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La Blockchain IRL – Episode 2 : Permettre la décentralisation du monde

La blockchain est une technologie compliquée. Elle est généralement difficile à prendre en main et son utilisation est délicate à envisager dans le monde réel. La série “La blockchain irl” vise à répondre à ces interrogations et à éduquer les personnes qui, dans les dix prochaines années, se serviront de cette technologie sans même le savoir.

Episode précédent : La Blockchain IRL – Episode 1 : Bitcoin, Commerce international et souveraineté, le pouvoir de la monnaie sur le monde.

La blockchain se heurte, par principe, à trois contraintes fondamentales :

  • La sécurité, à savoir la possibilité ou pas d’exploiter son code pour avoir des interactions malveillantes avec elle. L’aspect cryptographie de la blockchain est d’une importance de taille puisqu’elle permet son immuabilité.
  • La scalability (ce que l’on pourrait traduire par flexibilité en français), c’est-à-dire le nombre d’interactions que la blockchain peut endurer dans un minimum de temps sans être congestionnée. Par exemple l’arrivée de la DeFi (finance décentralisée) sur Ethereum a pu démontrer un problème de scalability en voyant les frais de transaction exploser devant l’affluence d’utilisateurs de la blockchain.
  • La décentralisation, ce qui pourrait être également vu comme une composante de l’aspect sécurité d’une blockchain : la décentralisation permet au réseau, d’une part, d’être difficilement censurable par une force tierce puisque son fonctionnement est partagé par de multiples acteurs à travers le monde. D’autre part, elle est primordiale afin d’empêcher qu’un contributeur (validateur, mineur selon la méthode de consensus utilisée) ait une trop grande influence sur le réseau, ce qui pourrait entacher l’immuabilité décrite plus haut. Par exemple la blockchain Bitcoin pourrait souffrir d’un défaut de décentralisation si plus de 50% de la puissance de calcul participant au réseau était concentrée dans les mains d’une même entité.

Une blockchain qui réunirait ces trois critères pourrait être considérée comme une blockchain parfaite. Il est actuellement difficile de pouvoir considérer qu’une telle blockchain existe et l’objectif est plutôt de trouver un équilibre sain entre ces éléments.

La décentralisation est un critère particulier : c’est à la fois un élément nécessaire à une blockchain publique pour garantir la pérennité du réseau, et à la fois le résultat de ce que permet la blockchain : c’est grâce à la décentralisation que l’on peut envisager de se défaire d’un tiers de confiance, et du risque de censure qui en découle. Mais c’est également une nécessité afin que le réseau puisse être de confiance puisque la concentration des pouvoirs de validation peut porter atteinte à la réalité du réseau.

La blockchain peut être imagée comme un grand registre de transactions. Si le tenant du registre pouvait en changer le contenu, celui-ci n’aurait pas beaucoup de valeur probante.

Les stigmates de 2008 sur notre système financier

Source image : Le JDD

La crise financière de 2008 a pu avoir de nombreuses conséquences sur l’économie mondiale, mais avant de comprendre le génie de la décentralisation que permet la blockchain Bitcoin voyons les défauts de la centralisation.

Cette même crise a mis à terre bon nombre d’États, et si le cas de la Grèce a fait couler beaucoup d’encre, le cas chypriote pourrait être plus parlant, plus simple, et de ce fait, plus pertinent. 

Les banques chypriotes avaient consenti un très grand nombre de prêts, notamment à la Grèce, dont les défauts de paiement, s’ils avaient lieu, pouvaient affecter très violemment leurs finances. Or la crise a eu lieu et des défauts de paiement massifs se sont accumulés. Là où certains pays décidèrent de recapitaliser les banques pour faire face à ces défauts (c’est-à-dire financer les pertes avec de l’argent publique en échange de quoi l’État devient actionnaire de la banque), Chypre se trouvait dans la situation délicate de ne pas avoir la puissance économique permettant d’emprunter pour effectuer cette recapitalisation. 

Une autre solution a donc été envisagée : taxer les comptes de dépôts au-delà de 100 000€. Une mesure très contestée par la population qui n’était constituée uniquement d’oligarques russes.

D’abord refusée par le parlement chypriote, une taxation de 47,5% sera finalement appliquée sur tous les comptes de la principale banque de Chypre au-delà de 100 000€. 

Pour résumer, Chypre a choisie de taxer les épargnants pour réparer les erreurs de gestion de son système bancaire. Rappelons que la France a préféré choisir la fuite en avant, à savoir l’augmentation de la dette publique.

Dans ces deux cas, les erreurs privées sont payées par la collectivité.

