Wall Street réclame du collatéral aux hedge funds pris dans la chute des valeurs IA

Les banques réclament du collatéral aux hedge funds exposés aux valeurs IA. Le Nasdaq 100 entre en correction, les stratégies long-short plongent.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Les banques de Wall Street ont demandé du collatéral supplémentaire aux hedge funds les plus concentrés.
  • Goldman Sachs et JPMorgan Chase figurent parmi les établissements qui ont formulé ces demandes.
  • Les stratégies long-short et multistratégies ont perdu 1,3 % et 1,7 % sur la seule journée de mardi.

Les banques de Wall Street ont réclamé ces dernières semaines davantage de collatéral aux hedge funds, alors que la chute des valeurs liées à l’intelligence artificielle s’accélère et inflige des pertes lourdes à plusieurs stratégies très répandues. Goldman Sachs et JPMorgan Chase comptent parmi les établissements concernés, d’après plusieurs personnes au fait du dossier citées par le Financial Times. Les deux banques n’ont pas souhaité commenter.

Pourquoi les banques réclament-elles plus de collatéral ?

C’est le genre de gestion des risques auquel le marché devrait s’attendre en ce moment. Ce sont des principes assez élémentaires.

Les demandes visent en priorité les fonds dont le portefeuille se concentre sur quelques secteurs. Pour conserver leur niveau de levier actuel, ces fonds doivent apporter des garanties supplémentaires, d’après quatre sources proches du dossier.

Le mécanisme n’a rien d’exceptionnel. Les banques prêtent aux hedge funds via leurs activités de prime brokerage, en accordant du crédit adossé à un portefeuille d’actions, ce qui permet aux gérants d’amplifier leurs rendements. Le même levier amplifie les pertes quand le marché se retourne, d’où les protections contractuelles intégrées dès l’origine.

“C’est de la gestion des risques plutôt basique”, résume une personne proche de l’une des banques, pour qui le marché doit s’attendre à ce type de réaction dans la période actuelle. Une bonne partie de ces appels se déclenchent d’ailleurs automatiquement au-delà d’un certain niveau de volatilité, clause en général prévue dans les accords entre fonds et banques. Les comités des risques réévaluent en continu les positions de leurs clients et le niveau de levier qu’ils acceptent de leur consentir.

Un Nasdaq 100 entré en zone de correction

L’ampleur de la baisse explique la nervosité. L’indice Nasdaq 100 est brièvement entré en zone de correction mardi, à 10 % sous son record de début juin. Les titres qui avaient flambé en début d’année encaissent le retour de balancier : Sandisk perd 53 % et Intel 39 % par rapport à leurs sommets. L’indice Philadelphia des semi-conducteurs a cédé un quart de sa valeur depuis la fin juin.

Des pertes inédites depuis 2020 pour les hedge funds

Le choc se lit dans les performances quotidiennes. Les stratégies long-short, qui combinent positions acheteuses et vendeuses, reculaient de 1,3 % mardi à la mi-journée à New York, et les fonds multistratégies de 1,7 %, d’après un rapport de Goldman Sachs.

La dernière fois que l’ensemble de ces stratégies avaient perdu plus de 1 % en une seule séance remonte aux mouvements violents provoqués par la crise du coronavirus en 2020. La comparaison mérite pourtant d’être nuancée : sur l’année, ces stratégies affichent toujours une progression moyenne supérieure à 10 %.

Un levier record accumulé juste avant la chute

Le timing aggrave l’exposition. Dans une note récente à ses clients, Goldman Sachs indique que l’accumulation de levier brut sur les cinq premiers mois de l’année représente la plus forte hausse cumulée jamais enregistrée depuis le début de son suivi statistique en 2016.

Autrement dit, les fonds avaient emprunté massivement pour amplifier leurs paris juste avant que le marché ne se retourne.

La concentration du marché dépasse celle de la bulle internet

Le risque de concentration s’est renforcé tout au long de l’année. Les dix plus grosses capitalisations du S&P 500 pèsent désormais environ 40 % de l’indice, d’après les données de Capital Group, un niveau supérieur à celui observé lors de la bulle internet du début des années 2000.

Les banques elles-mêmes portent cette exposition. Dans un rapport de mi-année adressé à ses clients, Goldman Sachs précise qu’au 30 juin, environ 16 % de son portefeuille de prime brokerage était directement exposé aux valeurs de mémoire liées à l’IA.

Et maintenant ?

Le point de vigilance porte sur l’enchaînement classique de ce type d’épisode : des appels de collatéral qui poussent des fonds à vendre pour se refinancer, des ventes qui pèsent sur les mêmes titres déjà en baisse, et ainsi de suite. Deux indicateurs à suivre dans les prochains jours, la publication des résultats des géants technologiques et la décision de la Réserve fédérale, deux catalyseurs capables d’arrêter la spirale ou de la nourrir.

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