Iran exige des péages en crypto pour traverser le détroit d’Ormuz pendant le cessez-le-feu

L’Iran impose un péage en bitcoin et stablecoins aux pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz pendant le cessez-le-feu avec les États-Unis.
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Ce qu’il faut retenir :

  • L’Iran impose un péage de 1 $ par baril de pétrole, payable en bitcoin ou en stablecoins, à tout pétrolier transitant par le détroit d’Ormuz.
  • Le dispositif, supervisé par les Gardiens de la révolution, s’inscrit dans le cessez-le-feu de deux semaines négocié entre Washington et Téhéran.
  • Environ 300 à 400 navires sont bloqués dans le Golfe, et les experts estiment qu’il faudra bien plus de deux semaines pour résorber l'embouteillage.

L’Iran transforme le détroit d’Ormuz en péage maritime payable en cryptomonnaies. Hamid Hosseini, porte-parole de l’Union des exportateurs de pétrole, gaz et produits pétrochimiques iraniens, a confirmé ce mercredi au Financial Times que Téhéran exigeait désormais 1 $ par baril de pétrole transporté, réglé en bitcoin, pour chaque pétrolier souhaitant franchir le détroit. Les tankers vides, eux, passent gratuitement.

Un péage crypto pour contourner les sanctions

Le mécanisme repose sur une logique rodée depuis plusieurs semaines. Chaque armateur doit envoyer un e-mail aux autorités iraniennes détaillant sa cargaison. L’Iran procède ensuite à une évaluation du navire, puis communique le montant du péage. Le paiement s’effectue en bitcoin en quelques secondes, selon Hosseini, afin d’éviter toute traçabilité ou saisie liée aux sanctions internationales.

Ce système de péage n’est pas apparu avec le cessez-le-feu. Depuis la mi-mars, les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) ont mis en place un dispositif de contrôle où chaque navire fait l’objet d’un screening géopolitique : propriétaire, pavillon, cargaison, liens éventuels avec les États-Unis, Israël ou les États du Golfe. Selon Bloomberg, au moins deux navires avaient déjà payé en yuan chinois début avril, et les stablecoins (USDT, USDC) figurent parmi les moyens de paiement acceptés aux côtés du bitcoin.

Le cessez-le-feu ne lève pas l’incertitude maritime

Le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, annoncé mardi soir par Donald Trump sur Truth Social et confirmé par Téhéran, prévoit une réouverture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial et du GNL. Trump a posé cette réouverture comme condition non négociable, exigeant un passage “complet, immédiat et sûr”.

Mais la réalité sur le terrain diffère du communiqué officiel. L’Iran maintient que le transit s’effectuera “en coordination avec ses forces armées” et évoque des “limitations techniques”. Mercredi matin, des pétroliers dans le Golfe ont reçu un message radio en anglais les avertissant qu’ils seraient détruits s’ils tentaient de passer sans autorisation iranienne.

Maersk, deuxième armateur mondial, a indiqué travailler à clarifier les conditions de transit, tout en maintenant une approche prudente. Aucun changement concret n’a été apporté à ses lignes de service.

Un embouteillage colossal dans le Golfe

La situation logistique est critique. Selon les données de Kpler, environ 175 millions de barils de brut et de produits raffinés sont actuellement chargés sur 187 pétroliers dans le Golfe. Des dirigeants du secteur estiment que 300 à 400 navires attendent de sortir dès que le passage sera sécurisé. Un cadre du shipping a décrit la zone comme un “parking géant”.

Martin Kelly, directeur du conseil chez EOS Risk, estime que seuls 10 à 15 navires pourront transiter chaque jour, contre 135 avant le conflit. Le processus de vérification iranien rend impossible une résorption de l'embouteillage en deux semaines.

Les États du Golfe face à un dilemme stratégique

L’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis considèrent tout contrôle iranien sur le détroit comme inacceptable. Ali Shihabi, commentateur proche de la cour royale saoudienne, a déclaré que le royaume exigeait un accès libre aux marchés mondiaux et qu’autoriser l’Iran à contrôler Ormuz constituerait une ligne rouge.

La dimension géopolitique dépasse le maritime. Les analystes avertissent que ce péage pourrait modifier l’équilibre des forces au sein de l’OPEP+, en offrant à Téhéran un levier sur les exportations de ses rivaux. Mercredi, le pipeline Est-Ouest saoudien, utilisé pour réacheminer le pétrole vers la mer Rouge, a été frappé par un drone malgré le cessez-le-feu.

Un précédent pour l’usage des cryptomonnaies en géopolitique

L’utilisation du bitcoin et des stablecoins comme instruments de péage maritime par un État constitue un précédent. L’Iran a structuré depuis 2023 une infrastructure financière alternative, du minage de cryptomonnaies au règlement d’exportations militaires via des actifs numériques. Le système d’Ormuz en est le prolongement opérationnel : les stablecoins éliminent la volatilité entre la facturation et le règlement, tandis que le bitcoin offre une couche supplémentaire d’anonymat face au système SWIFT.

Ce dispositif pose un problème direct aux émetteurs de stablecoins comme Tether et Circle, dont les tokens circulent sur des rails blockchain échappant au système bancaire correspondant. L’OFAC (Office of Foreign Assets Control) cherche depuis des mois à restreindre ces usages.

Ce qu’il faut surveiller

Le cessez-le-feu de deux semaines n’est qu’un répit. Les négociations doivent se poursuivre à Islamabad, où le Pakistan a invité les délégations américaine et iranienne. Trump a évoqué un possible “joint-venture” avec l’Iran pour sécuriser le détroit.

Le Conseil suprême de la sécurité nationale iranien a laissé entendre que le cessez-le-feu pourrait être prolongé si les discussions progressent. Côté marchés, le bitcoin a bondi à 72 700 $ (+5 %) à l’annonce du cessez-le-feu, tandis que le pétrole WTI a chuté de plus de 10 %, sous les 95 $ le baril. La suite dépendra de la capacité de Téhéran et Washington à transformer ce répit en accord durable.

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