Royaume-Uni : les coûts d’emprunt à long terme au plus haut depuis 1998

Le rendement du gilt britannique à 30 ans atteint 5,78 %, un record en 28 ans. La crise d’Ormuz et l’inflation pétrolière plombent les finances publiques.
Royaume uni couts emprunt long terme record

Ce qu’il faut retenir :

  • Le rendement du gilt britannique à 30 ans a atteint 5,78 % mardi, son plus haut niveau en 28 ans, celui à 10 ans grimpant à 5,1 %.
  • Les traders anticipent deux à trois hausses de taux de la Banque d’Angleterre d’ici fin 2026 pour combattre l’inflation alimentée par la crise pétrolière.
  • Le Royaume-Uni affiche les coûts d'emprunt les plus élevés du G7, avec des charges d’intérêt dépassant 100 milliards de livres par an, menaçant les finances publiques.

Les marchés obligataires britanniques continuent de se dégrader. Le rendement du gilt à 30 ans a grimpé de 0,14 point mardi pour atteindre 5,78 %, un niveau plus vu depuis 1998. Le 10 ans a suivi la même trajectoire, montant à 5,1 %, proche de son record de 5,12 % atteint plus tôt dans le conflit iranien. Le Royaume-Uni est désormais le marché obligataire majeur le plus malmené depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

La crise d’Ormuz comme accélérateur

L’approfondissement de la crise dans le détroit d’Ormuz, avec les tirs iraniens sur les EAU et les menaces contre la marine américaine, alimente les anticipations d’une inflation durablement élevée. Le pétrole au-dessus des 100 $ le baril depuis plusieurs jours nourrit une vente progressive des obligations souveraines à long terme à l’échelle mondiale. Le rendement du Treasury américain à 30 ans a franchi les 5 % pour la première fois depuis septembre.

Mais les gilts souffrent davantage que les autres. L’écart de rendement entre le gilt à 10 ans et le Bund allemand équivalent a atteint près de deux points de pourcentage, le plus grand fossé depuis octobre. Le Royaume-Uni cumule les handicaps : une inflation déjà élevée avant le conflit et une vulnérabilité structurelle aux prix de l’énergie.

“Il n’y a tout simplement aucun signe que cette guerre se termine bientôt”, a déclaré Pooja Kumra, stratégiste taux chez TD Securities. “Les gilts sont pénalisés non seulement par les craintes d’inflation, mais aussi par les risques politiques qui couvent avant les élections locales.”

De la baisse des taux aux hausses : le virage à 180 degrés

Avant le conflit, les marchés anticipaient que la Banque d’Angleterre continuerait de baisser ses taux pour soutenir la croissance. Le scénario s’est totalement inversé. Les traders tablent désormais sur deux à trois hausses d’un quart de point d’ici la fin de l’année pour contenir la résurgence inflationniste.

La BoE avait signalé jeudi dernier qu’elle pourrait être amenée à relever ses taux si le choc énergétique persistait. Avec le Brent qui refuse de redescendre et l’escalade militaire dans le Golfe, cette hypothèse se rapproche de la certitude.

Des finances publiques sous pression extrême

Les charges d’intérêt sur la dette britannique dépassent déjà les 100 milliards de livres par an. Chaque hausse des rendements alourdit la facture, comprimant les marges budgétaires du gouvernement de Keir Starmer au pire moment.

Le risque politique amplifie la défiance. Des défaites attendues pour le Parti travailliste aux élections locales cette semaine pourraient ouvrir la voie à une pression interne pour un assouplissement des règles budgétaires. Andy Burnham, maire du Grand Manchester et rival potentiel de Starmer, a suggéré mercredi que la hausse des dépenses de défense pourrait être considérée comme “exceptionnellement en dehors des règles d'emprunt”. Le Trésor a répondu que les règles budgétaires étaient “non négociables”.

Les traders parient sur un affaiblissement de la livre : les options de vente (puts) sur le sterling représentaient 70 % des options négociées la semaine dernière, contre 30 % d’options d’achat (calls), selon les données de CME Group.

Ce qu’il faut surveiller

Les résultats des élections locales britanniques cette semaine pourraient déclencher une nouvelle vague de ventes sur les gilts si les marchés perçoivent un risque de relâchement budgétaire. La prochaine réunion de la Banque d’Angleterre sera cruciale : une hausse de taux formelle marquerait l’inversion complète du cycle monétaire.

Avec des coûts d'emprunt au plus haut depuis la fin des années 1990 et une inflation importée par l’énergie, le Royaume-Uni fait face à un étau budgétaire et monétaire qui pourrait s’avérer plus douloureux que la crise des gilts de 2022.

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