Ce qu’il faut retenir :
- Jeffrey Sprecher, PDG d’ICE (maison mère du NYSE), dit avoir rencontré l’équipe d’Hyperliquid à plusieurs reprises.
- ICE et CME ont alerté les régulateurs américains sur les risques liés à Hyperliquid, notamment sur le pétrole.
- Sprecher réclame un cadre équitable et voit l’IPO de SpaceX du 11 juin comme un test grandeur nature.
Le propriétaire de la Bourse de New York s’intéresse de très près à une plateforme crypto de onze personnes. Jeffrey Sprecher, fondateur et PDG d’Intercontinental Exchange (ICE), a reconnu cette semaine avoir rencontré l’équipe d’Hyperliquid à plusieurs reprises, alors que la finance traditionnelle observe avec une inquiétude grandissante la montée de ce marché de dérivés onchain accessible 24h/24.
ICE reconnaît discuter avec Hyperliquid
Lors d’une intervention à une conférence Bernstein ce mercredi, Sprecher a confirmé que le groupe, maison mère du New York Stock Exchange, avait échangé avec Hyperliquid sur leurs zones d’activité communes. La sortie intervient après des informations de Bloomberg selon lesquelles ICE et CME Group ont sollicité la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) pour durcir le ton face à la plateforme, en pointant des risques sur les prix mondiaux du pétrole.
Le patron d’ICE a relativisé ces démarches, présentées comme une exploration en vue d’une entrée éventuelle sur le marché des perpetual futures onchain, aujourd’hui dominé par Hyperliquid. Un perpetual future, ou « perp », est un contrat à terme sans date d’expiration, très utilisé dans la crypto pour parier sur un prix avec un fort effet de levier.
« Ce qu’on dit aux régulateurs, c’est : peut-on le faire ? Pourquoi nous l’interdire alors que ça se produit déjà ? Et ne peut-on pas avoir des règles du jeu équitables ? », a lancé Sprecher. « On n’est pas paniqués. On discute avec ces gens et on apprend. »
Le pétrole du week-end, vrai point de friction
Le succès récent d’Hyperliquid tient en grande partie à un angle mort des marchés classiques. Des traders non crypto utilisent ses marchés ouverts en continu pour s’exposer au pétrole le week-end, quand les Bourses traditionnelles sont fermées, comme l’avaient déjà noté des analystes de JPMorgan. Le contexte de tensions au Moyen-Orient, où beaucoup de décisions tombent en fin de semaine, a amplifié le phénomène.
ICE a tenté de répondre. Selon Sprecher, le groupe a proposé aux grandes compagnies pétrolières de rester ouvert le samedi, sans succès. Sa parade : ouvrir très tard le vendredi et très tôt le lundi pour réduire la fenêtre sans cotation. En parallèle, ICE a annoncé récemment travailler avec OKX pour lister des contrats perpétuels adossés à ses indices de référence Brent et WTI.
« Hyperliquid plus gros que le Nasdaq », avec onze salariés
Sprecher ne cache pas une certaine admiration. « C’est plus gros que le Nasdaq, ok ? C’est onze personnes », a-t-il glissé à propos d’Hyperliquid, qu’il décrit comme un véritable DEX, ces plateformes décentralisées où les échanges se règlent directement sur la blockchain.
Je ne pense pas qu’on puisse l’ignorer. Je ne sais pas encore si on va l’adorer ou le détester, mais on aura tous notre avis en juin. Et je tire mon chapeau à ces gens pour avoir osé le faire.
L’attrait, mais aussi le risque, vient des règles techniques de la plateforme : règlement en stablecoins, exécution algorithmique et effet de levier pouvant grimper jusqu’à 100 pour 1.
SpaceX, premier crash test le 11 juin
Le prochain rendez-vous est déjà fixé. TradeXYZ, une plateforme bâtie sur Hyperliquid, propose des perpetual futures pré-IPO adossés à des sociétés non cotées, dont SpaceX. Or l’entreprise d’Elon Musk doit s’introduire en Bourse autour du 11 juin, sur une valorisation pouvant atteindre 1 850 milliards de dollars selon Reuters, soit potentiellement la plus grande cotation de l’histoire.
Ce sera vraiment intéressant d’observer, le 11 juin, quel prix ce marché privé aura découvert et s’il influence l’IPO.
Avec un fort levier, prévient-il, des particuliers risquent d’engager des sommes considérables, au point que ce marché parallèle pourrait peser plus lourd que l’introduction elle-même.
Swaps ou nouvelle catégorie : le casse-tête réglementaire
Reste la question de fond. « Les régulateurs ont un choix à faire : créer une nouvelle catégorie de perpetual futures régulés, ou les traiter comme des swaps et les faire entrer dans le Dodd-Frank, l’EMIR en Europe et les régimes équivalents au Japon », résume le dirigeant. De son côté, le Hyperliquid Policy Center, groupe de plaidoyer américain, défend un modèle qui améliorerait la découverte des prix en supprimant les ruptures entre les horaires des marchés classiques.
ICE, lui, avance ses pions dans la crypto depuis plusieurs mois. Le groupe a investi dans OKX sur une valorisation de 25 milliards de dollars, avec un siège au conseil, et a remis 600 millions de dollars dans la plateforme de marchés prédictifs Polymarket en mars, après plusieurs investissements colossaux.
Et maintenant ?
Le 11 juin servira de test : si le prix découvert sur Hyperliquid colle à celui de l’IPO de SpaceX, l’argument selon lequel ces marchés onchain pèsent déjà sur la finance traditionnelle deviendra difficile à balayer. Deux signaux à surveiller dans les semaines qui suivent : la décision de la CFTC sur le statut juridique des perps, et la suite donnée par ICE à ses rapprochements avec l’écosystème crypto.
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