Anthropic : son modèle IA le plus puissant peine à convaincre, les entreprises préfèrent le moins cher

Les dépenses des entreprises sur Fable 5 plafonnent à 11 % chez Anthropic, dépassées par Opus 5, moins cher, avant une introduction en Bourse.
Dario amodei antrhopic claude ia

Ce qu’il faut retenir :

  • Les dépenses consacrées à Fable 5 plafonnent à environ 11 % du budget des entreprises chez Anthropic.
  • Le modèle Opus 5, plus petit et moins cher, a déjà dépassé Fable 5 en volume de dépenses.
  • Le revenu annualisé du laboratoire atteignait 65 milliards de dollars en juillet.

Les clients américains d’Anthropic délaissent son modèle le plus puissant au profit d’alternatives moins chères, d’après les données de dépenses de 70 000 entreprises collectées par le spécialiste des paiements Ramp. Plus de deux mois après sa sortie, Fable 5 plafonne à environ 11 % des dépenses totales consacrées aux outils du laboratoire.

Le constat rompt avec une habitude installée : jusqu’ici, les entreprises se tournaient par défaut vers le modèle le plus performant disponible.

Pourquoi les entreprises boudent-elles Fable 5 ?

La période où les clients choisissaient systématiquement les modèles de pointe n’était pas une ère durable.

Deux raisons dominent chez les analystes et les investisseurs interrogés : le prix élevé du modèle, et le fait que des versions antérieures suffisent à traiter l’essentiel des besoins professionnels.

“La plupart des gens n’ont pas besoin d’opérer à la frontière”, résume Miles Clements, associé chez Accel, fonds qui a investi près d’un milliard de dollars dans l’entreprise.

Il nuance toutefois la portée du constat. Les percées en matière d’intelligence restent indispensables pour tenir les promesses les plus ambitieuses du secteur, de la découverte de traitements médicaux à l’attraction des meilleurs chercheurs. Elles deviendront simplement des vitrines plutôt que des produits de masse.

Opus 5 a déjà dépassé Fable 5

La concurrence la plus directe vient de l’intérieur. Opus 5, modèle plus petit mais performant, proposé à un tarif inférieur, a dépassé Fable 5 en volume de dépenses des entreprises depuis son lancement fin juillet, selon Ramp.

Autrement dit, le laboratoire cannibalise son propre haut de gamme, sur un marché où l’écart de performance entre modèles se resserre et où le prix devient l’argument décisif.

Le contexte politique a pesé sur le lancement

Fable 5 a connu un démarrage contrarié. Sorti début juin, il a été retiré sur intervention de l’administration Trump, qui invoquait des motifs de sécurité nationale, avant d’être autorisé à revenir le 1er juillet.

Ara Kharazian, chef économiste de Ramp, ajoute un facteur moins visible : les règles de conservation des données imposées par l’administration ont également freiné l’adoption du modèle.

Les inquiétudes sur de nouvelles restrictions ont depuis reflué. L’incertitude politique est devenue un facteur secondaire dans le choix des clients, derrière le prix et la performance.

Des revenus qui progressent malgré tout

Le tableau financier reste solide, à défaut d’être conforme aux attentes les plus optimistes.

Anthropic a indiqué à ses actionnaires la semaine dernière que son revenu annualisé atteignait 65 milliards de dollars en juillet, contre 47 milliards en mai. Certains investisseurs projetaient toutefois un franchissement des 80 milliards, ce qui fait de ce chiffre une déception relative.

La trajectoire d’ensemble reste rapide, avec des revenus multipliés par près de sept depuis le début de l’année. L’entreprise a enregistré son premier bénéfice opérationnel ajusté au deuxième trimestre et indique à ses investisseurs qu’elle devrait renouer avec la rentabilité au troisième. Elle revendique 6 000 clients dépensant au moins 100 000 dollars par an. Sollicitée, elle n’a pas souhaité commenter.

OpenAI revient dans la course

Le concurrent le plus direct profite du même mouvement. Le revenu annualisé d’OpenAI a bondi de 35 % depuis le début du trimestre et dépasse désormais 40 milliards de dollars, après le lancement de GPT 5.6 en juillet qui a relancé une année mal engagée.

L’argument est identique : ce modèle se vend bien moins cher que Fable 5.

S’y ajoute la pression des modèles à poids ouverts venus de Chine et d’ailleurs, qui offrent aux entreprises des alternatives crédibles à une fraction du prix des laboratoires américains. Les clients cherchent surtout à contenir leur facture en utilisant les modèles de façon plus économe, plutôt qu’en retenant systématiquement l’option la plus sophistiquée.

Ce que cela change pour le modèle économique du secteur

L’enjeu dépasse une entreprise. Les laboratoires de pointe orientent depuis des années l’essentiel de leurs dépenses de développement, chiffrées en milliards de dollars, vers l’entraînement de modèles toujours plus grands.

Si les entreprises clientes s’installent sur des modèles intermédiaires pour de bon, cette allocation perd sa justification commerciale. Les montages de financement bâtis sur cette hypothèse, du programme de 200 milliards de dollars orchestré par Google aux baux de centres de données signés sur vingt ans, reposent précisément sur une demande de calcul en croissance continue.

Ara Kharazian appelle à la prudence sur toute projection. Prédire la trajectoire de l’entreprise à quelques mois relève selon lui de l’exercice impossible : en prolongeant les tendances passées, on attendait qu’Anthropic domine le marché, mais la qualité du dernier modèle d’OpenAI et la contre-performance de Fable ont produit l’inverse.

Et maintenant ?

L’introduction en Bourse constitue l’échéance décisive. Les investisseurs anticipent une valorisation d’au moins 2 000 milliards de dollars, pour une opération qui pourrait intervenir dès le mois prochain.

Deux questions accompagneront ce dossier. La capacité du laboratoire à vendre son haut de gamme, d’abord, puisqu’une valorisation de cet ordre suppose une croissance qui ne repose pas seulement sur des modèles à faible marge. Et la nature même de l’avantage concurrentiel ensuite : quand quatre modèles se tiennent en quelques points sur les classements et que le moins cher l'emporte, la course à la puissance cesse de suffire à justifier les dépenses engagées.

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