Ce qu’il faut retenir :
- Ken Griffin, fondateur de Citadel, avertit que les investisseurs particuliers dans le crédit privé pourraient ne pas avoir compris qu’ils ne peuvent pas retirer leur argent rapidement.
- Le secteur, qui pèse désormais plus de 3 500 milliards de dollars d’actifs, fait face à une vague de demandes de rachats, dont plus de 20 milliards au seul T1 2025.
- Jamie Dimon (JPMorgan) et John Waldron (Goldman Sachs) partagent ces inquiétudes, évoquant des standards de prêt dégradés et un marketing insuffisamment transparent.
Ken Griffin, le milliardaire fondateur du hedge fund Citadel (67 milliards de dollars sous gestion) et de la société de trading Citadel Securities, rejoint le chœur grandissant de voix qui alertent sur les fragilités du crédit privé. Dans un entretien avec le Financial Times, il met en cause la compréhension réelle des risques par les investisseurs particuliers fortunés qui ont massivement investi dans cette classe d’actifs.
Le problème de la liquidité
Le crédit privé, un segment de la finance où des fonds accordent directement des prêts à des entreprises détenues par le private equity, a explosé au cours de la dernière décennie. Les banques ayant réduit leurs activités de prêt commercial sous l’effet de réglementations plus strictes, les fonds de crédit privé ont comblé le vide, portant les actifs du secteur au-delà des 3 500 milliards de dollars selon l’Alternative Investment Management Association.
Le problème central, selon Griffin : “Le vrai sujet, c’est le décalage de liquidité entre l’investisseur particulier et la durée des investissements.” Les particuliers fortunés, habitués à pouvoir vendre leurs placements instantanément, ont investi dans des fonds dits “semi-liquides” qui ne permettent de retirer qu’une partie de leur capital, et seulement à intervalles définis.
“Le retail a été considéré comme un canal phénoménal pour lever des actifs. Mais les investisseurs particuliers ont-ils vraiment compris la nature de l’investissement qu’ils faisaient ?”, interroge Griffin.
Les premières fissures apparaissent
Les signaux d’alerte se multiplient. Blue Owl Capital, un gestionnaire de crédit privé qui avait massivement ciblé les investisseurs particuliers, a limité les retraits de ses deux fonds phares face à des milliards de dollars de demandes de rachats et des inquiétudes sur son exposition à des entreprises de logiciels vulnérables à la disruption par l’IA.
Au premier trimestre 2025, les investisseurs fortunés ont cherché à retirer plus de 20 milliards de dollars des fonds de crédit privé. À peine plus de la moitié de ces demandes ont été honorées, les règles de retrait restrictives ayant bloqué le reste.
Dimon et Waldron sonnent l’alarme
Griffin n’est pas seul. Jamie Dimon, patron de JPMorgan Chase, a averti dans sa lettre annuelle aux actionnaires que les pertes sur les prêts aux entreprises très endettées seraient plus élevées que prévu en raison de standards de crédit affaiblis. S’exprimant mardi à la conférence de Norges Bank Investment Management à Oslo, il a pointé les plus de 1 000 fonds de crédit privé en activité :
Certains sont peut-être brillants, mais je vous garantis que les 1 000 ne le sont pas tous.
Dimon prévient qu’une récession du crédit, absente depuis longtemps, serait plus sévère que ce que la plupart anticipent.
John Waldron, président de Goldman Sachs, a de son côté soulevé la question du marketing des produits. Certains acteurs n’auraient pas communiqué avec suffisamment de clarté sur le caractère illiquide de leurs fonds. “Les investisseurs particuliers ont, je pense, la perception d’une liquidité supérieure à la réalité”, a-t-il déclaré lors d’un événement à Washington.
Ce qu’il faut surveiller
Le prochain retournement du cycle de crédit sera le vrai test. Si les défauts augmentent dans les portefeuilles de crédit privé et que les fonds semi-liquides ne peuvent honorer les rachats, le risque d’un épisode de panique façon “bank run” à l’échelle du shadow banking n’est plus théorique.
Les régulateurs américains et européens scrutent déjà le secteur. La question de savoir si certains gestionnaires ont frôlé le mis-selling, en vendant des produits illiquides à des investisseurs qui les croyaient liquides, pourrait déboucher sur des actions réglementaires.
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