“Les profits sont privés, mais la dette est collective”

Bitcoin, la conquête de la liberté financière

Après la crise financière de 2008, un certain Satoshi Nakamoto propose un système permettant de se libérer de l’adage les profits sont privés, mais la dette est collective impliqué par les dérives d’un système bancaire mondialisé. L’idée est de permettre la transmission de valeurs directement en peer-to-peer, c’est-à-dire d’un utilisateur à un autre sans dépendre d’un tiers de confiance.

Seulement cette idée ne peut être réalisable qu’en se détachant d’une entité régissant le fonctionnement du réseau. Nakamoto créée ainsi la blockchain Bitcoin. Il faut bien distinguer Bitcoin la blockchain et bitcoin la crypto monnaie utilisée pour la rémunération des participants au réseau. Cette blockchain est la parfaite image de ce que la décentralisation doit être : le fonctionnement du réseau doit être simple à mettre en place sans avoir à investir un capital important. C’est là toute l’ingéniosité du consensus de validation de la preuve de travail (proof-of-work) plutôt que celle de la preuve d’enjeu (proof-of-stake).

Pour rappel :

  • La preuve de travail (PoW) est un consensus de validation mettant chaque mineur en compétition dans la recherche de la solution d’un problème mathématique. Le premier à le résoudre obtient une crypto (par exemple des bitcoins) prévue en récompense. Ainsi plus la compétition devient ardue moins les chances d’obtenir une récompense sont élevées avec l’utilisation d’une machine peu puissante. Cependant, il sera toujours possible de participer au réseau si cette compétition s’amenuise, de sorte qu’il sera toujours difficile de censurer un tel système.
  • La preuve d’enjeu (PoS) est également un consensus de validation. Ce dernier ne se base pas sur la compétition des validateurs par le travail, mais plutôt par le capital mis en jeu. Ce capital est mis sous séquestre pour que le validateur puisse participer au réseau et est menacé de destruction en cas de comportement malveillant. L’avantage de ce système se trouve dans l’importante économie d’énergie réalisée par rapport à la preuve de travail puisque le choix du validateur va être fait en fonction de différents critères : importance des montants mis sous séquestre, durée de séquestration, etc.

Si la preuve d’enjeu présente de nombreux avantages, l’un des reproches que l’on pourrait lui faire est sans aucun doute le défaut de décentralisation qu’il peut induire : dans ce système les gros capitaux sont avantagés et le sont de plus en plus à travers le temps.

Par ailleurs, si des autorités éprouvaient l’envie de censurer le réseau Bitcoin, la perte de puissance de calcul du réseau profiterait directement aux plus petits mineurs. A contrario si les validateurs d’un système basé sur la preuve d’enjeu se voyaient contraints de détruire leurs jetons, cela amenuiserait la quantité disponible, profiterait aux propriétaires de jetons existants et agrandirait la barrière à l’entrée pour devenir soi-même validateur du réseau.

Pour résumer, la blockchain Bitcoin basée sur une méthode de consensus en preuve de travail permet à n’importe qui de participer au réseau, là où la preuve d’enjeu nécessite un investissement important a priori. Il est donc très difficile voire impossible de censurer ce système.

Aucune pression ne peut être mise sur le réseau, il fonctionnera quoi qu’il arrive. C’est là la vraie force du proof-of-work, et c’est pour cela que les partisans de ce système maintiennent que l’énergie utilisée n’est pas vaine. 

La blockchain permet également de décentraliser la prise de décision dans une organisation. Le caractère décentralisé de l’organisation se retrouve ainsi moins dans son fonctionnement technique qui sera assuré par l’équipe de développeurs à l’origine du projet, que dans son fonctionnement social.

Les Decentralized Autonomous Organizations (DAOs)

La technologie Blockchain permet de s’impliquer très facilement dans la vie d’un projet basé sur une blockchain utilisant les contrats intelligents (smart contracts). Pour faire simple, une organisation autonome décentralisée est une plateforme dont la gestion financière et administrative est entièrement régie par des contrats intelligents. Cela permet de mutualiser complètement la vie sociale de la plateforme en mettant à contribution les personnes détentrices de la crypto utilisée dans le projet.

Source youtube : Stanford BioE 60 : Beyond Bitcoin – Decentralized autonomous organizations (DAOs)

L’idée d’une DAO n’est pas nouvelle, la première intitulée “The DAO” codée sur la blockchain Ethereum a été lancée en 2016.

