Ce qu’il faut retenir :
- Andrew Left, fondateur de Citron Research, a été reconnu coupable de fraude sur 13 chefs d’accusation.
- Les procureurs lui reprochent au moins 16 millions de dollars de profits issus d’une manipulation de marché.
- Le verdict pose la question de la frontière entre commentaire boursier et manipulation.
Andrew Left, l’un des vendeurs à découvert les plus médiatiques de Wall Street, a été reconnu coupable de fraude lors d’un procès pénal aux conséquences potentiellement majeures pour tous les investisseurs qui commentent les marchés. Un jury de Los Angeles l’a déclaré coupable ce lundi sur 13 chefs d’accusation.
Un schéma de manipulation à 16 millions de dollars
Un vendeur à découvert parie sur la baisse d’une action, qu’il emprunte pour la revendre, espérant la racheter moins cher. À la tête de Citron Research, Left était suivi par des centaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux. Selon l’accusation, il prenait position sur un titre, publiait des déclarations destinées à en faire bouger le cours, puis dénouait rapidement sa position sans le signaler clairement au public.
Les procureurs décrivent un « argent facile » tiré de valeurs prisées des particuliers, souvent accompagné d’un « prix cible » conçu pour attirer l’attention. Au total, ils chiffrent ses gains à au moins 16 millions de dollars. Left a été acquitté sur quatre autres chefs et sera fixé sur sa peine le 31 août.
« Un jour triste pour la liberté d’expression »
L’intéressé a contre-attaqué. « C’est un jour triste pour la liberté d’expression », a réagi Andrew Left auprès du Financial Times juste après le verdict, dénonçant « un abus de pouvoir de l’État » et affirmant être sanctionné pour des opinions honnêtes sur les plus grandes entreprises du monde. Pour sa défense, il soutient que ses commentaires reflétaient ses convictions réelles et qu’aucune règle ne l’obligeait à conserver une position pendant une durée déterminée après avoir partagé son avis.
L’accusation a toutefois mis en avant un message accablant, envoyé après qu’il eut vendu à découvert le groupe de cannabis Cronos Group puis réduit son exposition. Réalisant que l’action était détenue par des particuliers qui suivaient ses analyses, il aurait comparé le fait d’en profiter à « prendre un bonbon à un bébé ».
Des fausses factures et de faux investisseurs
Le dossier va plus loin que de simples tweets. Les procureurs accusent Left d’avoir entretenu l’illusion qu’il gérait l’argent de tiers pour gonfler son influence, publiant des « lettres aux investisseurs » et déclarant en interview que « mes investisseurs me paient pour gagner de l’argent », alors que Citron n’a jamais eu d’investisseurs extérieurs. Il aurait aussi prévenu à l’avance des hedge funds de la publication de ses rapports, en échange d’une part de leurs gains, puis menti aux autorités et créé de fausses factures pour dissimuler ces versements. En réponse, Left a fait valoir que personne n’avait acheté d’action sur la base de ces lettres.
Du héros de Valeant à GameStop
La trajectoire de Left a longtemps inspiré le respect. Il y a plus de dix ans, il accusait le laboratoire pharmaceutique Valeant d’irrégularités comptables, avant d’être finalement conforté par les faits. En 2021, il révélait avoir parié contre GameStop au plus fort de la frénésie boursière alimentée par les particuliers. Fait rare, il a choisi de témoigner lui-même lors de son procès.
Et maintenant ?
Au-delà du cas Left, l’affaire pose une question délicate : à partir de quand le commentaire boursier d’un investisseur influent bascule-t-il dans la manipulation de marché ? L’intéressé plaide qu’imposer la divulgation de ses propres transactions aurait un effet dissuasif sur la circulation d’informations vraies vers les marchés. Le verdict, puis la peine attendue le 31 août, feront jurisprudence pour les traders activistes comme pour la nouvelle génération de finfluenceurs.
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