Découvrez l'univers crypto en profondeur

Mark Karpelès – Portrait du baron déchu du Bitcoin

Mark Karpelès fait partie des personnalités extraordinaires de l’univers des crypto monnaies. De PDG de l’une des plus grandes plateformes d’exchange en crypto en son temps, MTGOX, à derrière les barreaux. Comment ce Français a-t-il pu se retrouver dans une situation si dramatique ?

Avec le surnom de “baron du Bitcoin” à son apogée en 2014, l’avenir de Karpelès semblait tout tracé en rachetant l’entreprise Mt.Gox … jusqu’à ce que s’enchaînent catastrophes sur catastrophes. De jeune geek à chef d’entreprise gérant des millions de dollars pour finalement finir repris de justice. Voici l’histoire de Mark Karpelès.

La jeunesse du passionné d’informatique

Mark Karpelès, de nationalité française, est né à Chenôve en juin 1985 et a grandi à Dijon. Dès l’âge de 3 ans, il découvre la programmation informatique grâce à sa mère, elle-même dingue d’informatique et de programmation. Dès ses 4 ans, il ne joue pas aux billes ou aux cartes, mais il code déjà des petits jeux vidéo. La programmation devient sa passion dès le début de sa vie.

Sa mère le décrit comme un garçon “curieux, enjoué, joyeux, avec une grande concentration” dans le reportage “Mark Karpelès – le baron du Bitcoin.

Il apprend vite, bien plus vite que les garçons de son âge. Avant de rentrer à l’école, il sait déjà parfaitement lire et compter. Sa mère fait rapidement tester le quotient intellectuel de son fils et le résultat est bien plus élevé que la moyenne : 190 de QI. Le petit garçon est officiellement surdoué.

“Il avait un âge intellectuel de 12 ans, sur un âge physique de 7 ans“. Cela le met rapidement en marge de la société. En 1992, Mark déménage à Paris, car sa mère souhaite lui trouver une école spécialisée. Elle lui en trouve une dans le 15ème arrondissement de Paris, adaptée à son cerveau de petit génie. À 12 ans, il veut déjà devenir roboticien.

Une découverte capitale

C’est au milieu des années 90 que va se sceller son avenir. Mark découvre l’hypertexte sur son premier Macintosh, et cette découverte le fascine.

Il développe vite une obsession quasi-clinique pour son ordinateur. Un nouvel univers s’ouvre alors à lui : les mangas. Il trouve de l’intérêt pour le Japon dès l’adolescence, mais dans les années 90, être geek n’est pas simple.

Mark Karpelès avec un Katana
Mark Karpelès avec un katana japonais

Mark n’est donc pas forcément l’adolescent le plus populaire de son collège et à 15 ans, il s’isole de plus en plus. “Il n’arrivait pas à trouver un copain qui soit comme lui, qui pourrait discuter à la fois de cuisine, d’informatique, de physique quantique, d’électroniques, de mangas, etc.

Mal dans sa peau, naïf, Mark a tout de l’adolescent souffre-douleur. En 2001, il rentre au lycée et pour lui, les années lycée deviennent progressivement invivables.

Une vie active difficile

Il aurait pu faire de brillantes études, mais une fois son bac obtenu, il arrête tout en 2003, persuadé qu’il peut se prendre en main tout seul. À seulement 18 ans, il décroche un premier boulot en tant que développeur dans une société créant des jeux-vidéo, mais rapidement, le surdoué s’ennuie dans cette entreprise.

Il prend alors des libertés avec le site de son patron et crée de lui-même un programme de sécurité. Un programme de sécurité assez simple, applicable à n’importe quel forum. Mark prend alors de plus en plus d’initiatives personnelles.

En 2005, il va même jusqu’à mettre en place un système détournant des données confidentielles de l’entreprise.

L’apparition de MagicalTux

À cette époque, un blog fait également son apparition sur le net. Il est écrit par un mystérieux MagicalTux.

Avatar de Mark, MagicalTux

Derrière cet avatar se cache Mark Karpelès, qui se livre quotidiennement sur son blog. En 2005, suite à des problèmes de dépression, le Français finit par démissionner. Sa première expérience du travail est un échec. Pire, son patron porte plainte contre lui pour piratage.

À tout juste 20 ans, sans emploi, il se réfugie derrière son écran. Si Mark n’est pas très sociable dans la vraie vie, MagicalTux, lui, est de plus en plus populaire chez toute une communauté de “nerd”. Il acquiert une certaine audience.

Nuit et jour, MagicalTux prodigue des conseils de code, de sécurité informatique, mais aussi des petites astuces de piratage. En 2007, il se fait repérer par une équipe de tournage qui prépare un documentaire vidéo sur l’univers geek. Il y fera alors une apparition.

