Ce qu’il faut retenir :
- Le président américain conditionne ce versement au maintien de la majorité républicaine dans les deux chambres.
- La mesure coûterait plus de 1 000 milliards de dollars et exigerait un vote du Congrès.
- Le marché obligataire n’a pas réagi à cette annonce.
Donald Trump a promis mercredi un dividende de 5 000 dollars à chaque citoyen américain adulte, à condition que les républicains conservent le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat. L’annonce a été faite à Dallas, lors de la première convention de mi-mandat jamais organisée par son parti.
“Je vous demande de faire comme si j’étais candidat une dernière fois”, a lancé le président, dont la cote de popularité s’est effondrée.
Ce qu’a annoncé le président
La promesse repose sur une condition politique et une analogie d’entreprise.
Le versement interviendrait si les républicains conservent les deux chambres, en raison de la force et du succès économiques du pays, à la manière dont une entreprise prospère procéderait à une distribution de trésorerie, selon les termes employés.
Une contrainte accompagne le dispositif : l’argent devrait être dépensé aux États-Unis. La mesure exigerait par ailleurs l’approbation du Congrès.
Ce que coûterait la mesure
L’ordre de grandeur mérite d’être posé, car il dépasse tout ce qui a été tenté ces dernières années.
En retenant environ 250 millions de citoyens adultes, le versement représenterait quelque 1 250 milliards de dollars, soit plus de 4 % du produit intérieur brut américain. Selon les hypothèses de population retenues, la facture s’établit entre 1 150 et 1 330 milliards.
La comparaison avec la période de la pandémie éclaire cette ampleur. Les trois vagues de chèques versées entre 2020 et 2021 totalisaient 3 200 dollars par personne. Ce dividende unique dépasserait donc à lui seul l’ensemble de ce dispositif exceptionnel.
Les objections attendues portent sur trois terrains : le risque de relance de l’inflation, la discipline budgétaire, et le reproche d’un achat de voix avec de l’argent public.
Le marché obligataire n’a pas bronché
La réaction des créanciers de l’État américain constitue l’information la plus parlante de cette séquence.
Le rendement des emprunts à dix ans avait atteint mercredi, avant l’annonce, un plus haut de près de trois ans, dans un contexte d’inquiétude sur le niveau des dépenses publiques. Les marchés obligataires sont restés pratiquement inchangés après la déclaration.
Cette absence de mouvement se lit d’une seule façon : les investisseurs n’accordent pas à cette promesse une probabilité suffisante pour la valoriser.
Le contexte rend cette indifférence d’autant plus notable. Les efforts de Scott Bessent pour enrayer la hausse des rendements par des rachats de dette n’ont pas rassuré les investisseurs, la dernière opération annoncée, plafonnée à 6 milliards de dollars, ayant même été jugée insuffisante.
Un précédent resté lettre morte
L’idée n’est pas neuve dans la bouche du président. Il avait déjà évoqué durant ce mandat un dividende financé par les recettes de ses droits de douane.
Ce projet n’a jamais été développé par son administration, ni sérieusement examiné au Congrès. Même en cas de victoire républicaine, de nombreux élus du parti se montreraient réticents à approuver de tels versements.
Une convention qui trahit l’inquiétude
Le format retenu dit l’ampleur de l’effort engagé. Une convention de stade avec discours en heure de grande écoute reste d’ordinaire réservée aux années d’élection présidentielle.
Le rendez-vous, surnommé Trumpapalooza, s’est tenu dans une salle du Texas où le républicain Ken Paxton dispute une élection sénatoriale serrée au démocrate James Talarico. Les gradins inférieurs proches de la scène étaient pleins, les rangées supérieures pour l’essentiel vides.
Si un large éventail de responsables républicains a fait le déplacement, d’autres sont restés sur le terrain, préférant garder leurs distances avec un président impopulaire.
Ce qui pèse sur la campagne
Trois sujets reviennent dans les difficultés du parti au pouvoir : l’échec à maîtriser l’inflation, les conséquences de la guerre avec l’Iran, et le scepticisme envers les centres de données consacrés à l’intelligence artificielle.
Le pétrole cristallise le premier de ces griefs. Le baril est repassé au-dessus de 100 dollars cette semaine après de nouveaux échanges de tirs dans le détroit d’Ormuz, ce qui pèse directement sur les candidats républicains.
Les échanges privés entre stratèges du parti à Dallas se déroulaient sur un ton morose, ceux-ci considérant leur majorité à la Chambre des représentants comme déjà perdue et le Sénat comme un pile ou face. “Je pense que la Chambre bascule”, résume l’un d’eux, qui table sur la conservation du Sénat à une voix près.
Un discours de près de deux heures
Le président a consacré l’essentiel de son intervention à décrire le Parti démocrate et son aile socialiste comme des extrémistes et des fanatiques, en promettant de vaincre le communisme en Amérique.
Un participant venu de New York défend au contraire la mesure annoncée. Elle communique aux électeurs que les républicains traiteront la question du pouvoir d’achat, explique-t-il, en remettant de l’argent dans leurs poches.
Et maintenant ?
Le scrutin se tient en novembre.
Deux lectures de cette annonce coexistent, et le lecteur peut les tenir ensemble. Une promesse de versement direct constitue un instrument de mobilisation électorale éprouvé, dont l’efficacité se mesurera aux urnes.
Elle intervient toutefois dans une configuration financière défavorable. Le pays finance déjà un déficit important à des taux au plus haut depuis trois ans, un conflit qui alimente l’inflation, et une Réserve fédérale qui envisage de relever ses taux la semaine prochaine. Ajouter plus de 1 000 milliards de dollars de transferts dans cette équation supposerait de les financer par l'emprunt, auprès des mêmes investisseurs qui exigent déjà une rémunération croissante.
C’est précisément ce que le silence du marché obligataire mercredi soir semble indiquer : personne n’attend que cette promesse se concrétise.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.