Ce qu’il faut retenir :
- Jane Street discute du refinancement de ses 11 milliards de dollars de dette auprès d’un petit groupe d’investisseurs.
- L’opération ferait basculer cette dette des marchés publics vers un véhicule privé.
- Le montage lui permettrait de financer ses investissements dans l’intelligence artificielle.
Jane Street négocie le refinancement de ses 11 milliards de dollars de dette auprès d’un petit groupe d’investisseurs, dont Pimco, d’après des personnes informées du dossier citées par le Financial Times. L’opération ferait basculer cet encours des marchés publics vers un véhicule de crédit privé, et pourrait aboutir dès la semaine prochaine, avec un montant susceptible d’être relevé.
Pourquoi Jane Street quitte-t-il les marchés publics ?
Deux raisons se dégagent. La première tient au financement de ses investissements dans l’intelligence artificielle, un poste devenu central pour cette société de trading pour compte propre, qui a construit des centres de données et déployé d’autres briques technologiques au service de ses activités de marché.
La seconde relève de la discrétion. Une bascule vers les marchés privés lui permettrait de réduire ses obligations de publication financière, alors qu’elle transmet aujourd’hui des comptes trimestriels à un large groupe de porteurs de dette. Un accord conclu la semaine prochaine la dispenserait d’ailleurs de publier ses résultats du deuxième trimestre à ses prêteurs, une échéance attendue dans quelques semaines.
Cette liberté a un prix. Emprunter sur le marché privé coûte en général au moins 0,25 point de pourcentage de plus pour une entreprise bien notée, d’après des banquiers spécialisés aux États-Unis. Les charges d’intérêts de Jane Street pourraient donc augmenter. Les conditions exactes du financement restent inconnues. Jane Street et Pimco n’ont pas souhaité commenter.
Une machine à profits qui bouscule Wall Street
Les chiffres donnent la mesure de l’acteur. Au premier trimestre, Jane Street a généré 16,1 milliards de dollars de revenus de trading et un bénéfice net de 10,3 milliards de dollars, ce qui la place parmi les entreprises les plus rentables de Wall Street. Sur l’ensemble de 2025, ses revenus avoisinaient 40 milliards de dollars.
La société profite de la volatilité des marchés et grignote le terrain de géants comme JPMorgan Chase et Goldman Sachs. Son ascension accompagne l’électronisation et la croissance des marchés financiers aux États-Unis et en Asie.
Elle ne gère pas d’argent extérieur et n’intervient qu’avec son propre capital. Comme ses concurrents, à commencer par Citadel Securities, elle emprunte toutefois sur les marchés de dette pour alimenter ses opérations.
Pimco pousse ses pions dans le crédit privé
L’opération marque aussi un jalon pour le prêteur. Pimco mobilise son poids sur les marchés de crédit et ses liens avec Allianz, sa maison mère allemande, pour décrocher des mandats de financement de premier plan. Le gestionnaire, historiquement centré sur les obligations cotées, a enchaîné ces derniers mois les transactions privées de grande visibilité pour doper ses rendements.
Le mouvement dépasse Pimco. Des acteurs comme Apollo Global et Blackstone souscrivent désormais seuls, ou avec une poignée de partenaires, des prêts d’entreprise qui passaient auparavant par les marchés obligataires.
Des paris directs sur l’écosystème de l’IA
Jane Street a par ailleurs élargi ses stratégies, du trading à haute fréquence vers des positions à plus long terme, avec des investissements privés conséquents dans des entreprises d’intelligence artificielle comme Thinking Machines Lab et Anthropic.
La semaine dernière, elle a aidé CoreWeave à obtenir 2,6 milliards de dollars de prêts, garantis en partie par les contrats de puissance de calcul du fournisseur.
Tous ces paris ne se sont pas bien terminés. La société avait également investi dans Situational Awareness, le fonds de Leopold Aschenbrenner, contraint de céder un portefeuille massif de participations cotées à Citadel après avoir lourdement chuté dans la correction sur les valeurs d’IA, comme nous le racontions la semaine dernière.
Et maintenant ?
Trois points à surveiller. La conclusion effective de l’accord et son montant définitif, d’abord, la taille du prêt pouvant encore évoluer. Le coût du financement ensuite, qui dira ce que Jane Street accepte de payer pour gagner en discrétion. La transparence enfin : une société de cette taille, aussi imbriquée dans les marchés et dans le financement de l’IA, publierait à l’avenir beaucoup moins d’informations sur sa santé financière.
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