Ce qu’il faut retenir :
- Des contrats pétroliers d’une valeur de 580 millions de dollars ont été échangés entre 6h49 et 6h50 (heure de New York), 15 minutes avant l’annonce de Trump sur Truth Social.
- Le post du président, évoquant des “conversations productives” avec Téhéran, a provoqué une chute de 11 % du Brent et un bond de 2,5 % du S&P 500.
- Cet épisode s’ajoute à une série de paris suspects sur Polymarket liés au conflit Iran-États-Unis, qui suscitent des accusations de délit d’initié.
Environ 6 200 contrats à terme sur le Brent et le WTI (West Texas Intermediate) ont changé de mains en une seule minute, entre 6h49 et 6h50 le lundi 23 mars à New York, pour une valeur notionnelle de 580 millions de dollars.
Quinze minutes plus tard, à 7h04, Donald Trump publiait sur Truth Social un message annonçant des “conversations très bonnes et productives” avec l’Iran, ordonnant une pause de cinq jours des frappes américaines sur les infrastructures énergétiques iraniennes. Le Brent a immédiatement chuté de 11 %, passant de 112 $ à environ 99 $ le baril, tandis que les futures sur le S&P 500 bondissaient de plus de 2,5 %.
Un volume anormal sur un créneau horaire calme
Les données compilées par Bloomberg et analysées par le Financial Times révèlent que le volume moyen sur le même créneau horaire lors des cinq séances précédentes était d’environ 700 contrats, soit 700 000 barils. Lundi matin, ce sont 6 millions de barils qui ont été échangés en deux minutes, un volume huit à neuf fois supérieur à la normale. Les transactions sur les futures S&P 500 ont suivi un schéma similaire, avec un pic de 1,5 milliard de dollars d’achats sur le même intervalle selon Bloomberg.
“Mon instinct après 25 ans de marchés me dit que c’est vraiment anormal”, a confié un gérant de portefeuille cité par le FT.
C’est lundi matin, aucune donnée importante, aucun discours de la Fed à anticiper. Quelqu’un vient de s’enrichir considérablement.
On ignore encore si ces transactions émanent d’une seule entité ou de plusieurs acteurs coordonnés.
La Maison-Blanche dément, l’Iran aussi
Le porte-parole de la Maison-Blanche, Kush Desai, a rejeté toute accusation de délit d’initié, affirmant que l’administration ne tolère aucune forme de profit illégal fondé sur des informations privilégiées. Quelques heures plus tard, le président du Parlement iranien, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a de son côté nié toute négociation avec Washington, provoquant un repli des actions et un rebond des cours du pétrole. Il a dénoncé l’utilisation de “fake news pour manipuler les marchés financiers et pétroliers”.
Ce démenti iranien a effacé une grande partie des gains boursiers de la matinée, le Brent repassant mardi au-dessus de 103 $ le baril et le WTI remontant à environ 92 $.
Un schéma récurrent qui exaspère les investisseurs
Cet épisode n’est pas isolé. Plusieurs hedge funds ont relevé une série de transactions anormalement bien chronométrées avant des annonces officielles américaines ces derniers mois. Le Financial Times note que des consultants en énergie avaient déjà identifié des “block trades” inhabituels lors d’épisodes précédents, créant un “niveau de frustration” croissant parmi les investisseurs professionnels.
Le parallèle avec les marchés prédictifs est saisissant. Sur Polymarket, la plateforme crypto de paris décentralisée, un trader identifié sous le pseudonyme “Magamyman” a accumulé plus de 553 000 $ de gains grâce à des paris remarquablement précis sur le conflit iranien, y compris sur la mort du Guide suprême Ali Khamenei lors des frappes du 28 février. Une analyse de la société blockchain Bubblemaps a identifié six comptes suspects ayant engrangé 1,2 million de dollars en pariant correctement sur la date des frappes américaines contre l’Iran, avec un taux de réussite de 93 % sur les mises supérieures à 10 000 $.
CNN rapporte qu’un trader a réalisé près de 967 000 $ sur des dizaines de paris iraniens depuis 2024, avec un taux de succès global de 83 %. Ces chiffres ont poussé les sénateurs Chris Murphy et Jeff Merkley à déposer le “End Prediction Market Corruption Act”, un projet de loi interdisant au président, au vice-président et aux membres du Congrès de parier sur ces plateformes.
Ce qu’il faut surveiller
Le conflit Iran-États-Unis maintient le pétrole dans une fourchette de 95 à 105 $ le baril pour le Brent, alimentant des craintes de stagflation mondiale selon Morgan Stanley. La CFTC (Commodity Futures Trading Commission), régulateur américain des marchés dérivés, n’a pas encore annoncé d’enquête sur les transactions de lundi.
Polymarket a publié de nouvelles règles anti-délit d’initié, mais sa plateforme internationale reste hors de portée des régulateurs américains. Les marchés surveilleront de près tout signal concret de cessez-le-feu : sur Polymarket, les traders assignent une probabilité de 62 % à un accord avant le 30 juin et 72 % avant la fin de l’année.
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