Ce qu’il faut retenir :
- Blackstone a plafonné pour la première fois les retraits de son fonds de crédit privé Bcred.
- Les demandes de rachat ont bondi à 4,5 milliards de dollars au deuxième trimestre.
- Le mouvement traduit une pression croissante sur l’ensemble du secteur du crédit privé.
Blackstone vient de fermer partiellement les vannes. Le plus grand groupe d’investissement privé au monde a restreint pour la première fois les retraits de son fonds phare de crédit privé, après une envolée des demandes de rachat à 4,5 milliards de dollars au deuxième trimestre. Un signal des tensions qui s’accumulent sur cette classe d’actifs.
Des demandes de retrait de 4,5 milliards de dollars
Bcred reste solidement capitalisée, et les remboursements ainsi que les entrées de fonds ont dépassé le volume des actions rachetées
Les investisseurs du Blackstone Private Credit Fund (Bcred), doté de 45 milliards de dollars, ont cherché à retirer 10 % des actifs nets sur la période. Le fonds n’a honoré que la moitié, soit 5 % de sa valeur, en activant pour la première fois un mécanisme de blocage. Blackstone emboîte ainsi le pas à ses rivaux Apollo, BlackRock, KKR et Ares, qui avaient plafonné leurs rachats plus tôt cette année.
Le groupe se veut rassurant. Dans une lettre aux investisseurs, Bcred affirme rester bien capitalisé et disposer d’une liquidité de « plus de 15 milliards de dollars » en trésorerie et capacité d'emprunt. La décision tranche avec le premier trimestre, où Blackstone avait honoré 100 % des rachats malgré le franchissement du seuil de 5 % qui l’autorisait à bloquer le fonds, créant alors des frictions dans le secteur.
Un secteur du crédit privé sous tension
Le crédit privé désigne les prêts accordés aux entreprises par des acteurs non bancaires. Cette industrie de 2 000 milliards de dollars a bâti sa croissance sur l’afflux de capitaux d’investisseurs particuliers, désormais inquiets de voir d’éventuelles pertes sur prêts rogner leurs rendements. La montée en puissance de l’IA ajoute à la nervosité : elle fragilise les perspectives de nombreux éditeurs de logiciels détenus par des fonds, souvent financés précisément par le crédit privé.
Sorties, dépréciations et confiance entamée
Les chiffres trahissent le reflux. Les nouveaux engagements vers Bcred sont tombés à environ 350 millions de dollars par mois en avril et mai, en baisse de 70 % par rapport à la moyenne de 2025. Le fonds, qui utilise l’effet de levier pour porter son portefeuille à 79 milliards de dollars, a aussi dû déprécier plusieurs positions, notamment ses prêts à l’éditeur Medallia, racheté par Thoma Bravo en 2022, et au groupe de soins dentaires Affordable Care. Le titre Blackstone a, lui, perdu près de 30 % depuis le début de l’année, le fonds représentant plus d’un dixième des commissions encaissées par le groupe l’an dernier.
Brad Marshall, le dirigeant qui pilote le fonds, veut relativiser : selon lui, « le marché fonctionne », le portefeuille reste « globalement sain » et les défauts ne font que se normaliser après une période de niveaux historiquement bas.
Et maintenant ?
L’épisode rappelle le défaut structurel de ces fonds dits « semi-liquides » : ils promettent une sortie facile tout en investissant dans des actifs difficiles à céder rapidement. La vraie question est de savoir si le plafonnement rétablira la confiance ou accélérera la fuite. À surveiller : l’ampleur des prochaines dépréciations, l’impact de l’IA sur les entreprises financées à crédit, et le risque de contagion à un secteur devenu central pour Wall Street.
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