Do Kwon : portrait du fondateur sulfureux de Terra Luna

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Adoré et détesté, Do Kwon est sans aucun doute une personnalité très particulière, tant par son côté troll que ses idées profondément clivantes. Découvrez le portrait du fondateur de Terraform Labs, la société derrière Terra, un écosystème ayant frôlé les $100 milliards de capitalisation afin de retourner à zéro dans l’un des crash les plus impressionnants de l’histoire de la finance.

Qui est vraiment Do Kwon ?

Do Kwon, de son nom complet Kwon Do-hyung ou 권도형 pour ceux ayant des bases de coréen, est né à Séoul le 6 septembre 1991 et est un développeur crypto sud-coréen, fondateur et PDG de Terraform Labs. Aujourd’hui basée à Singapour, Terraform Labs est la société à l’origine de la blockchain Terra, qui comprend le stablecoin TerraUSD (UST) ainsi que le jeton natif Terra (LUNA).

TerraUSD et Luna se sont tous deux effondrés en mai 2022, emportant des dizaines de milliards de dollars de capitalisation boursière en l’espace d’une semaine dans un raz de marée que beaucoup pensent (au moins en partie) responsable de l’effondrement du marché crypto.

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Revenons sur la jeunesse de Do Kwon et son arrivée à la tête de Terra Luna.

La scolarité et les premières expériences professionnelles de Do Kwon

Do Kwon a réalisé sa scolarité en Corée du Sud, de février 2007 à mars 2010, à la Daewon Foreign Language High School à Séoul. Il part ensuite poursuivre ses études en Californie, à l’université de Stanford où il étudie les sciences informatiques de septembre 2010 jusqu’à l’obtention de son diplôme en juin 2015.

Il effectue durant ses études un stage chez Apple en septembre 2012 et travaille brièvement chez Microsoft à la fin de son cursus. Malgré ces deux grosses opportunités, il ne reste pas très longtemps chez les géants de la technologie.

Après ces expériences, il retourne en Corée du Sud afin de lancer son premier projet. En janvier 2016, il crée la société Anyfi qui est une plateforme de communication peer-to-peer basée sur la technologie de la blockchain. Son premier projet fonctionne rapidement puisqu’il reçoit plusieurs investissements importants. Il dirigera la société jusqu’en octobre 2017.

Do Kwon : “Terra Luna était essentiellement toute ma vie”

Vous le savez, Anyfi n’est pas le projet ayant rendu Do Kwon célèbre. L’histoire qui va le révéler dans le monde de la crypto est bien évidemment Terra. En janvier 2018 Do Kwon crée Terraform Labs dans l’objectif d’apporter à la blockchain la monnaie décentralisée suprême : le TerraUSD ou UST. Mais avant cela, le Coréen s’est essayé à une expérience… particulière.

Le projet BASIS CASH : un avant-goût du raté de l’UST ?

Avant de créer le TerraUSD, plusieurs sources, dont d’anciens employés de Terraform Labs affirment que Do Kwon s’était déjà penché sur la création de stablecoin algorythmique avec un projet nommé Basis Cash.

Fondé en 2020 par deux anonymes, sous les pseudonymes “Rick” et “Morty” en référence à la série d’animation du même nom, nous apprendrons donc bien plus tard que Do Kwon se trouverait en réalité derrière le pseudonyme “Rick”.

N’ayant jamais atteint son objectif de parité avec le dollar américain, le projet s’est rapidement écroulé au début de l’année 2021 jusqu’à disparaitre dans les limbes de la blockchain. D’après de nombreuses sources, Basis Cash était également dans le viseur de la Commission des valeurs mobilières des États-Unis (SEC) et ce, dès ses débuts, ce qui n’arrangeait en rien les affaires de Do Kwon, alias Rick.

Basis Cash, qui aurait été créé par Nader Al-Naji, avait levé une importante somme d’argent auprès d’investisseurs en capital-risque. Al-Naji finit par fermer Basis en raison des préoccupations de la SEC avant de rembourser l’argent de ses investisseurs.

Toujours dans l’idée d’apporter au web3 la monnaie décentralisée qui le libérera de toute censure, Do Kwon fonde Terra en janvier 2018.
Au cœur de l’écosystème Terra se trouve le TerraUSD (UST), un stablecoin algorithmique avec pour objectif de maintenir une parité avec le dollar américain sans être adossé à ce dernier. Au lieu de cela, l’UST a été conçu pour maintenir son peg grâce à un modèle complexe appelé “équilibre de burn et de mint“. Cette méthode utilise un système à deux jetons, dans lequel un token est censé rester stable (UST) tandis que l’autre jeton (LUNA) est supposé absorber la volatilité.

Pour l’anecdote, le mot « Terra » s’inspire du personnage de Terran dans le jeu StarCraft que Do Kwon adore.

