Pétrole : le Forties Blend atteint 147 $ le baril, un record historique malgré le cessez-le-feu

Le brut de la mer du Nord dépasse le record de 2008 à 147 $ le baril. Seuls 8 % des flux normaux transitent par le détroit d’Ormuz malgré le cessez-le-feu.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Le Forties Blend, référence du brut mer du Nord, a frôlé 147 $ le baril jeudi, dépassant le pic de 2008.
  • Seuls 8 % des flux pétroliers normaux transitent par le détroit d’Ormuz malgré la trêve Iran-États-Unis.
  • L’Arabie saoudite a perdu 600 000 barils/jour de capacité de production après des attaques sur ses infrastructures.

Le Forties Blend, référence pour le brut physique de la mer du Nord, a atteint près de 147 dollars le baril jeudi, un record absolu qui dépasse les sommets de la veille de la crise financière de 2008. Le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, annoncé mardi, n’a pas desserré l’étau iranien sur le détroit d’Ormuz, et la panique gagne les marchés physiques du pétrole.

Illustration - Pétrole : le Forties Blend atteint 147 $ le baril, un record historique malgré le cessez-le-feu

Un marché physique en état de pénurie

Les raffineries européennes et asiatiques se battent pour sécuriser des cargaisons de brut afin de compenser les volumes colossaux bloqués dans le Golfe. Le Forties Blend s’échangeait à près de 50 dollars au-dessus du Brent (contrats à terme pour livraison en juin, autour de 97 $), un écart qui traduit une peur concrète de rupture d’approvisionnement.

La tension a même brisé un rouage central du marché pétrolier. Les contrats for difference (CFD) sur le Brent, un outil de couverture majeur, ont dépassé 30 dollars le baril, franchissant le seuil autorisé par l’ICE (Intercontinental Exchange), la principale bourse européenne pour le pétrole. Résultat : plusieurs opérateurs n’ont pas pu traiter leurs ordres. Certains se sont rabattus sur des transactions de gré à gré, hors de la bourse. Aucun acteur de marché interrogé ne se souvenait d’un tel blocage.

Amos Hochstein, ancien conseiller énergie du président Joe Biden, a averti que si la situation perdure, “le marché pourrait conclure que le détroit est fermé indéfiniment, ce qui provoquerait une crise en Asie”. L’Asie dépend du passage pour environ 80 % de ses importations de brut et de produits pétroliers.

Le détroit d’Ormuz reste verrouillé

Selon Goldman Sachs, les exportations de pétrole via le détroit ne représentaient jeudi que 8 % de leur niveau normal. Seule une poignée de navires, pour la plupart liés à l’Iran, ont franchi le passage depuis l’annonce de la trêve mardi.

Téhéran considère que l’accord lui confère un droit de contrôle sur le détroit. Les Gardiens de la Révolution exigent que chaque navire demande une autorisation et paye une redevance. Quelques heures après l’annonce du cessez-le-feu, l’Iran a d’ailleurs stoppé le transit des pétroliers en réponse aux frappes israéliennes sur le Liban.

Donald Trump a déclaré jeudi que le pétrole circulerait “très rapidement”, tout en reprochant à l’Iran de faire un “très mauvais travail” sur l’ouverture du détroit et en avertissant Téhéran contre toute tentative de percevoir des péages.

L’offre saoudienne amputée

L’Arabie saoudite a ajouté un facteur d’inquiétude en annonçant une perte de 600 000 barils par jour de capacité de production, après des attaques récentes sur les champs de Khurais et Manifa. L’attaque contre le pipeline East-West, route alternative au détroit d’Ormuz, a aussi réduit le débit de 700 000 b/j. Au total, le royaume a perdu environ 5 % de sa capacité normale de 12 millions de barils par jour.

Dennis Kissler, vice-président senior chez BOK Financial, a prévenu que même en cas de réouverture du détroit, il faudrait 20 jours pour corriger les problèmes logistiques accumulés. Le marché physique restera tendu bien après un éventuel apaisement diplomatique.

Ce qu’il faut surveiller

Le Dated Brent, indicateur de référence pour le brut physique de la mer du Nord, a rebondi de 7 % jeudi à 131,96 dollars, après la baisse liée à l’annonce du cessez-le-feu. Le Forties Blend reculait légèrement vendredi matin à 140 dollars. Sur le marché des contrats à terme, le Brent pour livraison en juin progressait de 0,8 % à 96,71 $ et le WTI de 0,4 % à 90,33 $.

Helima Croft, responsable de la stratégie matières premières chez RBC Capital Markets, a qualifié les prix des futures d’indicateur retardé face aux réalités du marché physique au Moyen-Orient. Les négociations directes entre Washington et Téhéran n’ont pas encore commencé, selon le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi.

La délégation américaine conduite par JD Vance se rend à Islamabad ce week-end. Le marché pétrolier attend un geste concret sur le détroit d’Ormuz avant de relâcher la pression.

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