L’or repasse sous les 4 000 dollars et signe son pire trimestre depuis plus de dix ans

L’or repasse sous les 4 000 dollars l’once et signe son pire trimestre depuis plus de dix ans, plombé par la Fed et la fuite des particuliers.
Or pire trimestre chute sous 4000

Ce qu’il faut retenir :

  • L’or est tombé sous les 4 000 dollars l’once mardi, vers son plus bas niveau depuis novembre, avant un rebond de 2%.
  • Le métal jaune perd près de 14 % sur le trimestre, sa pire performance depuis plus de dix ans.
  • Les banques centrales continuent d’acheter de l’or et de réduire leur exposition au dollar, selon l’OMFIF.

Le prix de l’or est repassé sous la barre des 4 000 dollars l’once troy ce mardi, vers son plus mauvais trimestre depuis plus d’une décennie. Le lingot a même touché 3 943 dollars en début de séance, son plus bas niveau depuis novembre, avant de se reprendre légèrement. Sur les trois derniers mois, le métal jaune abandonne près de 14 %. Un retournement brutal pour un actif qui avait flambé jusqu’à un record de 5 595 dollars en janvier, porté par la fièvre spéculative des particuliers.

Illustration - L'or repasse sous les 4 000 dollars et signe son pire trimestre depuis plus de dix ans

Pourquoi le cours de l’or chute-t-il ?

Le grand responsable s’appelle Kevin Warsh. L’arrivée du nouveau président de la Réserve fédérale américaine, réputé faucon, a ravivé les anticipations de hausses de taux cette année. Or l’or, un actif qui ne verse aucun rendement, perd de son attrait dès que les taux montent : les obligations et les bons du Trésor, eux, rapportent des intérêts. Quand le coût de l’argent grimpe, le métal jaune devient relativement moins intéressant à détenir.

La guerre au Moyen-Orient a accéléré le mouvement. En poussant les prix du pétrole à la hausse, le conflit a nourri les craintes d’inflation et de taux élevés, conduisant de nombreux investisseurs à liquider leurs positions à effet de levier. À cela s’ajoute une rotation de capitaux : certains traders ont vendu leur or pour financer leurs paris sur les actions liées à l’intelligence artificielle, sur les fabricants de puces ou sur l’IPO record de SpaceX. “Le narratif s’est déplacé vers l’IA et SpaceX”, résume Nicky Shiels, analyste chez MKS Pamp, qui pointe aussi un dollar plus fort et des indicateurs d’inflation moins favorables au métal.

Le repli du fameux debasement trade complète le tableau. Cette stratégie, qui consiste à fuir les monnaies papier pour se réfugier dans l’or ou le bitcoin, a perdu de sa vigueur. Résultat, les fonds indiciels adossés à l’or enregistrent des sorties de capitaux : juin s’achemine vers un deuxième mois consécutif de décollecte, d’après le World Gold Council.

La Chine resserre la vis sur les particuliers

Pékin a ajouté une couche de pression. Deux grandes banques chinoises, ICBC et China Guangfa Bank, vont restreindre dès le mois prochain le trading de contrats à terme sur métaux précieux pour leurs clients particuliers, signe de l’inquiétude des régulateurs face aux paris sur l’or et l’argent. Les épargnants chinois pourront toujours acheter et vendre des lingots et des pièces physiques, mais le robinet spéculatif se referme. Pour Nitesh Shah, responsable des matières premières chez WisdomTree, toute mesure visant à freiner les achats ne peut pas jouer en faveur des prix.

Les banques centrales, dernier rempart du marché de l’or

Pendant que les particuliers fuient, les institutions monétaires, elles, ne bougent pas d’un pouce. C’est tout le paradoxe du marché actuel. Selon l’enquête de l’OMFIF (Official Monetary and Financial Institutions Forum), un solde net de 30 % des banques centrales prévoit d’augmenter ses réserves d’or dans les un à deux ans à venir, sur fond de risques géopolitiques. Plus de huit institutions sur dix en détiennent déjà.

Le mouvement va de pair avec un désamour pour le billet vert. Le dollar concentre la plus forte intention de réduction : 24 % des banques centrales comptent alléger leurs avoirs en dollars, un record parmi les devises étudiées. À l’inverse, le yuan chinois (renminbi) et l’euro tirent leur épingle du jeu, avec respectivement 32 % et 29 % des institutions qui prévoient d’augmenter leur exposition. Cette demande officielle structurelle est précisément ce qui pourrait fournir un plancher au prix de l’or, là où la spéculation des particuliers, elle, va et vient.

Et maintenant ?

La question des prochains mois tient en une équation simple : la demande des banques centrales suffira-t-elle à compenser la fuite des investisseurs particuliers ? Tant que le solde net des achats officiels reste positif et que le dollar perd du terrain dans les réserves mondiales, l’or conserve un socle. Mais le facteur décisif reste la trajectoire des taux décidée par Kevin Warsh. À surveiller : la tenue du plancher des 3 943 dollars, le rythme des sorties sur les fonds indiciels et l’application concrète des restrictions chinoises le mois prochain.

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