Nvidia : les puces IA interdites doublent de prix sur le marché noir chinois

Sur le marché noir chinois, les puces IA interdites de Nvidia ont doublé de prix après le tour de vis américain, alors que la demande chinoise reste très forte.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Sur le marché noir chinois, le serveur phare DGX B300 de Nvidia dépasse désormais 8 millions de yuans, soit environ 1,1 million de dollars.
  • Le prix a doublé en six mois, après le tour de vis des autorités américaines sur les exportations illégales de puces.
  • Malgré l’interdiction, la demande chinoise reste vive, faute d’alternatives domestiques suffisantes pour faire tourner l’IA.

Les puces IA interdites de Nvidia ont plus que doublé de prix sur le marché noir chinois. Selon plusieurs négociants interrogés par le Financial Times, le serveur phare DGX B300 se vend désormais plus de 8 millions de yuans, soit environ 1,1 million de dollars, contre 4 millions il y a six mois. Le même système, qui embarque huit processeurs graphiques Blackwell, se négocie autour de 400 000 dollars aux États-Unis. La flambée raconte une histoire à double détente : le tour de vis américain sur la contrebande fonctionne, mais la demande chinoise, elle, ne faiblit pas.

Des prix qui s’envolent, du B300 au vieux A100

La hausse touche toute la gamme. La station de travail RTX 6000 Pro, prisée des start-up qui déploient de grands modèles de langage, est passée d’environ 50 000 yuans en début d’année à 130 000 yuans. Faute de mieux, les acheteurs se rabattent même sur du matériel ancien : les serveurs équipés du vénérable accélérateur A100 ont bondi de 200 000 à 600 000 yuans en quelques mois. “Les stocks de A100 partent très vite. Les entreprises n’ont pas le choix”, confie un négociant. Le DGX B300 comme la RTX 6000 sont pourtant formellement interdits d’exportation vers la Chine.

Pourquoi les prix explosent-ils ?

Les failles se sont réduites. C’est de plus en plus risqué pour les intermédiaires.

Le déclencheur est réglementaire. Le 31 mai, le département du Commerce américain a resserré ses règles pour fermer les failles qui permettaient aux puces haut de gamme (Blackwell, mais aussi les futures Rubin) d’atteindre la Chine via des filiales étrangères. Résultat, les circuits clandestins se sont asséchés.

La répression a pris de l’ampleur fin 2025. En mars, un cofondateur de Supermicro a été inculpé, aux côtés d’un employé basé à Taïwan et d’un sous-traitant, pour la contrebande de 2,5 milliards de dollars de serveurs IA Nvidia vers des clients chinois, la plus grosse affaire jamais traitée par la justice américaine dans ce domaine. Taïwan et la Malaisie ont à leur tour ouvert des enquêtes sur les routes de réexportation. Du côté de Nvidia, on prévient que bricoler des centres de données à partir de produits de contrebande est une “impasse”, faute de support et de réparations sur le matériel restreint.

La logistique, elle, se durcit. Le H200, par exemple, reste accessible, mais les transactions se bouclent à Hong Kong avant un transport informel vers la Chine continentale. Une méthode consiste à dissimuler les puces interdites dans des serveurs, eux, autorisés à l’import. Risqué : “On peut enfreindre les règles américaines, pas les chinoises”, glisse un négociant. Pékin a en effet ordonné à ses douanes de bloquer les importations de H200, pour pousser ses champions nationaux.

La Chine peut-elle se passer de Nvidia ?

C’est tout l’enjeu. Pékin accélère l’adoption d’alternatives domestiques, Huawei en tête, qui vient de lancer son processeur phare Ascend 950PR, positionné comme le matériel de référence pour l’inférence, c’est-à-dire l’exécution des modèles d’IA pour servir des millions d’utilisateurs, par opposition à leur entraînement. Mais entre contraintes de production et logiciels encore immatures, l’offre locale ne suffit pas à absorber une demande dopée par la course aux applications et aux agents autonomes. D’où ce paradoxe : plus Washington serre la vis, plus les puces Nvidia deviennent chères et désirables.

Ce qu’il faut surveiller

Le bras de fer va se poursuivre. Signe de la pénurie, le coût de location de puissance de calcul a explosé : il y a deux ans, louer un GPU coûtait moins cher en Chine qu’aux États-Unis, grâce à l’abondance de matériel de contrebande ; aujourd’hui, les tarifs chinois rivalisent avec les américains, voire les dépassent sur les puces Blackwell. À surveiller aussi, la flambée des prix de la mémoire, qui renchérit toute la filière, alors que le secteur des semi-conducteurs traverse déjà de fortes turbulences boursières. Reste la question de fond : Huawei parviendra-t-il à combler l’écart avant que la pénurie n’étouffe l’ambition IA chinoise ?

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