Ce qu’il faut retenir :
- Le rendement du Treasury à 30 ans a bondi à 5,23 %, au plus haut depuis 2007.
- La Fed a laissé son taux directeur dans la fourchette de 3,5 % à 3,75 %.
- Trois membres du FOMC ont voté pour une hausse immédiate des taux.
Les coûts d'emprunt américains ont atteint leur plus haut niveau depuis 2007 après la décision de la Réserve fédérale de laisser ses taux inchangés. Le rendement du Treasury à 30 ans a grimpé de 0,14 point de pourcentage mercredi, à 5,23 %, sa plus forte progression depuis l’annonce des droits de douane du “liberation day” en avril 2025. Il évoluait autour de 5,24 % jeudi avant de refluer légèrement.
Pourquoi la Fed n’a-t-elle pas relevé ses taux ?
Les cours des marchés financiers n’ont pas marqué de pause pendant cette période. Ils ont réagi aux données sur l’inflation dans un sens, à la forte croissance économique dans l’autre, et les taux nominaux et réels ont augmenté.
Le FOMC a maintenu son taux directeur dans la fourchette de 3,5 % à 3,75 %, pour une cinquième réunion consécutive sans mouvement. Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, a justifié ce choix par un argument technique : la remontée des rendements obligataires entre les réunions de juin et de juillet a déjà resserré, de fait, les conditions monétaires.
Les prix de marché n’ont pas fait de pause sur cette période, a-t-il expliqué en conférence de presse, réagissant aux données d’inflation dans un sens et à la vigueur de la croissance dans l’autre, avec des taux nominaux et réels orientés à la hausse dans les deux cas.
Le message final se voulait ferme. “Cette Fed ne fléchira pas”, a déclaré Kevin Warsh, en rappelant que la crédibilité de l’institution repose sur l’exécution de son mandat. Les marchés attribuaient environ une chance sur trois à une hausse, des probabilités inhabituellement élevées qui avaient poussé certains investisseurs à parier sur un relèvement surprise, comme nous l’écrivions mercredi.
Trois dissidences au sein du FOMC
Le vote a laissé apparaître une fracture. Lorie Logan, présidente de la Fed de Dallas, Beth Hammack pour celle de Cleveland et Neel Kashkari pour celle de Minneapolis se sont opposés à la décision, estimant que les taux devaient être relevés sans attendre.
Chez Barclays, l’économiste Marc Giannoni décrit un statu quo à tonalité restrictive, marqué par une résistance forte de ceux qui préféraient agir tout de suite plutôt que d’attendre les prochaines données.
Les marchés n’ont pas aimé la conférence de presse
La réaction du marché obligataire, le plus important du monde, a été négative. Lou Brien, stratégiste économique chez DRW Trading, résume la position du président de la Fed sur l’inflation à un aveu implicite : laisser le marché faire le travail à sa place, une réponse jugée insuffisante par les investisseurs. Robert Sockin, chef économiste pour les États-Unis chez PGIM, pointe pour sa part l’absence d’explication sur les raisons de ne pas avoir relevé les taux, et anticipe un durcissement de ton dans les semaines à venir pour préserver la crédibilité de l’institution.
La courbe des taux raconte la même histoire. Le rendement à deux ans a chuté mercredi pendant que les échéances longues montaient, les investisseurs pariant sur des taux courts bas à court terme et une inflation plus élevée dans les années à venir. Il remontait à environ 4,28 % jeudi matin, contre 4,34 % avant la décision.
Les actions ont encaissé le choc, avec un S&P 500 en baisse de 1,5 % et un Nasdaq 100 en recul de 2,1 %, l’indice technologique restant le plus sensible à la remontée des rendements. Les contrats à terme pointaient vers une légère hausse à l’ouverture de jeudi. En Europe, la dette longue a suivi le mouvement : le Bund à 30 ans a pris 0,05 point, à 3,68 %, et le gilt britannique de même maturité 0,02 point, à 5,76 %.
Le pétrole, principal ennemi de la Fed
L’origine du problème se situe au Moyen-Orient. Les prix de l’essence et du diesel ont flambé depuis la réunion de juin, à mesure que les hostilités en Iran s’intensifiaient et que le trafic dans le détroit d’Ormuz se réduisait à un filet. Donald Trump a promis mercredi une riposte contre Téhéran après la dernière attaque iranienne sur des installations militaires américaines.
L’inflation américaine ressortait à 4,1 % en mai, soit plus du double de la cible de 2 % que la banque centrale n’a plus atteinte depuis plus de cinq ans. La guerre amplifie les effets des droits de douane et du boom de l’IA sur les prix. Les banquiers centraux privilégient les composantes les moins volatiles de l’inflation, mais plusieurs économistes redoutent une diffusion de la hausse de l’énergie vers l’ensemble des coûts des ménages et des entreprises.
Et maintenant ?
Le mandat de Kevin Warsh entre dans sa phase délicate. Simon Bowmaker, professeur d’économie à l’université de New York, estime que tout président de la Fed finit par être mis à l’épreuve, et que celle-ci arrivera plus tôt que prévu pour l’actuel titulaire, à mesure que la division s’installe entre les membres du comité.
Deux jalons commanderont la suite : la trajectoire du baril, qui dictera l’ampleur du choc inflationniste, et la prochaine réunion du FOMC, où les trois dissidents pourraient trouver des alliés si les prix de l’énergie restent orientés à la hausse.
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