Ce qu’il faut retenir :
- Le PDG de JPMorgan avertit dans sa lettre annuelle que les pertes sur le crédit privé seront supérieures aux attentes en raison d’un affaiblissement généralisé des standards de prêt.
- Dimon pointe l’opacité des valorisations, l’usage croissant du paiement en nature (PIK) et des covenants affaiblis comme facteurs de risque.
- Il met en garde contre un choc pétrolier prolongé lié à la guerre en Iran, qui pourrait déclencher une inflation persistante et des taux plus élevés qu’anticipé.
Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase depuis 2006, a lancé l’un de ses avertissements les plus directs sur le marché du crédit privé dans sa lettre annuelle aux actionnaires, publiée ce lundi. À l’heure où Blue Owl, Apollo, KKR et Blackstone font face à des vagues de rachats sans précédent, le patron de la plus grande banque américaine enfonce le clou.
“Les pertes seront plus élevées que prévu”
Je crois que lorsque nous aurons un cycle de crédit, ce qui arrivera un jour, les pertes sur l’ensemble des prêts à effet de levier seront plus élevées qu’attendu, relativement à l’environnement.
Dimon dans sa lettre de 48 pages.
Il précise que les pertes sont “déjà un peu plus élevées qu’elles ne devraient l’être” compte tenu des conditions actuelles.
Dimon, dont l’expression “cockroaches” (cafards) pour décrire les prêts problématiques est devenue un terme consacré à Wall Street depuis l’an dernier, identifie plusieurs facteurs de dégradation. Les standards de crédit se sont “modestement affaiblis à peu près partout” : hypothèses de performance agressives et optimistes dans l’évaluation des emprunteurs, covenants plus lâches, recours accru au paiement en nature (PIK), un mécanisme par lequel les emprunteurs reportent le remboursement de leurs intérêts en ajoutant le montant dû au principal du prêt.
L’opacité comme accélérateur de panique
Le PDG de JPMorgan pointe un problème structurel du crédit privé : l’absence de transparence sur les valorisations.
Le crédit privé ne tend pas à avoir une grande transparence ni des ‘marks’ rigoureuses de ses prêts, augmente la probabilité que les gens vendent s’ils pensent que l’environnement va se détériorer, même si les pertes réalisées changent à peine.
C’est exactement le scénario qui se déroule depuis le début de l’année. Le marché du crédit privé de 1 800 milliards de dollars subit une crise de confiance alimentée par les faillites de l’équipementier automobile First Brands et du concessionnaire Tricolor, par l’exposition massive du secteur aux entreprises SaaS menacées par l’IA, et par les vagues de rachats qui ont contraint les plus grands gestionnaires à plafonner les retraits.
Dimon prévient que cette dynamique pourrait s’aggraver :
D’une manière ou d’une autre, on devrait s’attendre à ce que les régulateurs des assurances insistent un jour sur des notations plus rigoureuses ou des décotes, ce qui entraînera probablement des exigences de capital supplémentaires.
Le choc pétrolier comme catalyseur
Au-delà du crédit privé, Dimon consacre une part importante de sa lettre au contexte géopolitique. Il estime que la guerre américano-israélienne contre l’Iran crée un potentiel de “chocs significatifs et prolongés sur le pétrole et les matières premières”, susceptibles de provoquer une inflation persistante et des taux d’intérêt “plus élevés que ce que les marchés anticipent actuellement”.
Il compare explicitement le risque actuel aux récessions profondes de 1974 et 1982, dont la combinaison d’une flambée rapide des prix du pétrole et de l’inflation fut l’un des principaux déclencheurs. “Le putois à la fête, et cela pourrait arriver en 2026, serait que l’inflation monte lentement, au lieu de baisser lentement”, résume-t-il.
Sur l’économie américaine, Dimon reste nuancé : les consommateurs continuent de dépenser et de gagner, mais l’environnement est “déstabilisant” avec “un certain affaiblissement récent”. Il cite parmi les vents favorables le One Big Beautiful Bill Act de Trump, la déréglementation, les rachats obligataires de la Fed et les investissements dans l’infrastructure IA.
L’IA : des emplois créés, d’autres supprimés
Sur l’intelligence artificielle, Dimon se montre pragmatique : l’IA créera de nouveaux emplois mais “en éliminera définitivement certains”. JPMorgan prépare des plans concrets pour redéployer ses employés affectés.
Enfin, le patron de JPMorgan revient sur l’Europe, réitérant ses critiques de l’an dernier. Il estime que le continent “n’a jamais achevé l’union économique” et pointe un décrochage du PIB européen par rapport aux États-Unis, passé de 90 % du PIB américain en 2000 à environ 70 % aujourd’hui.
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