Photo de Mark lors de son interview pour le documentaire "Suck My Geek"
Le documentaire devient culte et Karpelès, une petite légende dans le milieu nerd.

Une nouvelle tentative

Confiant, le Français se relance à la recherche d’un emploi. Mark pousse alors timidement la porte de NexWay, une start-up de e-commerce. Il ne se démonte tout de même pas et demande un salaire mirobolant. “À toutes mes questions ou à toutes mes suggestions, toutes mes interrogations, c’était oui, tout était possible avec lui” dira son ancien patron lors d’une interview.

Très rapidement, l’entreprise NexWay accepte ses conditions. Mark ne s’arrête alors plus de travailler, de jour comme de nuit. Pour la première fois, il semble avoir trouvé un équilibre, entouré de personnes qui acceptent avec bienveillance ses obsessions presque maladives.

Pendant 2 ans, Mark se plie aux règles. Mais il n’a pas oublié ses rêves d’enfant.

Industrie du logiciel : Nexway™ renforce les fonctionnalités de sa  plateforme de croissance e-commerce Monetize en matière d'expérience  client. | Business Wire

La grande aventure, direction Tokyo !

Il n’a que 24 ans, mais il se sent prêt à tenter la grande aventure, seul.

En 2009, lorsqu’il débarque au Japon, à Tokyo, il se perd dans cette ville colorée ou l’économie est florissante. Il peut enfin être lui-même, c’est la réalisation d’un rêve.

Son cerveau est en ébullition, il apprend le japonais en seulement quelques mois. En arrivant à Tokyo, Karpelès connaissait déjà le japonais commercial.

La rencontre

C’est à ce moment-là que Mark rencontre Julien Laglasse, et se lie d’amitié avec lui.

Le 29 octobre 2009, Julien suit Mark quand il lance sa société qu’il nommera comme son chat, “Tibanne“. C’est une entreprise qui développe des sites Internet, rien de révolutionnaire, mais Laglasse a confiance en ce surdoué bourré d’audace. Mais ce dernier va tout de même être rattrapé par ses erreurs de jeunesse.

À Paris en 2010, s’ouvre le procès initié par son ancien employeur. Malgré les accusations sévères de piratage, Mark Karpelès reste à nouveau incapable de faire face au monde réel et ses complexités. Il ne se présente pas au tribunal, car à ses yeux, il est innocent.

La condamnation est alors très sévère, 1 an de prison avec sursis et 45 000 euros de dommages et intérêts pour piratage et vol de données. Réfugié au Japon, le Français fait l’autruche.

À 25 ans, Karpelès rencontre une Japonaise, se marie et devient même papa.

Tibanne, le chat de Mark, ayant servi de nom pour sa future entreprise
Tibanne, le chat de Mark Karpelès

La découverte du Bitcoin

Un client de Tibanne lui propose d’être payé en bitcoin. C’est donc cette personne qui a potentiellement fait découvrir au PDG de Tibanne la monnaie virtuelle qu’est le bitcoin. À cette époque, le BTC n’est alors créé que depuis seulement 1 an. Mark est immédiatement intrigué par cette cryptomonnaie, il est hypnotisé par la technologie elle-même et veut tout comprendre du système, de cette monnaie virtuelle, il veut tout maîtriser.

Il découvre alors une des rares plateformes utilisant déjà le bitcoin comme moyen de paiement : Mt.Gox. À cette époque, l’entreprise est spécialisée dans l’échange de cartes Magic.

Mt.Gox : le début d’un empire

En mars 2011, Jed McCaleb le contacte pour lui proposer d’acheter Mt.Gox. McCaleb se dit dépassé par l’ampleur du site et Mark rachète finalement Mt.Gox à 88%. Son idée ? Utiliser la plateforme existante et remplacer les cartes Magic par des bitcoins.

Mt.Gox est une des premières plateformes d’échange de bitcoins. Le problème est qu’à cette époque, la plateforme est déjà endettée de 80 000 bitcoins suite à un piratage dans le passé et dont le public n’est pas au courant.

En rachetant Mt.Gox à Jed McCaleb, Mark Karpelès devient donc actionnaire majoritaire à 88% au nom de sa société Tibanne. Ce qui aurait éveiller ses soupçons, c’est que les 88% de la société lui ont été cédés gratuitement. Cependant, en échange, il devait partager avec McCaleb les bénéfices de la plateforme pendant 6 mois et ne pas le tenir légalement responsable des problèmes qui pourraient survenir.

Fun Fact : JedMcCaleb est l’ancien CTO de la société Ripple (oui oui, la société derrière le XRP), mais également le cofondateur de la Stellar Development Foundation (XLM).

