Ce qu’il faut retenir :
- Le brent a touché 91,42 dollars lundi, une première depuis le 11 juin, avant de retomber vers 88 dollars.
- Les Gardiens de la révolution revendiquent l’explosion de deux pétroliers qui tentaient de traverser le détroit d’Ormuz.
- Le pétrole gagne environ 20 % en juillet, en route vers sa plus forte hausse mensuelle depuis mars.
Le baril a refranchi un seuil que les marchés espéraient ne plus revoir. Le brent a bondi de plus de 3 % lundi matin à Londres, jusqu’à 91,42 dollars, son premier passage au-dessus des 90 dollars depuis le 11 juin, après une nouvelle vague de frappes américaines sur l’Iran. Le cours est ensuite retombé autour de 88,10 dollars, à l’équilibre sur la journée, quand le ministère iranien des Affaires étrangères a indiqué avoir reçu des propositions de médiateurs sur le conflit, selon le Financial Times.
Pourquoi le pétrole flambe-t-il à nouveau ?
L’engrenage militaire s’accélère autour du détroit d’Ormuz, par où transitait environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux avant la guerre. Les États-Unis ont mené une neuvième nuit consécutive de frappes, en ciblant installations militaires, sites de surveillance côtière et réseaux de communication pour réduire la capacité de Téhéran à attaquer les navires marchands. La riposte a coûté la vie à au moins trois militaires américains ces derniers jours, entre les frappes iraniennes sur la Jordanie et un drone piégé dans le nord de l’Irak.
Le mémorandum d’entente signé le mois dernier, qui prolongeait de 60 jours le cessez-le-feu d’avril et prévoyait la réouverture du détroit, a volé en éclats. Les Gardiens de la révolution ont revendiqué l’explosion de deux pétroliers stoppés net dimanche soir alors qu’ils empruntaient la route sud du détroit, jugée “non autorisée” par Téhéran. L’un d’eux, le Kavomaleas, appartient à l’armateur grec Dynacom du milliardaire George Prokopiou, et une agence de sécurité maritime britannique a signalé un navire en feu au large d’Oman à la même position. Résultat : le trafic dans le détroit, qui s’était étoffé fin juin à la faveur du cessez-le-feu, est retombé à un filet.
Une désescalade encore hors de portée
Les canaux diplomatiques existent, sans percée. Des médiateurs travaillent à une solution impliquant l’Iran et Oman, dont les eaux bordent aussi le goulet, mais peinent à avancer, d’après un diplomate informé des discussions. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est dit ouvert dimanche à de vraies négociations, tout en reconnaissant que la situation actuelle n’y correspond pas et en promettant de continuer à riposter. Côté iranien, les Gardiens de la révolution martèlent qu’aucun pétrole, gaz ou engrais ne passera tant que dureront les actions hostiles américaines, et revendiquent des attaques contre des appareils militaires américains en Jordanie et au Koweït. Le bilan humain s’alourdit : au moins 50 morts et plus de 500 blessés dans les frappes américaines depuis fin juin, selon le ministère iranien de la Santé.
“À très court terme, le risque est que les prix du pétrole aillent encore plus haut”, prévient Mansoor Mohi-uddin, stratégiste macro en chef de la Bank of Singapore, pour qui Téhéran s’arc-boute sur le contrôle du détroit.
Quelles conséquences pour l’inflation et les marchés ?
Le pétrole affiche environ 20 % de hausse en juillet, sa plus forte progression mensuelle depuis mars. Une trajectoire qui menace d’effacer le répit offert par le ralentissement de l’inflation américaine de juin, lequel avait brièvement propulsé le bitcoin vers 65 000 dollars avant que la géopolitique ne reprenne la main. Chaque dollar de plus sur le baril rapproche le rapport sur les prix de juillet, premier à intégrer la prime de guerre, d’une mauvaise surprise pour la Fed comme pour les actifs risqués.
Ce qu’il faut surveiller
Les propositions des médiateurs reçues par Téhéran constituent la première lueur diplomatique depuis l’effondrement de l’accord intérimaire : leur contenu et la réponse iranienne décideront de la suite. En parallèle, deux baromètres à suivre au quotidien, le niveau de trafic dans le détroit d’Ormuz et la tenue du brent sous les 90 dollars. Un retour durable au-dessus de ce seuil remettrait le scénario des 100 dollars sur la table, avec l’inflation mondiale en première ligne.
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