Ce qu’il faut retenir :
- Le Kospi a terminé vendredi en hausse de près de 18 %, après avoir perdu 17 % en trois séances.
- Les résultats des géants du cloud ont rassuré les investisseurs sur la rentabilité des dépenses en IA.
- Le rebond intervient au lendemain du rachat par Citadel du portefeuille coté de Situational Awareness.
Le Kospi sud-coréen a terminé vendredi en hausse de près de 18 %, au terme d’un mois qui a vu jusqu’à 3 000 milliards de dollars de capitalisation s’évaporer chez les fabricants mondiaux de semi-conducteurs. L’indice avait perdu 17 % sur les trois séances précédentes. Malgré ce sursaut, il abandonne encore environ 22 % sur le mois de juillet.
Pourquoi les valeurs de semi-conducteurs rebondissent-elles ?
Les comptes des géants du cloud ont fait basculer le sentiment. Google, Amazon et Microsoft ont tous publié une croissance en accélération dans leurs activités cloud, ce qui a apaisé la crainte dominante du mois : que les montagnes d’argent englouties dans les centres de données et les puces ne se transforment jamais en chiffre d’affaires. Les investisseurs en ont déduit que les budgets d’investissement pouvaient tenir et les carnets de commandes se remplir.
Wall Street avait enregistré jeudi sa meilleure séance sur les valeurs de puces depuis plus d’un an. Sandisk a bondi de 26 %, Micron de plus de 18 %. Les contrats à terme sur le Nasdaq 100 gagnaient encore 1,3 % vendredi, après une hausse de 3,4 % la veille. En Europe, le Stoxx Europe 600 a inscrit un record, porté notamment par ASML, en hausse de 1,8 %.
Le mouvement se lit aussi dans les flux. Marija Veitmane, responsable de la recherche actions chez State Street, indique que les données de conservation de la banque montraient un retour d’intérêt des investisseurs institutionnels pour les semi-conducteurs cette semaine.
SK Hynix et Samsung effacent presque toute leur semaine
Les deux poids lourds coréens ont mené la hausse. SK Hynix s’est envolé de 30 %, ce qui ramène sa perte hebdomadaire à 2,3 %. Samsung Electronics a pris près de 27 % et termine la semaine en hausse de 5,2 %.
Un geste a contribué au retournement sur SK Hynix : son président, Chey Tae-won, a acheté environ 3 600 actions de sa propre société pour 3,2 millions de dollars, lu par le marché comme un signal de confiance dans les perspectives de long terme. Au Japon, le Nikkei 225 a fini en hausse de 4 %, après avoir gagné jusqu’à 5,4 %, quand le Topix progressait de 1,3 %.
Le rebond arrive au lendemain du rachat par Citadel
La chronologie de la semaine mérite d’être posée à plat.
Mardi, Citadel Securities indiquait à ses clients tabler sur une hausse surprise des taux lors de la réunion de la Fed, un scénario alors minoritaire. Mercredi, la banque centrale a maintenu ses taux, mais le ton restrictif de Kevin Warsh a propulsé le rendement à 30 ans à 5,23 %, au plus haut depuis 2007, et les valeurs technologiques ont décroché. Le même soir, Situational Awareness, le fonds de 20 milliards de dollars de Leopold Aschenbrenner, engageait des discussions d’urgence pour céder son portefeuille.
Jeudi, Citadel rachetait une part importante des 16 milliards de dollars d’actions cotées du fonds. Le Nasdaq 100 gagnait 3,4 % dans la foulée, une hausse alimentée en partie par le soulagement de savoir que ces positions ne seraient pas liquidées à la hâte sur le marché. Vendredi, le Kospi signait son plus fort rebond jamais enregistré.
Faut-il y voir une manœuvre ?
La séquence a nourri sur les réseaux sociaux une lecture accusatrice : Citadel aurait alimenté la peur d’une hausse de taux, provoqué la chute, attendu la liquidation forcée du fonds le plus exposé, puis ramassé ses actifs à prix cassé. Plusieurs chiffres circulent dans ces publications, dont un encours de 45 milliards de dollars, un levier de 400 % et un rachat à 40 ou 50 cents pour un dollar.
Trois précisions s’imposent avant d’adhérer à ce récit. D’abord, Citadel Securities et Citadel sont deux entreprises distinctes, la première étant un teneur de marché, la seconde un hedge fund multistratégies de 71 milliards de dollars, toutes deux fondées par Ken Griffin mais séparées juridiquement et opérationnellement. Ensuite, le prix de la transaction n’a pas été rendu public. Enfin, la fragilité de Situational Awareness était connue du marché dès mercredi, le Financial Times ayant rapporté ses recherches de liquidités avant la conclusion de l’accord.
Reste un constat que personne ne conteste : le fonds a vendu sous contrainte au creux du marché, et l’acheteur a empoché la remontée dès le lendemain.
Et maintenant ?
Le débat sur la solidité du rebond reste ouvert. “Cela ne ressemble pas à un rebond de chat mort”, tranche Michael Zigmont, codirecteur du trading chez Visdom Investment Group, en décrivant un marché haussier. Vera Fehling, directrice des investissements pour l’Europe de l’Ouest chez DWS, juge dangereux de rester sous-pondéré sur l’IA et considère que la volatilité vaut la peine d’être supportée.
D’autres appellent à la prudence. Albert Yong, associé gérant du fonds séoulien Petra Capital Management, estime que les résultats de Microsoft ont apaisé les inquiétudes sur les dépenses en IA et que la correction a probablement été excessive, sans qu’on sache encore s’il s’agit du début d’une vraie reprise. Hugh Gimber, stratégiste chez JPMorgan Asset Management, résume l’enjeu structurel : la santé des hyperscalers conditionne les revenus des fabricants de puces, et cette dépendance mutuelle vient d’être mise à nu.
Deux éléments trancheront dans les prochaines semaines : la tenue des budgets d’investissement annoncés par les géants du cloud, et le comportement des fonds à fort levier encore exposés au secteur, alors que les banques réclament davantage de collatéral depuis plusieurs semaines.
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