Ce qu’il faut retenir :
- Le hedge fund Situational Awareness a sollicité ses investisseurs et ses prêteurs pour lever de l’argent frais.
- Le fonds affichait pourtant une performance nette de 439 % sur l’année à fin juin.
- Ses positions sur Oracle et AMD ont perdu environ 20 % sur le seul mois de juillet.
Situational Awareness, le hedge fund de 20 milliards de dollars fondé par Leopold Aschenbrenner, ancien salarié d’OpenAI, a cherché à lever des capitaux frais après de lourdes pertes dans la chute des valeurs liées à l’intelligence artificielle. Le fonds a engagé ces derniers jours des discussions avec ses investisseurs existants et ses prêteurs, d’après des personnes informées du dossier citées par le Financial Times.
Que cherche à faire Situational Awareness ?
Deux pistes ont été ouvertes en parallèle. La première consiste à obtenir de l’argent frais auprès des porteurs actuels. La seconde propose à certains investisseurs de racheter directement des actifs figurant dans le portefeuille du fonds. L’une des sources décrit des démarches conduites au cas par cas, sans plan d’ensemble coordonné.
Une lettre adressée aux investisseurs le 24 juillet, que le Financial Times a pu consulter, présentait les résultats semestriels et ouvrait la possibilité d’apporter de nouveaux capitaux au 1er août. En post-scriptum, Leopold Aschenbrenner y signale que le fonds identifie parfois des moments propices pour renforcer une position, à l’intention de ceux qui attendaient une occasion.
Sollicité à plusieurs reprises, Situational Awareness n’a pas répondu.
De 439 % de performance à l’appel de fonds
Le retournement est brutal. Le fonds affichait une performance nette de 439 % depuis le début de l’année à fin juin, d’après la même lettre, un niveau sans commune mesure avec ce que produit habituellement Wall Street. Cette réussite reposait sur le suivi du rallye des valeurs liées au boom de l’IA.
Plusieurs sources indiquent que Situational Awareness recourait à l'emprunt pour amplifier ses gains, une pratique répandue chez les hedge funds qui amplifie aussi les pertes en cas de retournement. Ses documents réglementaires les plus récents mentionnent plusieurs grandes banques de Wall Street parmi ses prime brokers. Comme nous l’écrivions hier, ces mêmes banques réclament depuis plusieurs semaines davantage de collatéral aux fonds les plus concentrés.
Les positions qui ont fait mal
Les principales lignes déclarées lors du dernier dépôt réglementaire, fin mars, ont plongé. Oracle et AMD perdent chacune environ 20 % sur le mois de juillet.
Les valeurs plus petites soutenues par le fonds ont chuté davantage encore : les groupes “neocloud” Nebius et Sharon AI, la start-up de l’énergie Bloom Energy, ainsi qu’une série de fabricants de mémoire dont Sandisk. Sur la période, le Nasdaq 100 a cédé 10 % et le Kospi sud-coréen environ un tiers de sa valeur.
La défense de Leopold Aschenbrenner
Dans sa lettre, le gérant reconnaît que le fonds n’a pas été épargné par les secousses de marché, en particulier en Asie. Il défend pourtant sa thèse : la correction sur les valeurs technologiques aurait créé certaines des occasions d’investissement les plus attractives depuis le début de 2025.
Il mise aussi sur le second semestre, en évoquant des développements majeurs attendus dans l’IA, dont une introduction en Bourse d’Anthropic, qu’il présente comme un catalyseur possible de rebond.
Un fonds de huit salariés né d’un essai
L’histoire du véhicule tient à un texte. Leopold Aschenbrenner a lancé son fonds après avoir publié un essai intitulé Situational Awareness, consacré à la façon dont l’IA allait selon lui transformer la société. Il a quitté OpenAI en 2024, sans expérience préalable du trading, et rassemble plus de 250 000 abonnés sur X.
La structure reste minimale : quatre professionnels de l’investissement et huit salariés au total, d’après son dernier dépôt réglementaire. Parmi les premiers investisseurs figurent les cofondateurs de Stripe Patrick et John Collison, l’ancien directeur général de GitHub Nat Friedman et l’investisseur Daniel Gross. La société de trading Jane Street a également apporté son soutien.
Sa méthode, le gérant l’a décrite lui-même sur son site : des paris nourris par “des informations publiques, mes propres idées, la connaissance du domaine ou les ragots de San Francisco”.
Et maintenant ?
La fenêtre du 1er août constituera le premier test : les investisseurs existants remettront-ils au pot après une chute de cette ampleur, ou chercheront-ils la sortie ? Le second point de vigilance porte sur le levier. Un fonds endetté qui subit des appels de collatéral peut se retrouver contraint de vendre au pire moment, sur des titres déjà malmenés. La trajectoire des valeurs de mémoire et des acteurs neocloud dans les prochaines séances dira si le pari d’Aschenbrenner sur un rebond relève de la conviction ou de l’obligation.
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