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Un ETF pour Bitcoin : une bonne nouvelle ?

La Security and Exchange Commission (SEC, l’AMF nord américain) a validé ce vendredi 15 octobre 2021 l’entrée en bourse du premier ETF dédié entièrement au trading du roi des cryptomonnaies, le Bitcoin, intitulé “BITO”.

Alors que ce dernier touche du bout du doigt son dernier All Time High (ATH, valorisation la plus haute jamais atteinte), il serait intéressant de comprendre ce qu’est un ETF, quels effets pourraient avoir l’entrée de ces ETF dans les places boursières sur la valorisation d’un bitcoin et en déduire le narratif voulu à moyen terme.

L’ETF, instrument issu de la finance traditionnelle

Les “exchange traded funds” (ETF) ou fonds négociés en bourse, sont des fonds de valeurs mobilières (actions, obligations, commodités, etc.) gérés activement ou non qui s’échangent comme des actions sur des places de marchés boursiers (NYSE, NASDAQ, etc). 

L’idée derrière le fonds d’investissement est de pouvoir investir sur plusieurs valeurs mobilières en même temps pour diluer les risques microéconomiques.

Par exemple, acheter 10 actions Danone (CAC40) soumet votre portefeuille à un risque macroéconomique : comment l’industrie de la grande distribution se porte, ainsi qu’à un risque microéconomique : comment Danone se porte.

Pour limiter l’impact des risques microéconomiques, il est conseillé de diluer ce risque : ne pas investir dans une seule entreprise du CAC40, mais prendre une action des dix plus grandes entreprises françaises. Vous avez ainsi limité votre risque : si le PDG de Danone est soudainement remercié, ce qui peut avoir des conséquences à la baisse sur le cours de l’action Danone, votre capital restera relativement sauf puisque cet évènement n’impactera pas les neuf autres valeurs qui composent le portfolio.

Cela nécessite cependant une gestion active de ses fonds et toute personne n’a pas le temps de s’y consacrer. C’est pour cela que sont apparus les fonds d’investissement : des investisseurs prennent part à un fonds, lequel sera géré par des traders ou analystes financiers, dans l’objectif de réaliser un bénéfice. 

Les fonds d’investissement sont néanmoins très couteux, la barrière à l’entrée est donc importante pour pouvoir payer ces analystes. C’est pour cela qu’ont été créés les fonds négociés en bourse, les ETF. Ces derniers ne sont pas dotés d’une gérance active, mais ont pour seul et unique but de suivre un indice : CAC40, S&P500, prix de l’énergie, etc. 

Il faut imaginer cela comme un grand panier au sein duquel ont été regroupées un grand nombre de valeurs, par exemple celles du CAC40. Le panier a pour objectif de suivre l’indice CAC40 sans gestion active, réduisant les frais de fonctionnement. Ces parts de fonds sont échangeables sur les places de marchés.

Qui dit ETF dit gestion active de ses actifs

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Cet avantage compétitif par rapport aux fonds d’investissement traditionnels vient avec des risques supplémentaires. Ces fonds sont dits “indiciels” ce qui veut dire qu’ils ont pour objectif de reproduire la performance d’un indice particulier sans gestion de la vente ou de l’achat des actifs. Ainsi, l’objectif n’est pas la conservation d’un patrimoine et si l’indice baisse, l’investissement se dépréciera. C’est donc à l’investisseur de veiller et prendre la décision de vente ou d’achat en fonction de l’état du marché. 

Par ailleurs, les ETF ne sont pas forcément des paniers de valeurs à proprement parler. L’idée est de fournir à des investisseurs le même taux de rendement qu’un indice particulier. En revanche, il n’est pas obligatoire de respecter à la lettre la composition de l’indice suivi. Il existe 3 formes d’ETF :

  • ETF à réplication physique : le panier est composé à 100% d’actions reproduisant l’indice. Exemple : prendre 10 actions de chacune des entreprises du CAC40.
  • ETF à réplication synthétique : le panier est composé d’actifs pouvant différer de ceux qui composent normalement l’indice reproduit. Exemple : utilisation de contrats futures pour reproduire l’indice (prendre 1 contrat reproduisant 10 actions de chaque entreprise du CAC40, le reste du capital est conservé en monnaie fiat).
  • ETF d’échantillonnage : le panier n’est composé que de certaines valeurs mobilières sous-jacentes à l’indice, choisies par le gérant, sans pour autant toutes les inclure. Exemple : choix d’une vingtaine d’entreprises du CAC40 pour reproduire l’indice CAC40.

Il est donc important de se renseigner sur la stratégie utilisée par l’ETF pour comprendre les risques associés à celle-ci.

Quelles conséquences pour le marché des cryptomonnaies ?

La SEC a validé la possibilité pour l’entreprise ProShares de proposer à ses clients d’investir dans un ETF cherchant à reproduire la performance du bitcoin. Un autre fonds, Valkyrie Shares, pourrait très bien, lui aussi, proposer un produit similaire avant la fin de la semaine du 18 octobre 2021 pour une entrée au NASDAQ, deuxième marché boursier des États-Unis. Grayscale, le célèbre fonds dédié aux cryptomonnaies, a fait part de sa volonté de proposer, lui aussi, un ETF. 

Pourquoi un tel engouement ? Les ETF sont négociés sur les plus grandes places de marché traditionnelles. Ces fonds indiciels pourraient démocratiser l’investissement en actifs numériques à des acteurs de la finance traditionnelle qui pouvaient en être rebutés. Cela pourrait également en faciliter l’accès pour des investisseurs particuliers sans grande connaissance du marché.

Il faut bien voir que la SEC n’a pas encore accepté la mise en circulation d’ETF à réplication physique. En effet, l’ETF proposé par ProShares est un ETF à réplication synthétique par le biais de contrats futures, c’est-à-dire les contrats de positions à effets de levier. 25% des fonds alloués seront utilisés pour se fournir en contrats futures, les 75% restant sont conservés pour éviter les risques de liquidations.

Ainsi, aucun bitcoin ne sera réellement conservé par ce fonds. Il est possible que la SEC ne soit pas encore disposée à autoriser une exposition directe aux cryptomonnaies ou aux utility token. Nous pourrions regretter ce choix, néanmoins l’acceptation du “risque” lié au marché des cryptomonnaies est un pas en avant vers la démocratisation de ces actifs. Une poussée acheteuse sur les produits dérivés pourrait engendrer la même poussée sur les marchés spots, et ainsi développer un peu plus la possibilité de conserver soi-même des cryptomonnaies.

Cela pourrait cependant apporter plus de volatilité sur les marchés des cryptomonnaies. En effet, les actifs numériques représentent pour l’instant une niche d’actifs, mais également une idéologie. L’ETF ne permet à ses clients que d’investir dans la valeur et la plus-value potentielle. La distance entre l’investisseur et son actif n’engagera ce dernier à tester la finance décentralisée et à comprendre le marché des cryptomonnaies. En outre, cet ETF synthétique va totalement à l’encontre de l’idéologie des cryptos, à savoir se débarrasser des tiers de confiance.

Or, il est plus simple de se séparer d’un actif dont on ne comprend pas l’utilité.

Il faudra donc suivre l’évolution du prix du bitcoin pour déterminer l’impact que l’introduction de tels produits pourrait avoir sur le marché des cryptomonnaies.

À noter que le lancement de l’ETF $BITO fait déjà partie des 15 lancements en bourse les plus performants devant l’indice de l’or GLD.

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