Citadel a déjà revendu 80 % du portefeuille racheté à Situational Awareness

Citadel a cédé plus de 80 % des positions rachetées à Situational Awareness, via près de 100 transactions de blocs pour 4 milliards de dollars.
Ken griffin citadel

Ce qu’il faut retenir :

  • Citadel a cédé plus de 80 % des positions reprises au fonds de Leopold Aschenbrenner.
  • Près de 100 transactions de blocs ont été exécutées, pour un total de 4 milliards de dollars.
  • Le fonds phare de Ken Griffin affiche une progression de 6 % sur le mois de juillet.

Citadel a revendu plus de 80 % du portefeuille repris le mois dernier à Situational Awareness, le fonds de Leopold Aschenbrenner mis en difficulté par la correction sur les valeurs technologiques. Ken Griffin l’a indiqué vendredi dans une lettre adressée à ses investisseurs, consultée par le Financial Times.

Comment ces positions ont été liquidées

L’opération a mobilisé un instrument précis : la transaction de bloc, qui consiste à céder en une seule fois un paquet d’actions considérable, négocié de gré à gré plutôt que sur le carnet d’ordres, afin d’éviter de faire chuter le cours.

Le volume donne la mesure de l’exercice. Près de 100 transactions de ce type ont été exécutées ces dernières semaines, pour un total de 4 milliards de dollars, dont certaines figurent parmi les plus importantes de l’année. Le fonds indique avoir ainsi évacué l’essentiel du risque agrégé porté par ce portefeuille.

Un aller-retour de trois semaines

La chronologie mérite d’être posée à plat.

Le 29 juillet au soir, Situational Awareness engageait des discussions d’urgence pour céder ses 16 milliards de dollars de positions cotées, après avoir perdu une part considérable de sa valeur dans la déroute des semi-conducteurs. Le lendemain, Citadel en rachetait la majeure partie, et le Nasdaq 100 gagnait 3,4 % dans la foulée, porté en partie par le soulagement de savoir ces positions absorbées plutôt que déversées sur le marché.

Le vendredi suivant, le Kospi sud-coréen signait un rebond record de 18 %, Samsung et SK Hynix reprenant plus de 23 % chacun. Trois semaines plus tard, Citadel a vendu quatre cinquièmes de ce qu’elle avait acquis.

Une réserve empêche toutefois de chiffrer l’opération. Le prix payé lors du rachat n’a jamais été rendu public, ce qui interdit d’établir le gain réalisé.

Une performance de 6 % en juillet

Le mois a été favorable au fonds. Son véhicule phare affiche une progression de 6 % en juillet, quand nombre de ses concurrents ont perdu de l’argent ou fait du surplace.

“Nous avons toujours mis un point d’honneur à être offensifs et proactifs pendant les périodes de dislocation”, écrit Ken Griffin, en évoquant les trente-six ans d’histoire de sa société.

Les soupçons qui entourent la séquence

Cette suite d’événements avait nourri fin juillet une lecture accusatrice sur les réseaux sociaux, selon laquelle Citadel aurait alimenté la peur d’une hausse de taux avant la réunion de la Fed, provoqué la chute, attendu la liquidation forcée du fonds le plus exposé, puis ramassé ses actifs à prix cassé.

Trois éléments continuent de tempérer ce récit. Citadel Securities, le teneur de marché qui avait annoncé à ses clients tabler sur une hausse surprise des taux, et Citadel, le hedge fund acquéreur, sont deux entreprises juridiquement distinctes, toutes deux fondées par Ken Griffin. La fragilité de Situational Awareness était connue du marché avant la transaction, le Financial Times l’ayant rapportée la veille. Et aucun élément public n’établit de coordination entre ces étapes.

Reste un constat que personne ne conteste : un fonds a vendu sous contrainte au creux du marché, l’acquéreur a encaissé le rebond, et il a revendu trois semaines plus tard.

Et maintenant ?

Deux points restent ouverts. Le sort des 20 % de positions encore détenues, d’abord, dont la cession dépendra de la tenue des valeurs technologiques. Et l’avenir de Situational Awareness ensuite, qui conserve des participations non cotées, dont une ligne de 5 milliards de dollars dans Anthropic, et poursuit son activité comme structure d’investissement privée.

L’épisode aura surtout servi de démonstration grandeur nature sur le levier. Un fonds de huit salariés gérant 20 milliards de dollars a suffi à faire trembler le Nasdaq pendant quarante-huit heures, et il a fallu l’intervention d’un acteur de 71 milliards pour absorber le choc.

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