Ce qu’il faut retenir :
- Strategy a vendu 3 588 BTC pour environ 216 millions de dollars, à un prix moyen proche de 60 000 dollars.
- La société de Michael Saylor détient encore 843 775 BTC, avec une moins-value latente de 11,4 milliards de dollars.
- Le produit des ventes finance les dividendes des actions préférentielles et regonfle la réserve en dollars.
Strategy vend désormais du Bitcoin par milliers. La société de Michael Saylor a cédé 3 588 BTC pour environ 216 millions de dollars la semaine dernière, selon un document 8-K déposé lundi auprès de la SEC. Un changement d’échelle brutal : il y a un mois, la vente de 32 malheureux bitcoins avait suffi à faire plonger le marché. Cette fois, l’entreprise a vendu à un prix moyen d’environ 60 000 dollars, loin de son coût d’acquisition moyen de 75 476 dollars par bitcoin.
Pourquoi Strategy vend-elle ses bitcoins ?
Le dépôt réglementaire détaille deux salves : 1 363 BTC cédés pour 80,8 millions de dollars les 29 et 30 juin à 59 256 dollars pièce en moyenne, puis 2 225 BTC pour 135,2 millions de dollars entre le 1er et le 5 juillet, à 60 773 dollars en moyenne.
L’objectif est assumé : financer les distributions dues aux détenteurs d’actions préférentielles et reconstituer la réserve en dollars dédiée à ces paiements, portée à 2,55 milliards de dollars au 5 juillet. Cette mécanique découle du Digital Credit Capital Framework adopté la semaine dernière : une politique validée par le conseil d’administration impose que cette réserve couvre au moins 12 mois d’obligations de dividendes et d’intérêts.
Derrière ce virage, il y a la panne du moteur STRC. Cette action préférentielle, qui offre un rendement annualisé de 12 %, finançait l’essentiel des achats de bitcoins en début d’année. Mais le titre évolue sous sa valeur nominale de 100 dollars depuis la mi-mai, tombant jusqu’à 71,25 dollars avant de remonter à 87,87 dollars jeudi. Impossible, dans ces conditions, de l’utiliser pour accumuler du BTC. Strategy a donc mis ses achats en pause et lancé un programme de rachat de 1 milliard de dollars sur ses titres de crédit numérique (STRC, STRF, STRD, STRK), avec STRC en priorité.
Une perte de 8,3 milliards de dollars au deuxième trimestre
Le même document livre une photographie douloureuse des comptes. Strategy a enregistré une perte de 8,32 milliards de dollars sur ses actifs numériques au deuxième trimestre, presque intégralement latente. La valeur de marché de son trésor étant passée sous son coût d’achat, la société neutralisera aussi l’avantage fiscal différé associé par une provision.
Le portefeuille reste colossal : 843 775 BTC, soit plus de 4 % de l’offre maximale de 21 millions de bitcoins, valorisés autour de 52,3 milliards de dollars pour un coût total d’environ 63,7 milliards. La moins-value latente atteint 11,4 milliards de dollars aux prix actuels. Le marché a réagi sans attendre : le Bitcoin a reculé d’environ 2 % après la publication, glissant de 62 900 à 61 900 dollars, tandis que l’action MSTR perdait 2 % en pré-ouverture.
Un “risque à double sens” selon JPMorgan
Wall Street se divise sur cette mue. Pour les analystes de JPMorgan, la formalisation d’une politique de vente introduit un “risque à double sens évitable” sur le marché crypto : Strategy peut désormais peser à la baisse comme à la hausse. Bernstein relativise, jugeant une vente forcée improbable au vu du bilan, et rappelle que la société a tout de même acheté environ 175 000 BTC pour près de 14 milliards de dollars depuis le début de 2026.
Les objectifs de cours racontent la même hésitation. Benchmark a réitéré mardi dernier son conseil d’achat avec une cible à 570 dollars, saluant le nouveau cadre financier, quand TD Cowen sabrait la sienne de 400 à 260 dollars sur fond de prévisions Bitcoin abaissées. L’action MSTR avait pourtant bondi de 21,1 % la semaine passée, à 100,77 dollars jeudi, mais elle abandonne encore 73,7 % sur un an.
Ce qu’il faut surveiller
Strategy dispose toujours de la totalité de son programme de monétisation, qui l’autorise à vendre du Bitcoin pour lever jusqu’à 1,25 milliard de dollars supplémentaires. Chaque nouveau 8-K dira si les ventes continuent à ce rythme. Michael Saylor, lui, entretient l’ambiguïté : dimanche, il republiait son graphique d’accumulation avec la légende “Bitcoin is digital energy” (le Bitcoin est de l’énergie numérique), un rituel qui annonçait autrefois des achats.
Il défend désormais l’idée que la prochaine phase de croissance du Bitcoin viendra du capital institutionnel et des marchés du crédit plus que des halvings. Les 196 autres entreprises cotées dotées d’une trésorerie Bitcoin, de Twenty One à Metaplanet, observent l’expérience de près : le pionnier du modèle est en train d’en tester la marche arrière.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.