Ce qu’il faut retenir :
- L’or a perdu plus de 15 % depuis le début de la guerre contre l’Iran le 28 février, effaçant la quasi-totalité de ses gains de 2026.
- Les appels de marge sur les actions et obligations ont forcé les institutions à liquider leurs positions sur le métal précieux.
- Les analystes anticipent un rebond à moyen terme, avec des objectifs de 6 000 à 6 300 $ l’once en fin d’année chez J.P. Morgan et Deutsche Bank.
L’or a subi sa pire semaine depuis 1983 mi-mars, avec une chute de près de 10 % en cinq séances. Depuis le lancement de l’opération américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, le métal jaune a perdu plus de 15 %, retombant aux alentours de 4 400 $ l’once mardi après avoir touché un plus bas annuel proche de 4 100 $ lundi matin à Londres. Un paradoxe pour un actif censé briller en temps de crise géopolitique.
Le piège de la “valeur refuge”
Pendant les dix premiers jours du conflit, l’or avait globalement conservé sa valeur d’avant-guerre, même tandis que les actions et les obligations plongeaient. Mais le métal a ensuite été aspiré par la tourmente généralisée des marchés. Le mécanisme est classique : confrontés à des appels de marge (margin calls) sur leurs positions en actions et obligations, les investisseurs institutionnels ont liquidé leur actif le plus rentable et le plus liquide pour lever du cash. L’or, après un rallye spectaculaire de +64 % en 2025 et un record historique à 5 594 $ l’once en janvier 2026, offrait justement des gains massifs à encaisser.
L’or baisse quasi systématiquement lors des effondrements d’actions et de bons du Trésor, parce que les investisseurs le vendent pour lever des fonds.
Rhona O’Connell, analyste chez StoneX
Jason Turner, de la banque privée allemande Berenberg, a confirmé que les données des hedge funds et des courtiers montraient des liquidations de positions sur le lingot pour couvrir les appels de marge sur les marchés actions et obligataires.
Les ETF or ont enregistré des sorties nettes d’environ 10,8 milliards de dollars depuis le début du conflit, selon le groupe de données Vanda. Le SPDR Gold Shares (GLD), le plus gros ETF adossé à l’or, a connu des retraits massifs en quelques jours.
Taux d’intérêt et dollar : le double piège
Au-delà des liquidations forcées, deux facteurs structurels pèsent sur l’or. D’abord, la perspective de taux d’intérêt plus élevés : le choc pétrolier lié à la guerre alimente l’inflation, poussant la Fed et d’autres banques centrales à durcir leur politique monétaire. Le président de la Fed Jerome Powell a effectivement douché les espoirs de baisses de taux multiples en 2026 lors de la réunion du FOMC de mars, citant l’impact inflationniste du conflit. Or, des taux plus élevés signifient des rendements obligataires plus attractifs, rendant l’or (qui ne verse aucun intérêt) comparativement moins intéressant.
“L’or et l’argent sont phénoménalement sensibles aux anticipations de taux d’intérêt”, a souligné Adrian Ash, directeur de la recherche chez BullionVault.
Tout le monde demandait quand l’or serait de nouveau corrélé aux taux réels. La réponse, c’est maintenant.
Second facteur : le dollar américain a rebondi d’environ 2 % depuis le début de la guerre, les investisseurs se réfugiant dans la devise de réserve mondiale. L’or étant libellé en dollars, sa hausse renchérit le métal pour les acheteurs internationaux.
Enfin, des analystes évoquent la possibilité que certaines banques centrales vendent une partie de leurs réserves d’or pour financer des achats d’énergie ou des dépenses de défense. Le gouverneur de la banque centrale de Pologne a notamment envisagé de vendre ou réévaluer une partie de ses réserves pour couvrir les dépenses militaires. HSBC note que les prix élevés du pétrole et de l’or “pourraient encourager d’autres ventes du secteur officiel”.
Un précédent historique rassurant
Malgré la violence de la correction, la plupart des analystes restent optimistes à moyen terme. John Reade, stratégiste au World Gold Council, a souligné que la domination croissante des investisseurs spéculatifs dans le secteur, au détriment des acheteurs traditionnels comme la joaillerie, avait rendu le cours de l’or plus volatil. Mais les fondamentaux de long terme n’ont pas changé : les achats des banques centrales se poursuivent, le déficit budgétaire américain ne se résorbe pas, et l’incertitude géopolitique reste élevée.
BMO Capital Markets anticipe un rebond significatif “dès que l’appétit pour le risque reviendra”. J.P. Morgan maintient un objectif de 6 300 $ l’once pour fin 2026, Deutsche Bank vise 6 000 $. Adrian Ash de BullionVault rappelle le précédent de 2008 : l’or avait chuté dans la phase initiale de panique de la crise financière, avant de rebondir fortement et de s’imposer comme l’actif par excellence de la décennie suivante.
Ce qu’il faut surveiller
Le cours de l’or reste suspendu à l’évolution du conflit. Le post de Trump lundi sur Truth Social évoquant des “conversations productives” avec l’Iran a permis un rebond partiel, avant que le démenti de Téhéran ne rallume la volatilité. Les niveaux techniques clés se situent autour de 4 500 $ (support) et 5 000 $ (résistance psychologique).
Un cessez-le-feu crédible pourrait déclencher un rallye rapide, mais tant que les prix du pétrole restent au-dessus de 100 $, la pression inflationniste maintiendra les taux élevés et limitera le potentiel haussier immédiat de l’or.
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