Ce qu’il faut retenir :
- L’économie américaine a créé 172 000 emplois en mai, plus du double des attentes.
- Les marchés parient désormais sur une hausse des taux de la Fed d’ici décembre.
- Ce chiffre solide complique tout assouplissement, à l’heure où l’inflation accélère.
L’économie américaine a déjoué tous les pronostics. Elle a créé 172 000 emplois en mai, bien plus que prévu, poussant les opérateurs à parier davantage sur une hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale (Fed) cette année. Un chiffre qui contrarie les marchés espérant un assouplissement.
Un rapport « exceptionnel » qui rebat les cartes des taux
La surprise est de taille. Le chiffre publié vendredi par le Bureau of Labor Statistics dépasse plus du double les 85 000 créations anticipées par les économistes. Les données de mars et avril ont en outre été révisées à la hausse de 93 000 postes au total. Conséquence immédiate : les rendements obligataires et le dollar ont bondi, les opérateurs misant désormais sur une hausse d’un quart de point d’ici décembre, alors qu’un tel mouvement n’était pas pleinement intégré avant avril prochain. Le rendement du Trésor à deux ans, sensible aux anticipations de taux, a grimpé à 4,13 %. « C’est un rapport sur l'emploi exceptionnel », a réagi Olu Sonola, chez Fitch Ratings.
Inflation et pétrole : la Fed coincée
Le taux de chômage est resté stable à 4,3 %. Les créations ont été tirées par l’hôtellerie-restauration (+70 000), un secteur dopé en partie par la Coupe du monde à venir, coorganisée par les États-Unis, mais les analystes notent un élargissement des gains à l’ensemble de l’économie. Surtout, comme nous l’évoquions, l’inflation accélère et la guerre déclenchée au Moyen-Orient fait planer un choc pétrolier. Pour Sonola, le risque dominant est désormais la hausse des prix, ce qui rend « bien plus difficile de plaider pour des taux plus bas ».
Premier test pour Kevin Warsh
Ce contexte place la prochaine réunion de la Fed, plus tard ce mois-ci, sous haute tension. Ce sera la première présidée par Kevin Warsh, dont le prédécesseur Jay Powell avait subi les pressions répétées de Donald Trump en faveur de baisses de taux. Pour Seema Shah, stratège chez Principal Asset Management, si Warsh poussait pour un assouplissement dès ses débuts, « il irait à l’encontre des faits ». Son scénario central reste une Fed à l’arrêt en 2026, mais des hausses redeviendraient crédibles si l'emploi conserve ce rythme.
Et maintenant ?
Pour les marchés à risque, le verdict est rude. Un chiffre aussi solide éloigne la perspective de baisses de taux et prive la crypto comme les actions du coup de pouce qu’elles attendaient. Deux variables domineront la suite : le ton qu’adoptera Kevin Warsh lors de sa première réunion, et l’évolution du conflit au Moyen-Orient, dont un prolongement pourrait à la fois peser sur l'emploi et raviver l’inflation, plaçant la Fed face à une équation de plus en plus délicate.
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