Avec du recul, il est aujourd’hui évident que Jed souhaitait se débarrasser de la bombe qu’il avait entre les mains en la cédant au premier naïf venu, avant que des problèmes graves n’apparaissent.

À la même époque, la crypto monnaie devient de plus en plus médiatisée et de nouveaux comptes s’ouvrent tous les jours, de quoi attiser la convoitise des cybercriminels, le PDG subit alors des attaques informatiques assez régulièrement.

Le 19 juin 2011, 3 mois après le lancement de Mt.Gox, Mark est victime d’un premier bug. Des hackers ont réussi à s’introduire dans son système de sécurité, dérobant ainsi 40.000 BTC. Le site ferme alors brutalement et Mark disparaît durant 48h, Il travaillera d’arrache-pied pour rouvrir MtGox le plus rapidement possible et résoudre les bugs.

Pour rassurer ses investisseurs, il transfert en direct sur un forum 424.242 BTC, soit 170 millions de dollars en bitcoin. Tout cela pour prouver que Mt.Gox est toujours solvable. Les clients reviennent et de plus en plus de comptes sont créés. MtGox devient la référence dans le milieu.

En 2012, il participe à la création de la “Fondation Bitcoin” et décide alors de donner 5.000 bitcoins à la fondation.

CEO de MT.GOX - Mark Karpelès

La descente aux enfers

En novembre 2012, Mt.Gox signe un accord avec CoinLab afin de faciliter les transactions des clients américains. Cependant, les relations avec la société deviennent vite assez mauvaises puisque Mt. Gox ne fait rien pour transférer les comptes des clients américains chez CoinLab et continue de servir ses clients directement. Ce conflit est à l’origine d’un procès lancé par CoinLab, mais ce n’est pas tout …

La plateforme Mt.Gox ouvre pendant l’année 2013 des comptes aux États-Unis, mais l’entreprise ne se déclare pas comme fonds d’investissement. Le gouvernement américain réclame alors 5 millions de dollars. La firme opère sur le sol américain sans licence, ce qui est très problématique pour la justice. La société se retrouve également en difficulté, car, en conséquence, leur principale banque les limite dans leurs agissements.

Même si l’entreprise fonctionne économiquement très bien, beaucoup de soucis entravent son futur. Les différents piratages, le fait qu’elle soit très centralisée, les déboires avec la justice américaine, etc.

Fin 2013, le cours du BTC s’emballe. Il s’envole jusqu’à 1.000 dollars. Les utilisateurs de la plateforme commencent à avoir affaire à des difficultés pour retirer leurs BTC. À cet instant, les vrais soucis débutent et le 7 février 2014, tout part en fumée. Alors que Mt.Gox a toujours dit avoir un système de sécurité infaillible, l’exchange fait faillite.

Les journaux du monde entier en parlent. Le cours du bitcoin s’effondre et des milliers de personnes perdent leurs économies. La plateforme devient inutilisable, le site web inaccessible et Karpelès ne répond plus à aucune sollicitation. Une situation de crise s’installe et elle ne semble pas être bien gérée par le Français.

Client furax confrontant Mark Karpelès devant MtGox
Un client venu à Tokyo depuis Londres confrontant Mark Karpelès devant Mt.Gox “MTGOX où est notre argent ?”

Le 28 février 2014, 21 jours après la fermeture du site, Karpelès réapparaît enfin, entouré d’une armée d’avocats. Le Français a troqué son t-shirt geek pour un costume cravate et s’apprête à faire des excuses publiques. Il annonce alors que 750 000 Bitcoins ont disparu (500 millions de dollars à l’époque). On soupçonne rapidement le PDG d’être à l’origine de cette disparition.

Mark évoque un piratage de grande envergure par des cybercriminels. La société est déclarée en faillite. Des doutes s’installent sur l’honnêteté de Karpelès, il est rapidement accusé par ses clients de détournement de fonds. En réalité, l’exchange était siphonné depuis 2011, et n’a déjà presque plus de liquidité à la moitié de l’année 2013. Même Mark n’a apparemment pas connaissance de ce vol de masse.

Annonce de la faillite de MtGox
Mark Karpelès annonce la faillite de Mt.Gox pendant une conférence en février 2014

Surprise ? Il est annoncé quelques semaines plus tard que 200 000 Bitcoins sont retrouvés sur un vieux wallet de l’entreprise … le flou règne. Les investisseurs sont très en colère contre le Français. De nombreux doutes apparaissent également à propos de Willy, le bot mis en place par Mark pour récupérer les BTC manquants à cause des divers piratages. Willy aurait parfois agi bizarrement, et ainsi stimulé la hausse du Bitcoin à la fin de l’année 2013.

