Ce qu’il faut retenir :
- Deux grands hedge funds chinois qualifient les actions IA mondiales de « super bulle » proche de l’effondrement.
- Le Nasdaq signe sa pire semaine en plus d’un an et le Kospi sud-coréen a chuté de 10 %.
- Capital Economics anticipe un dernier sursaut avant une chute de 21 % du S&P 500 d’ici fin 2027.
La bulle IA nous guette ? Yang Dong avait identifié le sommet du marché en 2007. Aujourd’hui, le gérant qui dirige le fonds Wealspring Asset récidive : les actions liées à l’intelligence artificielle forment une « super bulle » dont le point de rupture approcherait. Le diagnostic, livré dans une lettre aux investisseurs consultée par Bloomberg, tombe au pire moment pour Wall Street.
La semaine dernière a tourné au cauchemar pour les valeurs technologiques. Le Nasdaq se dirige vers sa pire perte hebdomadaire depuis plus d’un an et le S&P 500 vers une cinquième séance de baisse consécutive. En Asie, le Kospi sud-coréen, porté toute l’année par SK Hynix et Samsung, a battu un record avant de plonger de 10 %.
Pourquoi les hedge funds chinois parlent-ils de « super bulle » ?
Le facteur déclencheur de l’éclatement de la bulle IA est déjà apparu.
Wealspring gère plus de 1,4 milliard de dollars. Le fonds reproche aux entreprises chinoises d’infrastructure IA un modèle économique banal, sans avantage durable, et une fuite en avant : pour tenir leur croissance, elles doivent dépenser sans relâche en capital. Le gérant compare l’euphorie actuelle aux achats irréfléchis de la bulle boursière chinoise de 2015 et prévient que certaines des actions les plus prisées du marché domestique pourraient s’effondrer de plus de 80 %, sans citer de noms.
. Au moins quatre autres fonds chinois ont exprimé leurs réticences sur l’IA en mai, selon un récapitulatif de CSC Financial consulté par Bloomberg.
Anthropic et les puces, cibles des avertissements
Banxia vise un nom précis : Anthropic. Le fonds prédit que le revenu annualisé de la société, indicateur scruté par les optimistes de l’IA, restera sous les attentes du marché. Les géants de la tech finiraient par renâcler devant la hausse du coût des tokens, pendant que les concurrents d’Anthropic grignoteraient sa popularité auprès des développeurs.
L’autre point de fragilité se loge dans les semi-conducteurs. La chute du Kospi est partie d’une seule phrase : SK Hynix a annoncé vouloir ralentir son activité de mémoire dédiée à l’IA. Les indices mondiaux ont suivi. Les fabricants de puces pèsent désormais si lourd que la moindre prudence d’un acteur coréen suffit à faire dévisser les Bourses du monde entier. Pour Capital Economics, ces secousses rappellent celles des grands marchés baissiers passés, de la crise asiatique à la bulle Internet. « La preuve d’une exubérance excessive », a estimé James Reilly, économiste de marché senior du cabinet, qui doute de la solidité du rallye. Si les semi-conducteurs, devenus les nouveaux chefs de file, se mettent eux aussi à flancher, c’est tout le marché qui vacille.
Faut-il craindre l’éclatement de la bulle IA ?
Tous les voyants ne sont pas au rouge. Contrairement à la bulle Internet, portée par des start-up déficitaires, le boom de l’IA s’appuie sur des bénéfices solides. Les résultats et les prévisions du fabricant de mémoire Micron, publiés mercredi, avaient d’ailleurs un temps rassuré les investisseurs.
D’autres nuages se sont accumulés : des hausses de prix chez Apple liées à la pénurie de puces, un possible report à 2027 de l’introduction en Bourse d’OpenAI, et la perspective d’une remontée des taux de la Réserve fédérale (Fed). Même l’introduction record de SpaceX en Bourse a fait long feu, son action et ses obligations récentes refluant dans la foulée.
Capital Economics table malgré tout sur un dernier emballement (« blow-off phase ») avant la chute. Le cabinet voit le S&P 500 terminer 2026 à 8 250 points, soit 12 % au-dessus de son niveau de vendredi, avant de s’effondrer de 21 % pour retomber à 6 500 points fin 2027.
Ce qu’il faut surveiller
Le calendrier de la correction dépend d’une variable : la vitesse à laquelle les entreprises feront passer leurs projets IA du stade pilote à la production réelle. Tant que les revenus tardent à rattraper les valorisations, le moindre signal négatif d’un fournisseur de puces peut déclencher la vente. Comme nous l’avons relevé cette semaine, ni la désescalade entre les États-Unis et l’Iran ni la baisse du pétrole n’ont suffi à propulser l’IA comme le marché l’espérait. Le prochain test grandeur nature viendra de la trajectoire des taux de la Fed et des résultats des géants des semi-conducteurs.
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