par division et surtout ses prévisions, désormais le seul chiffre qui compte pour le marché. Les débuts de SK Hynix à Wall Street vendredi serviront de test grandeur nature de l’appétit pour la mémoire IA. Les analystes attendent une pénurie qui se prolonge en 2027, mais la séance de ce mardi a fixé la nouvelle règle du jeu : un bénéfice record ne protège plus les valeurs de l’IA, il ne fait que relever la barre.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.