Ce qu’il faut retenir :
- Téhéran accuse 46 navires d’avoir violé ses protocoles de transit et les menace d’amendes ou de confiscation.
- Le trafic est tombé à environ 16 passages par jour, contre plus de 130 avant le conflit.
- Dix-neuf marins ont perdu la vie depuis le début de la guerre, selon l’Organisation maritime internationale.
L’Iran a menacé 46 navires d’amendes, de détention ou de confiscation pour avoir violé ses protocoles de transit dans le détroit d’Ormuz. La Persian Gulf Strait Authority, organisme créé par Téhéran, a publié cette liste sur X, quelques jours après l’annonce par Washington d’un jour J économique contre la République islamique.
La majorité des bâtiments visés sont des pétroliers, des transporteurs de produits dérivés et des méthaniers engagés dans des rotations courtes. Ce système de navettes s’est développé ces dernières semaines : les pays du Golfe acheminent leur pétrole à travers le détroit sur des navires exposés, pour le transférer à des bâtiments plus prudents qui attendent de l’autre côté.
Deux propriétaires dominent cette liste. Adnoc, la compagnie pétrolière nationale d’Abou Dabi, et Sinokor, armateur sud-coréen qui avait acquis pour 5,9 milliards de dollars de pétroliers juste avant le déclenchement du conflit. Adnoc a refusé de commenter, Sinokor n’a pas pu être joint.
Plusieurs de ces navires ont déjà été touchés par des missiles iraniens lors de tentatives de passage. La semaine dernière, le chef mécanicien du cargo Minoan Dignity a été tué dans une attaque, ce qui porte à 19 le nombre de marins morts depuis le début de la guerre, d’après l’Organisation maritime internationale.
Téhéran invite désormais les propriétaires de cargaisons à vérifier cette liste de navires non conformes avant tout affrètement.
Un trafic réduit à un huitième de son niveau d’avant-guerre
Les chiffres donnent la mesure de l’asphyxie. D’après la société d’analyse maritime Windward, le détroit n’a enregistré qu’environ 16 passages par jour la semaine dernière, contre plus de 130 avant le déclenchement du conflit fin février.
Ce passage acheminait auparavant environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié transportés dans le monde.
Martin Kelly, responsable du conseil chez EOS Risk, décrit dans cette liste la première mise en œuvre concrète d’un profil de cibles dans le détroit. Du point de vue iranien, résume-t-il, Ormuz est fermé à tout navire dépourvu d’autorisation iranienne, et il existe désormais une liste précise de bâtiments, dont certains ont déjà été attaqués.
Des dirigeants du transport maritime estiment que ces menaces rendront les opérateurs plus hésitants encore, même si l’un d’eux relève que beaucoup gèrent déjà un risque élevé.
La riposte iranienne à la guerre économique
Tout lien persistant avec Téhéran accélérera l’ostracisme économique des pays et des entités concernés, que ce lien soit établi délibérément ou ignoré sciemment.
L’escalade répond à l’offensive américaine. Dans une tribune publiée lundi par le Financial Times, Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, a annoncé des mesures visant tout pays soutenant le régime iranien, avec l’objectif de couper chaque bouée de sauvetage économique qui le maintient à flot. Tout lien résiduel avec Téhéran, écrit-il, accélérera la mise à l’écart économique des pays et entités concernés.
Esmaeil Baghaei, porte-parole de la diplomatie iranienne, a dénoncé un terrorisme économique et promis des représailles.
La menace la plus explicite est venue de Mohsen Rezaei, plus haut responsable de la sécurité iranienne, promu il y a quelques semaines dans le cadre du durcissement du pouvoir à Téhéran. Si la guerre économique se poursuit, a-t-il écrit dimanche sur X, pas une goutte de pétrole ne sera exportée, ni par le détroit d’Ormuz ni depuis aucun point du golfe Persique. Il ajoute que toute participation ou soutien d’un pays à cette guerre économique sera considéré comme un acte de guerre.
La mer Rouge se ferme aussi
Le second corridor d’exportation se dégrade en parallèle. Les exportations pétrolières saoudiennes empruntant la mer Rouge subissent une intensification des attaques des rebelles houthis contre les pétroliers du royaume.
Un nouveau navire a été touché lundi au large du port de Yanbu, d’après les autorités britanniques de coordination maritime, le premier atteint aussi loin au nord dans cette zone cette année.
Et maintenant ?
Deux signaux méritent attention malgré le blocage. Une délégation omanaise doit se rendre en Iran cette semaine pour discuter de la sécurité du détroit et des routes de transit maritime, selon le ministère iranien des Affaires étrangères. Le maréchal Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise engagé dans une tentative de médiation, s’est par ailleurs rendu à Téhéran lundi, rapportent les médias d’État iraniens.
Un troisième élément a été repéré sur le terrain. Confrontée au blocus naval américain, l’Iran avait interrompu une part importante de sa production et cessé d’exporter son brut. Les analystes du cabinet Energy Aspects ont toutefois observé lundi un pétrolier en cours de chargement au terminal de Kharg Island, le premier depuis près de deux semaines.
Le cessez-le-feu de 60 jours, pendant lequel Téhéran s’était engagé à ne pas facturer le passage des navires, a expiré la semaine dernière sans qu’aucun progrès n’ait été accompli.
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