Ce qu’il faut retenir :
- Le rendement du gilt britannique à 10 ans atteint 5,25 %, un niveau plus vu depuis la crise financière.
- Le taux japonais à 10 ans a touché 3 %, son plus haut depuis 1996.
- Le Brent progresse de 2,1 %, à 92,38 dollars, et l’inflation énergétique européenne atteint 14,3 %.
La vente sur les marchés obligataires s’est amplifiée mardi, portant les coûts d'emprunt britanniques à leur plus haut niveau depuis 2008 et les taux japonais à des niveaux plus vus depuis les années 1990. Les investisseurs anticipent une accélération du rythme des hausses de taux par les banques centrales.
Jusqu’où sont montés les taux
Le gilt britannique à 10 ans a bondi de 0,1 point de pourcentage, à 5,25 %, son plus haut depuis la crise financière mondiale. Le rendement à 30 ans a gagné 0,11 point, à 5,9 %, un niveau plus observé depuis la fin des années 1990.
L’obligation japonaise à 10 ans a atteint 3 %, sommet depuis 1996, avant de repasser sous ce seuil après une adjudication mardi. Le Treasury américain à 10 ans a progressé de 0,03 point, à 4,79 %. Rappelons que les rendements montent quand les prix des obligations baissent.
Les marchés d’actions ont suivi le mouvement, avec un indice Stoxx Europe 600 en recul de 0,7 % et des contrats à terme sur le S&P 500 en baisse de 0,6 %.
L’escalade au Moyen-Orient comme déclencheur
Les analystes de Deutsche Bank désignent le principal responsable : l’escalade du week-end au Moyen-Orient, qui a nourri une vente obligataire de dimension mondiale.
La chaîne de transmission passe par l’énergie. Le Brent progressait de 2,1 % mardi, à 92,38 dollars le baril, et les prix européens du gaz naturel évoluaient à leur plus haut niveau depuis plus de trois ans.
Les chiffres publiés mardi confirment l’effet sur les prix. L’inflation de la zone euro est remontée à 3,3 % en août, conforme aux prévisions, avec une composante énergétique en hausse de 14,3 %.
Le discours de Warsh a amplifié le mouvement
Le virage restrictif pris vendredi par Kevin Warsh à Jackson Hole s’ajoute à ces facteurs. Les investisseurs intègrent désormais environ deux tiers de probabilité d’une hausse des taux américains ce mois-ci.
Eric Robertsen, responsable de la recherche mondiale chez Standard Chartered, résume la difficulté de fond :
Tout le monde augmente son endettement alors que les coûts de financement ne cessent de grimper. La situation budgétaire ne s’améliore nulle part. Tant que ces facteurs fondamentaux n’auront pas changé, les taux à long terme n’auront aucun point d’ancrage.
Washington presse Tokyo de relever ses taux
La séquence japonaise mérite un développement particulier. La hausse des rendements est intervenue après une rencontre entre Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, et ses homologues japonais lors d’une réunion du G20 aux États-Unis lundi.
Le secrétaire au Trésor a indiqué que la prochaine étape pour Tokyo devait consister à relever ses taux, selon la chaîne publique NHK. Il a ensuite déclaré sur CNBC disposer d’informations dont le marché ne dispose pas, et croire que le gouvernement japonais et sa banque centrale prendront les mesures conduisant à un yen plus fort.
Les marchés attribuaient déjà une probabilité élevée à une hausse d’un quart de point, à 1,25 %, lors de la réunion du 18 septembre.
Les inquiétudes budgétaires japonaises
Cette hausse à 3 % est un signal envoyé par les marchés qui pourrait, dans une certaine mesure, contraindre Mme Takaichi à revoir certaines de ses mesures de politique budgétaire expansionniste.
Le contexte intérieur alimente cette pression. Les projets de dépenses de la Première ministre Sanae Takaichi, dont une baisse contestée de la taxe sur la consommation et un vaste plan de relance, nourrissent les doutes sur la trajectoire des finances publiques. Le ministère de la Défense a par ailleurs présenté un budget record pour le prochain exercice.
Takahide Kiuchi, ancien membre du conseil de la banque centrale et analyste au Nomura Research Institute, y voit un message des marchés susceptible de contraindre la Première ministre à corriger une partie de sa politique budgétaire expansionniste.
Un effet secondaire mérite d’être suivi. Un rendement supérieur à 3 % sur l'emprunt japonais de référence pourrait pousser les assureurs vie du pays à céder des obligations américaines pour rapatrier des capitaux, ce qui ajouterait une pression vendeuse sur la dette des États-Unis.
Et maintenant ?
Deux échéances rapprochées structurent la suite. La réunion de la Banque du Japon le 18 septembre, deux jours après celle de la Réserve fédérale, et le budget britannique attendu le mois prochain, dans un contexte de coûts d'emprunt au plus haut depuis dix-sept ans.
Le point commun à ces trois pays tient en une phrase. Les États s’endettent davantage au moment où les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour financer cette dette, et le pétrole cher retire aux banques centrales la possibilité d’assouplir. C’est cette configuration qui a produit, il y a deux semaines, l’intervention du Trésor américain sur ses rachats de dette longue, dont l’effet s’est révélé de courte durée.
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