Ce qu’il faut retenir :
- Les Gardiens de la révolution iraniens menacent de frapper 18 entreprises américaines au Moyen-Orient dès le 1er avril à 20h, heure de Téhéran.
- Apple, Google, Microsoft, Nvidia, Meta, Tesla, Boeing et JPMorgan figurent sur la liste des cibles désignées par l’IRGC.
- Amazon a déjà subi des frappes de drones sur trois datacenters aux Émirats et à Bahreïn, une première pour un hyperscaler américain.
Les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) ont publié mardi une menace directe contre 18 entreprises américaines opérant au Moyen-Orient, leur donnant jusqu’au mercredi 1er avril à 20 heures, heure de Téhéran, pour évacuer leurs employés. La liste ressemble à un extrait du Nasdaq : Apple, Microsoft, Google (Alphabet), Meta, Nvidia, Intel, IBM, Oracle, Cisco, Dell, HP, Tesla, Boeing, General Electric, JPMorgan Chase et Palantir, auxquelles s’ajoutent Spire Solutions et G42, la firme d’IA d’Abu Dhabi.
Des data centers aux showrooms : tout est visé
La menace, diffusée sur le canal Telegram officiel de l’IRGC et relayée par l’agence Sepah News, marque une escalade inédite dans le conflit qui oppose l’Iran aux États-Unis et à Israël depuis le 28 février 2026. Jusqu’ici, les représailles iraniennes visaient essentiellement des installations militaires, des bases navales et des infrastructures énergétiques dans le Golfe. En désignant des entreprises civiles comme cibles légitimes, Téhéran élargit délibérément le champ de bataille au secteur privé.
L’IRGC justifie cette décision en accusant ces entreprises de fournir les technologies d’intelligence artificielle, de cloud computing et de surveillance utilisées par Washington et Tel-Aviv pour identifier et assassiner des commandants iraniens. L’inclusion de Palantir est particulièrement symbolique : l’entreprise développe l’architecture data du Project Maven, le programme d’IA du Pentagone qui traite les images de drones et de satellites pour désigner des cibles de frappes aériennes. Palantir maintient par ailleurs un bureau à Abu Dhabi.
Mais la liste va bien au-delà des sous-traitants de la défense. Tesla, qui n’a aucun contrat militaire, y figure vraisemblablement en raison des liens d’Elon Musk avec le président Trump, considéré par l’Iran comme l’instigateur du conflit. Le constructeur exploite des showrooms, des centres de service et plus de 30 stations Supercharger aux Émirats, en Arabie saoudite et au Qatar, autant de cibles ouvertes au public, sans les dispositifs de sécurité d’un datacenter.
Le précédent AWS : quand la guerre frappe le cloud
La menace est loin d’être théorique. Le 1er mars, des drones Shahed 136 iraniens ont frappé trois installations d’Amazon Web Services (AWS) : deux datacenters dans la région ME-CENTRAL-1 aux Émirats arabes unis et un à Bahreïn (ME-SOUTH-1). C’était la première fois qu’une action militaire perturbait l’infrastructure d’un hyperscaler américain.
Les frappes ont causé des dégâts structurels, des coupures d’alimentation et des dommages supplémentaires liés aux systèmes d’extinction d’incendie. Les services touchés incluent EC2, S3, DynamoDB, Lambda, RDS et la console de gestion AWS. Les pannes en cascade ont fait tomber des services bancaires (Abu Dhabi Commercial Bank, Emirates NBD), des plateformes de paiement (Alaan, Hubpay) et des applications grand public comme Careem à travers toute la région.
Fin mars, les datacenters d’Amazon au Moyen-Orient n’avaient toujours pas retrouvé un fonctionnement normal. Dans un geste sans précédent, AWS a annulé l’intégralité des frais d’utilisation de mars pour les clients de la région ME-CENTRAL-1. L’expert cloud Cory Quinn a toutefois soulevé un problème collatéral : l’annulation efface aussi les données du Cost and Usage Report (CUR), un outil essentiel pour la conformité réglementaire et l’audit. Amazon a précisé que les données de facturation n’ont pas été supprimées et restent accessibles sur demande.
Des milliards d’investissements dans la ligne de mire
L’enjeu dépasse largement les seuls datacenters d’Amazon. Selon TD Cowen, les dépenses d’investissement des hyperscalers devraient dépasser 600 milliards de dollars en 2026, dont environ 75 % consacrés à l’infrastructure IA. Une part substantielle de ces investissements est concentrée dans le Golfe, attiré par les capitaux souverains, les coûts énergétiques favorables et la proximité des marchés sud-asiatiques et africains. Oracle à lui seul a engagé environ 156 milliards de dollars dans son infrastructure IA.
Ces investissements reposaient sur l’hypothèse que les États du Golfe resteraient des environnements stables et favorables aux affaires. Cette hypothèse est aujourd’hui sérieusement remise en question. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part majeure du commerce pétrolier mondial, reste effectivement fermé depuis plusieurs semaines. Le Brent dépasse les 110 dollars le baril, en hausse de plus de 50 % depuis le début du conflit.
Un conflit qui redéfinit la géopolitique tech
Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a déclaré mardi que les prochains jours seraient décisifs dans le conflit, au lendemain de l’ultimatum du président Trump à l’Iran concernant la réouverture du détroit d’Ormuz avant le 6 avril. Le Pentagone envisagerait le déploiement de 10 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient.
Depuis l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei le 28 février, environ 2 000 Iraniens et au moins 13 militaires américains ont été tués. Le conflit s’est étendu à Israël, aux États du Golfe et à l’Irak, tandis que les Houthis du Yémen ont rejoint les hostilités en tirant des missiles sur Israël.
Pour le secteur technologique, la leçon est brutale. Le cloud, souvent présenté comme une abstraction immatérielle, repose sur des bâtiments physiques avec des adresses précises. Et ces adresses peuvent être frappées par un drone.
Ce qu’il faut surveiller
La deadline fixée par l’IRGC au 1er avril à 20h (heure de Téhéran) constitue le prochain point de tension immédiat. Si les menaces se concrétisent, les marchés technologiques pourraient subir un choc majeur, d’autant que les entreprises visées représentent une capitalisation boursière combinée de plusieurs milliers de milliards de dollars.
La nature des attaques, frappes physiques de drones ou cyberattaques contre les infrastructures cloud, déterminera l’ampleur de l’impact. L’ultimatum américain du 6 avril sur le détroit d’Ormuz et les négociations de paix potentielles avec Téhéran restent les variables clés pour la suite du conflit.
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