L’euphorie et la mégalomanie Luna : To the moon !

Rapidement, le stablecoin TerraUSD ou UST attire des dizaines de millions d’utilisateurs. Terraform Labs lève des millions de dollars auprès de géants de la crypto comme Binance ou XRP. Le projet de monnaie décentralisée de Do Kwon est bel et bien lancé.

En parallèle, Terraform Labs continue de développer de nouveaux protocoles sur sa blockchain comme Mirror ou Anchor. Ce dernier est en grande partie responsable de la réussite de Terra (Luna) et surtout du stablecoin UST.

Les investisseurs qui déposaient des UST dans le protocole Anchor recevaient un rendement de près de 20%, prélevé directement sur les réserves de Terra. L’objectif était de fonctionner “à perte” en attirant le plus d’utilisateurs possible. Une fois l’adoption de masse réussie, les différentes utilisations de l’écosystème permettraient de financer un rendement probablement plus faible et plus plausible. 

Au fil des années, Terra devient l’un des projets les plus importants du monde de la crypto et en avril 2022, le Luna atteint son ATH à 119 dollars et trône dans le top 10 des cryptos en capitalisation boursière avec un écosystème de près de 100 milliards de dollars. À son apogée, l’écosystème Terra comptait plus de 100 projets, des protocoles, des plateformes DeFi et même des NFTs.

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D’après Do Kwon, Anchor Protocol n’avait rien d’un Ponzi et effectivement de nombreux systèmes fonctionnent d’abord à perte dans le but d’attirer une base d’utilisateurs saine. Malgré tout, les critiques pleuvaient sur Anchor et tout l’écosystème Terra, ce qui permettait de voir des réponses plutôt atypique de la part du fondateur d’un projet à plusieurs milliards de dollars de capitalisation boursière.

En réponse à l’économiste britannique Frances Coppola et à d’autres personnes ayant critiqué son modèle de “stablecoin algorithmique”, Do Kwon se moquait publiquement et sans réelles limites, en les qualifiant de “pauvres” et de “cafards”.

Le fondateur de Terra Luna avait également déclaré qu’il prenait “plaisir à regarder les entreprises (d’autres crypto monnaies) mourir” lors d’une interview en direct avec Alexandra Botez. Lorsque des investisseurs inquiets lui demandaient sur Twitter d’où provenait le capital pour les réserves de rendement du protocole Anchor, Do Kwon répondait : “Ta mère, évidemment” à la manière d’un troll d’Internet classique.

Une séparation était clairement visible entre les critiques (constructives ou non) du fonctionnement de Terra Luna et les Lunatics derrière leur chef / dieu vivant / gourou Do Kwon.

Ce dernier se sentait clairement invincible. Il déclare d’ailleurs lors d’une interview post crash à Coinage :

“mettez-vous à la place du fondateur d’un écosystème de près de 100 milliards de dollars (…) en enchaînant les réussites, à cette échelle, vous ne pensez presque pas que l’échec est possible.”

Et en effet le fondateur de Terra était certain de la réussite de son écosystème, allant même jusqu’à espérer l’échec d’autres projets réputés comme MakerDAO et son stablecoin décentralisé, le DAI

Do Kwon s’exprimait parfois de façon très froide sur son compte Twitter : “$DAI mourra de ma main.”

Le fondateur de Terra ira jusqu’à placer un pari de 10 millions de dollars face à Gigantic Rebirth, une whale de Twitter de longue date et trader de crypto réputé, très souvent placé dans le top du classement de trading FTX. Ce pari survient après un précédent pari d’un million de dollars face à “Algod”, un autre trader crypto réputé. 

Do Kwon se moquait d’Algod qui se préparait à prendre un short de taille (un pari à la baisse) si Luna atteignait un nouvel ATH. Le Coréen lui répondait que ses trades ne pouvaient être considérés comme étant “de taille”. S’en suit quelques échanges dans lesquels Do Kwon suggère qu’Algod est “pauvre”, avant que les 2 parties ne se mettent d’accord sur un pari à 1 million au sujet du jeton Luna : si le prix de ce dernier dans un an est supérieur à son prix actuel, alors Do Kwon remporte le pari et inversement en cas de baisse.

Le fameux Gigantic Rebirth se présentait peu après pour ajouter 10 millions de dollars à ce petit jeu de whales.

En mars 2022, toutes les parties impliquées ont accepté de transférer l’équivalent de 22 millions de dollars en stablecoins sur un portefeuille d’escrow géré par Jordan Fish, connu sur Twitter sous le nom de Cobie et considéré comme étant de confiance de part sa fortune personnelle et sa présence sur les réseaux sociaux. 

Le trader GCR affichant une position short de plus de 10 millions de dollars sur Luna en plus de son pari de $10 millions après que Do Kwon ai refusé d’augmenté la taille du pari.

