Ce qu’il faut retenir :
- La Cour suprême interdit à Donald Trump de révoquer la gouverneure de la Fed Lisa Cook, par 5 voix contre 4.
- Le même jour, elle autorise le président à limoger sans motif une commissaire de la FTC, brisant un précédent de 90 ans.
- L’indépendance de la banque centrale américaine sort préservée face à la première tentative de révocation d’un gouverneur.
La Réserve fédérale (Fed) vient de gagner sa bataille la plus risquée. Ce lundi, la Cour suprême des États-Unis a interdit à Donald Trump de limoger la gouverneure Lisa Cook, par cinq voix contre quatre. Un verdict qui préserve l’indépendance de la banque centrale, au moment même où la haute juridiction élargissait, dans une autre décision, le pouvoir du président sur le reste des agences fédérales.
Pourquoi la Cour suprême protège-t-elle la Fed ?
Les subordonnés qui exercent les pouvoirs du président peuvent être révoqués par celui-ci. C’est alors, et alors seulement, qu’ils peuvent rester responsables devant le président, et le président devant le peuple.
Pour la majorité des juges, le Congrès a sciemment encadré le pouvoir de révocation du président : un gouverneur de la Fed ne peut être écarté que pour un motif sérieux, afin de mettre la politique monétaire à l’abri des pressions politiques. Le président de la Cour, John Roberts, a prévenu qu’autoriser ce limogeage reviendrait à permettre au chef de l’État de révoquer un membre de la Fed « à tout moment, pour n’importe quelle raison », sans préavis ni contrôle judiciaire.
Cette protection, vieille de près d’un siècle, n’avait jamais été mise à l’épreuve : aucun président américain n’avait tenté d’évincer un gouverneur de la banque centrale avant Trump.
L’affaire Lisa Cook, un dossier de fraude hypothécaire
Le bras de fer est parti d’accusations de fraude au crédit immobilier. Un proche allié de Trump, Bill Pulte, avait présenté des documents qui semblaient indiquer que Lisa Cook avait déclaré deux logements comme résidence principale. La gouverneure conteste ces accusations et n’a été inculpée de rien.
L’arrière-plan, lui, est politique. Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump multiplie les attaques contre l’indépendance de la Fed et réclame sans relâche une baisse des taux pour doper la croissance. La tentative d’écarter Lisa Cook s’inscrivait dans cette offensive.
Une victoire en demi-teinte : la FTC, elle, cède
La même journée a pourtant tourné à l’avantage de la Maison-Blanche sur un autre front. Par six voix contre trois, la Cour a autorisé Trump à révoquer sans motif Rebecca Slaughter, commissaire démocrate de la commission fédérale du commerce (FTC), écartée l’an dernier. La décision renverse un précédent vieux de 90 ans qui permettait au Congrès de protéger ces commissaires des limogeages décidés au gré de l’exécutif.
Résultat : le président gagne une emprise accrue sur les agences indépendantes, et plusieurs recours déposés par des responsables qu’il avait limogés se trouvent fragilisés. La Fed, elle, reste à part.
Et maintenant ? Le bras de fer sur les taux continue
La protection de Lisa Cook ne clôt pas la guerre entre la Maison-Blanche et la Fed. En avril, le ministère de la Justice avait abandonné une enquête pénale visant l’ancien président de l’institution, Jay Powell, un dossier que beaucoup d’investisseurs lisaient comme une manœuvre pour forcer la banque centrale à baisser ses taux. L’abandon était intervenu après qu’un élu républicain eut menacé de bloquer la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed.
Comme nous l’avons relevé cette semaine, les marchés guettent la trajectoire des taux et l’indice d’inflation PCE pour jauger l’orientation de la Fed. La décision de ce lundi leur adresse un signal clair : sur sa politique monétaire, la banque centrale reste, pour l’heure, hors de portée du président.
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