Le jugement

Le 1er août 2015, Karpelès est arrêté par la police à Tokyo. Son arrestation fait le tour des news internationales. La justice japonaise l’accuse d’avoir détourné 1 million de dollars, ainsi que falsifié des données. Il reste en garde à vue pendant un total de quatre mois, jusqu’à la fin de l’année 2015, puis est placé en cellule pendant un an.

Il est important de savoir qu’il n’est pas arrêté par la police pour le vol et le détournement des 750 000 bitcoins, mais pour d’autres faits plus mineurs en comparaison.

En juillet 2016, et après presque un an de détention, il est libéré sous caution. Karpelès n’a jamais avoué avoir volé de Bitcoins. Malgré la pression mise par les services judiciaires et les forces de l’ordre japonaises, il continuera de clamer son innocence. Lors de cette année de détention, il perdra 35 kilos.

Arrestation de Mark Karpelès par la police japonaise
La police japonaise arrêtant Mark Karpelès

De 2016 à 2018 : une période assez calme pour Mark Karpelès. En liberté conditionnelle, le Français restera dans l’attente de son jugement prévu pour mars 2019. Celui-ci passera du temps à préparer sa défense en anticipation du procès. De fin 2017 à 2018, l’avocat en charge des 200 000 bitcoins retrouvés par l’entreprise Mt.Gox les aurait vendu pour sécuriser de la monnaie fiduciaire. De nos jours, l’incertitude demeure toujours présente. Mark Karpelès serait-il une victime dans une histoire le dépassant depuis bien longtemps ?

Il semblerait qu’on ait les éléments pour prouver que les bitcoins dérobés de 2011 à 2013 soient allés en grande majorité vers la plateforme BTC-e. Ils auraient rejoint des réseaux de blanchiment d’argent. Des suspicions se sont alors portées vers la Russie et surtout vers Alexander Vinnik, ressortissant russe de 38 ans, arrêté en 2017.

Il était administrateur de la plateforme BTC-e et Tradehill, tous deux concurrents de Mt.Gox. Il a été révélé que plus de 4 milliards de dollars de bitcoins sales ont été blanchis par ces plateformes, une partie de cette somme étant issue des piratages de Mt.Gox. Le reste provenait de ransomwares courants à l’époque, des virus informatiques verrouillant des fichiers importants de l’utilisateur et exigeant une rançon payable en bitcoin pour les déverrouiller.

Alexander Vinnik avait un double intérêt à détruire MtGox. Premièrement, il pouvait voler les bitcoins conservés sur la plateforme, mais en plus, la disparition de Mt.Gox lui aurait permis d’obtenir une partie de la clientèle de ce qui était la plus grosse plateforme d’échanges à l’époque. 

Alexander Vinnik, administrateur de la plateforme BTC-e et TradeHill, arrêté par la police en 2017

En réalité, Mark aurait simplement mal géré la plateforme et aurait été complètement dépassé par les événements, notamment par les sommes démentielles qu’il avait à administrer et qui ont attiré de nombreux cybercriminels.

En 2019, il décide d’aller à la rencontre de sa communauté crypto en faisant une F.A.Q sur Reddit. Il y explique son histoire et présente aussi ses excuses.

Le fin mot de l’histoire

Mark Karpelès plaide non coupable le 15 mars 2019. Il est condamné à 2 ans et demi de prison avec sursis et quatre ans de mise à l’épreuve pour manipulation de données. Une peine que l’on peut considérer comme minime en comparaison aux 10 ans de prison ferme qu’il aurait pu prendre.

Mark a dû payer 10 millions de yens pour sortir de prison. Mais ce n’est certainement pas fini pour le Français, qui peut encore avoir des problèmes à l’international dans le futur.

Même si Mark Karpelès est un codeur plus que brillant, il reste un chef d’entreprise laissant à désirer. Certains le haïssent, d’autres l’idolâtrent. Il est difficile de ne pas le voir comme une victime vu ce qu’il aura subi tout au long de son histoire.

Quant à Jed McCaleb, il est accusé en 2019, d’avoir délibérément menti pour pousser les clients à rester sur la plateforme et une procédure est alors lancée contre lui. La conclusion de son procès reste encore à déterminer.

Alexander Vinnik, lui, depuis fin janvier 2020, a été extradé de la Grèce à la France, dans l’attente d’une éventuelle extradition ultérieure aux États-Unis pour qu’il y soit également interrogé et/ou jugé.

Sources

Article précédent

MoonieNFT - La plateforme Play to Earn de l'année ?

Article suivant

SmartKey : un projet au coeur des villes connectées

Articles qui pourraient vous intéresser
Total
0
Share