Tout semble aller au mieux pour Do Kwon et les autoproclamés “Lunatics”, plus confiants que jamais et pourtant, c’est déjà le début de la fin pour Terra.

Le crash de Terra : “j’ai tout perdu”

Le projet de Do Kwon a littéralement implosé en mai 2022, très peu de temps après l’ATH du jeton Luna. Le 9 mai, soit moins de 2 mois après le pari d’11 millions de dollars au total de Do Kwon, le stablecoin TerraUSD perd son taux de parité au dollar américain et s’effondre en chute libre dans un élan de panique des investisseurs. Dans le même temps, la valeur du Luna qui se situait autour des $50 dégringole à virtuellement 0 en l’espace d’une semaine.

La fameuse “Death Spiral” (spirale infernale de burn et de mint infini) que les critiques anticipaient est là, et plus personne ne peut l’arrêter.

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Dans un dernier élan d’égo ou sorte de baroud d’honneur, Do Kwon tweet le fameux “déploiement de plus de capital, calme les gars”, pourtant, les milliards en réserve n’auront pas suffit et toute la valeur de l’écosystème Terra retourne à l’état de poussière.

En plus de cette situation catastrophique, la justice vient rapidement demander des comptes à Do Kwon. En juin 2022, seulement un mois après le crash, Do Kwon et Terraform Labs doivent répondre à une assignation à comparaître de la SEC (l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers) émise en septembre 2021.

La SEC veut savoir si la société et son PDG sont impliqués dans la vente de titres non enregistrés sur le protocole Mirror. De plus, le protocole Anchor est soupçonné d’être une pyramide de Ponzi à cause de ses taux d’intérêt élevés allant jusqu’à 20% sur le stablecoin TerraUSD (UST).

Comme si ce n’était pas suffisant, un tribunal californien a reçu un recours collectif visant Do Kwon. Les autorités judiciaires sud-coréennes décident également d’enquêter sur les raisons qui ont pu amener à l’effondrement de l’écosystème Terra Luna.

De nombreuses accusations pèsent encore sur Do Kwon. Certains l’accusent d’avoir anticipé l’effondrement de Terra, expliquant son déménagement précédant le crash ou bien des retraits de près de 3 milliards d’UST en USDC et USDT lissés sur des mois avant le dépeg et la spirale infernale :

Plusieurs mois après tous ces événements, Do Kwon a décidé de sortir du silence pour se défendre et contester les allégations de fraude à son encontre :

“Je ne suis pas un escroc, j’ai juste échoué. J’ai perdu mes paris, mais mes actions correspondent à 100% à mes paroles. Il y a une différence entre échouer et commettre une fraude. J’ai tout perdu.”

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Do Kwon ne s’est d’ailleurs jamais réellement caché, puisqu’il continue de tweeter (souvent en gardant son côté troll) et de répondre aux accusations d’internautes, le tout en conservant son identifiant @StableKwon…

Do Kwon : une personnalité à part

Celui qui avait atteint les sommets de cet univers si particulier a connu l’une des chutes les plus impressionnantes de l’histoire de la finance en générale, mais ne semble pas vouloir abandonner pour autant. Les Lunatics et tous les investisseurs de Terra ont d’ailleurs eu droit à un fork de la blockchain Terra ainsi qu’un airdrop afin de repartir sur de bonnes bases.

Et bien que le hard fork de Terra, abandonnant la première version renommée Terra Classic (LUNC) n’a pas permis de retrouver la ferveur d’antan de l’écosystème, Do Kwon garde son cap. Le Corréen reste aujourd’hui persuadé que “les réseaux décentralisés ont besoin d’une monnaie décentralisée – de façon plus évidente aujourd’hui que jamais.”

D’après le fondateur de Terraform Labs, une “taupe”, à l’intérieur même de la société avait remarqué la potentielle faille de l’écosystème et en aurait profité pour émettre un gigantesque pari à la baisse à un timing bien calculé afin de générer des profits massifs au détriment de tous les investisseurs. 

Tant que les enquêtes sont en cours, il restera difficile de se prononcer sur l’implication et surtout l’anticipation de Do Kwon au sujet du crash de Terra. L’ancien milliardaire qui est allé jusqu’à nommer sa fille Luna continue d’affirmer que ce projet représente toute sa vie et qu’il est “down infinite”.

Plus récemment, un mandat d’arrêt à l’encontre de Do Kwon à été émis par un tribunal de Séoul, ce qui n’a pas empêché le principal concerné de tweeter… une lune.

“Un mandat d’arrêt émis à l’encontre de Do Kwon”

Le principal intéressé s’exprime sur son compte Twitter quelques jours plus tard en expliquant qu’il n’est pas “en fuite”. Il ajoute “pour toute agence gouvernementale qui a montré un intérêt à communiquer, nous sommes en pleine coopération et nous n’avons rien à cacher.”