The DAO devait être une plateforme permettant de participer à un fonds d’investissement mutualisé et dont le fonctionnement était décentralisé : les projets choisis et les sommes investies devaient être votées par les membres possesseurs du token de la plateforme. Malheureusement, il a suffi de quelques semaines pour qu’une faille soit découverte dans le code des contrats intelligents interagissant avec la blockchain Ethereum. Il est donc important de rappeler qu’il faut toujours se renseigner sur les projets dans lesquels on souhaite investir et de vérifier que ce dernier est bien audité.

Après cette mésaventure qui a bien failli tuer Ethereum, entaché par cet échec alors qu’il ne concernait pas directement la blockchain, plusieurs projets ont vu le jour, permettant d’avoir une idée de ce que pourront apporter ces nouvelles technologies.

Les plateformes de finance décentralisée (DeFi) ont connu une croissance exponentielle en été 2020 et leur importance ne cesse de croitre dans le temps : Uniswap, AAVE, PancakeSwap, SushiSwap et bien d’autres ont adopté la gouvernance décentralisée permettant à leur communauté d’utilisateurs de proposer et de choisir les opportunités d’évolution de ces protocoles.

D’autres cas sont envisagés. Par exemple Nexus Mutual est une plateforme d’assurance contre les risques bien connus de la finance décentralisée ou du monde de la crypto monnaie : hack ou autres exploits.

Source : Nexus Mutual Whitepaper

Dans le cas de cette plateforme, de nombreux garde-fous sont mis en œuvre pour éviter les comportements malhonnêtes. Par exemple si une personne fait une demande de remboursement après avoir subi un dommage, celle-ci doit impérativement staker (mettre sous séquestre) une importante somme de jetons de la plateforme. Dans le même temps d’autres membres de la plateforme sont incités à faire des recherches pour sourcer les causes du sinistre. Si la preuve est rapportée que la réclamation est malhonnête, que l’assuré souhaite profiter injustement de l’organisation, ses actifs mis sous séquestre risque d’être supprimés.

Ainsi, il faut noter que la technologie blockchain permet d’identifier deux manières d’aborder la notion de décentralisation : ce que l’on pourrait appeler la décentralisation fonctionnelle et la décentralisation de gouvernance.

DeFi, CeFi, CeDeFi,…

Ces mots souvent employés dans le vocabulaire des initiés à la blockchain peuvent parfois prêter à confusion. Ne vous étonnez pas d’être quelque peu égarés, beaucoup d’entre nous le sont encore aujourd’hui. La confusion vient du fait que les deux notions de décentralisation vues plus haut sont souvent confondues sans être véritablement expliquées.

La DeFi représente ce domaine extrêmement dilué que l’on appelle Finance décentralisée. Néanmoins, plusieurs détracteurs de ce domaine lui reprochent cette appellation de décentralisée lorsqu’il est, souvent, tributaire d’une organisation qui, elle, est centralisée.

Par exemple la Binance Smart Chain (blockchain de type infrastructure à l’instar d’Ethereum) dénombre très peu de validateurs (21) dont la plupart font partie de Binance. Le risque inhérent à cette forme de décentralisation imparfaite fait peser sur son écosystème la réputation d’être Cefi ou CeDeFi, à savoir finance centralisée ou finance décentralisée qui est en fait centralisée..

Une entreprise avec un siège social, des employés et des factures d’électricité se trouvent derrière chacun des projets de finance décentralisée. Il y a donc un risque de censure inhérent à cette condition et, comme vus précédemment, le créateur et les adorateurs du Bitcoin affectionnent le caractère inviolable, inattaquable et incensurable de l’or numérique. C’est en cela que Bitcoin est unique.

Néanmoins, des possibilités technologiques sont envisagées pour que l’entièreté de notre espace numérique rejoigne la condition de Bitcoin.

Le protocole AAVE de lending/borrowing est par exemple backé par une version de son site en IPFS (InterPlanetary File System), un protocole de distribution de fichiers en peer-to-peer (fig C sur l’image plus bas), ce qui permettrait au site de survivre sans l’entreprise AAVE via participation d’un réseau de personnes se faisant le relais du site.

Conclusion

L’idée de décentralisation permise par la blockchain peut être envisagée de deux façons :

  • Une décentralisation fonctionnelle permettant sécurité et pérennité du réseau.
  • Une décentralisation de gouvernance induisant la participation au protocole de l’entièreté des détenteurs de la crypto monnaie de la plateforme.

Ces deux caractéristiques ne sont pas incompatibles, mais peuvent être choisies selon l’usage, la volonté ou l’idéologie d’un projet. Les mettre en concurrence est un non-sens et ne devrait pas être source de discordes, mais plutôt d’innovations tant celles-ci seront nombreuses dans les années à venir.

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