JPMorgan a coupé les ponts bancaires avec Polymarket tout en gardant un pied dans la porte

JPMorgan a mis fin à sa relation bancaire avec Polymarket en octobre, tout en gardant des liens en vue d’une possible introduction en Bourse.
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Ce qu’il faut retenir :

  • JPMorgan a mis fin à sa relation bancaire avec Polymarket en octobre, pour des raisons réglementaires.
  • La banque a malgré tout invité le dirigeant de la plateforme à s’exprimer devant ses clients fortunés en février.
  • Polymarket cherche à lever plus d’un milliard de dollars sur une valorisation de 20 milliards.

JPMorgan Chase a mis fin à sa relation bancaire avec Polymarket en octobre, en invoquant des préoccupations réglementaires, d’après des personnes au fait du dossier citées par le Financial Times. La plateforme de marchés prédictifs travaille depuis avec un autre établissement, dont l’identité n’a pas été confirmée.

Pourquoi la banque a rompu la relation

Le contexte réglementaire pesait lourd à cette date. Polymarket avait alors interdiction de servir les clients américains, à la suite d’une procédure engagée en 2022 par la CFTC, le régulateur américain des dérivés, pour exploitation d’une plateforme de négociation non enregistrée.

La situation a depuis évolué. La CFTC, sous l’administration Trump, a autorisé l’an dernier l’entreprise new-yorkaise à revenir sur le marché américain. L’agence maintient toutefois une enquête en cours sur la société.

Une rupture qui n’en est pas tout à fait une

Nous entretenons une relation étroite et active avec JPMorgan, qui couvre plusieurs entités, des intégrations opérationnelles et la gestion des flux de fonds de nos clients. Toute affirmation contraire donne une image fondamentalement erronée de notre relation.

La banque n’a pas coupé tous les liens. Elle a invité Shayne Coplan, directeur général de Polymarket, à s’exprimer en février lors d’une conférence destinée à ses clients de banque privée fortunés à Miami, aux côtés de l’ancienne vedette de football américain Tom Brady.

Le calcul est transparent. JPMorgan veut rester dans la course pour un mandat de placement si la plateforme tente une introduction en Bourse. “Ils ne veulent pas brûler tous les ponts”, résume une personne proche de l’entreprise.

Polymarket conteste la présentation de cette relation. La société affirme continuer de travailler avec la banque sur d’autres terrains, avec des intégrations opérationnelles et le traitement de flux de fonds clients à travers plusieurs entités, et juge que toute autre lecture dénature fondamentalement la nature de leurs liens. JPMorgan n’a pas souhaité commenter.

Le “debanking” devenu sujet politique aux États-Unis

L’affaire touche à un débat sensible outre-Atlantique. La perte d’accès aux services bancaires, désignée par le terme debanking, est devenue un sujet politique après que des investisseurs technologiques de premier plan ont affirmé que des entreprises crypto qu’ils soutenaient peinaient à obtenir ces services.

Plusieurs grandes banques, dont JPMorgan, font l’objet d’une enquête du gouvernement américain sur l’équité de l’accès qu’elles accordent. Donald Trump a par ailleurs assigné l’établissement et son directeur général Jamie Dimon en justice, en leur reprochant d’avoir fermé ses comptes pour des motifs politiques. La banque juge cette action sans fondement.

Les établissements avancent leur propre défense : le régime réglementaire auquel ils sont soumis crée des risques juridiques sur les comptes sensibles.

Un secteur en croissance rapide et sous pression

Les marchés prédictifs, qui permettent de parier sur des résultats sportifs, des élections ou le prix futur du pétrole, ont généré plus de 250 milliards de dollars de volume notionnel depuis le début de 2026, d’après des données compilées par les utilisateurs sur la plateforme d’analyse Dune. Leur essor s’appuie sur le boom des paris consécutif à la décision de la Cour suprême de 2018 autorisant les États à légaliser les paris sportifs.

Cette croissance attire les procédures. Plus d’une douzaine d’États américains ont engagé des actions contre Polymarket et son concurrent Kalshi, en les accusant d’exploiter des activités de pari sportif illégales. Les entreprises répondent qu’elles sont des places de marché mettant en relation deux parties, et non des bookmakers prenant la contrepartie du pari.

Un autre risque a surgi, celui des initiés. Un soldat américain impliqué dans la planification du raid mené en janvier pour capturer le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro a été inculpé en avril pour avoir placé sur Polymarket des paris liés à cette opération, avec un gain de plus de 400 000 dollars. Gannon Ken Van Dyke a plaidé non coupable.

Et maintenant ?

Polymarket cherche à lever plus d’un milliard de dollars sur une valorisation de 20 milliards de dollars, soit plus du double des quelque 8 milliards retenus lors d’un tour de table en 2025.

Deux éléments détermineront la suite. L’issue de l’enquête de la CFTC, d’abord, qui conditionne la solidité du retour de la plateforme sur le marché américain. Les procédures engagées par les États ensuite, dont dépend la qualification juridique de l’activité : place de marché ou opérateur de paris. Pour une entreprise qui vise la Bourse, cette distinction vaut plusieurs milliards de valorisation.

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