Ce qu’il faut retenir :
- Le Kospi sud-coréen a chuté de plus de 10 % mardi, provoquant une brève suspension des cotations.
- Samsung Electronics a perdu plus de 12 % et SK Hynix jusqu’à 10 % sur la séance.
- Les investisseurs doutent de la soutenabilité des dépenses d’investissement dans l’IA.
La déroute des fabricants de puces s’est aggravée mardi, avec un Kospi sud-coréen en baisse de plus de 10 % qui a contraint la place de Séoul à suspendre brièvement les cotations. Samsung Electronics a lâché plus de 12 % et SK Hynix jusqu’à 10 %, au terme d’un mois de juillet catastrophique pour les deux géants de la mémoire : respectivement 34 % et 41 % de baisse depuis le début du mois.
Pourquoi les actions des fabricants de puces s’effondrent-elles ?
Le doute porte sur l’argent que les géants technologiques déversent dans l’intelligence artificielle. Venu Krishna, responsable de la stratégie actions américaines chez Barclays, place au premier plan les incertitudes de financement, la hausse des dépenses d’investissement et le niveau de trésorerie disponible des Big Tech.
La sanction est immédiate sur les entreprises qui annoncent des budgets en hausse. Alphabet a perdu 7 % en une seule séance la semaine dernière, après avoir indiqué que Google avait consommé beaucoup de liquidités au deuxième trimestre pour financer ses infrastructures d’IA. Wall Street entre dans la partie la plus dense de la saison des résultats, avec Microsoft, Meta, Apple et Amazon attendus d’ici la fin de la semaine.
Une onde de choc de Séoul à New York
La séance asiatique a prolongé celle de lundi à Wall Street, où le fabricant de mémoire Sandisk avait cédé 11 % et Nvidia 5 %. Les contrats à terme sur le Nasdaq 100 pointaient vers une nouvelle baisse de 1 % à l’ouverture de mardi.
À Tokyo, le Nikkei 225 a reculé de 4,4 %, avec un décrochage de plus de 18 % pour le fabricant de mémoire Kioxia, dont le cours a été divisé par deux sur le seul mois de juillet. Des traders de la place japonaise ont dit leur stupeur devant la vitesse du mouvement, qu’ils attribuent à la remontée des taux d’intérêt et au débouclage des positions de momentum et des paris des particuliers.
L’ampleur du retournement se mesure sur SK Hynix. Le titre coté à Séoul a perdu environ 45 % depuis son record de juin, au-dessus de 3 millions de wons, soit près de 2 000 dollars, ce qui représente près de 570 milliards de dollars de capitalisation envolés d’après le Financial Times. L’action avait triplé depuis le début de l’année avant d’atteindre ce sommet. Le Kospi, lui, abandonne un tiers de sa valeur depuis son pic de juin, tout en restant 46 % au-dessus de son niveau de début d’année.
La concurrence chinoise ajoute à la nervosité
Les signes de progrès des acteurs chinois de l’IA pèsent sur le sentiment de marché. Jim Reid, analyste chez Deutsche Bank, identifie deux moteurs à la vente de mardi en Asie : les inquiétudes sur les dépenses d’investissement dans l’IA et la concurrence d’entreprises chinoises moins chères.
La start-up chinoise Moonshot a publié la semaine dernière un grand modèle de langage dont les capacités semblent approcher celles des laboratoires américains de premier plan comme Anthropic. De quoi ébranler les investisseurs qui pariaient sur la poursuite des dépenses massives de la Silicon Valley pour conserver son avance.
Côté matériel, l’action CXMT a reculé de plus de 3 % mardi à Shanghai, au lendemain d’une introduction en Bourse à 8,5 milliards de dollars et d’un bond de 466 % pour son premier jour de cotation.
Le spectre de la surcapacité en mémoire
Un autre nuage s’est formé : celui d’une offre trop abondante dans deux ou trois ans. SK Hynix et Samsung prévoient de construire deux nouvelles usines chacun en Corée du Sud, dans le cadre d’un investissement combiné de 800 000 milliards de wons, soit 548 milliards de dollars, destiné à doubler leurs capacités de production de DRAM sur cinq ans.
L’américain Micron Technology a de son côté relevé son programme d’investissement domestique à 250 milliards de dollars d’ici à la fin 2035. Ces annonces devaient rassurer sur la demande. Elles nourrissent aujourd’hui la crainte inverse, celle de prix de la mémoire sous pression une fois les usines sorties de terre.
Krach annoncé ou point d’entrée ?
Le marché se divise sur la lecture à retenir. “Cette frénésie de capex sur l’IA finira en krach, comme toutes les autres”, tranche Albert Saporta, directeur général du gestionnaire d’actifs GAM. Il pointe la hausse des prix des credit default swaps, ces contrats qui permettent de parier contre la dette d’une entreprise, sur des noms comme Oracle, SpaceX, Alphabet, Amazon, Meta, Broadcom et Nvidia. Un signe, selon lui, que les investisseurs demandent des comptes sur les plans de dépenses.
Marija Veitmane, responsable de la recherche actions chez State Street, décrit une spirale de momentum négatif alimentée par les inquiétudes sur l’endettement et le capex. Elle en tire pourtant la conclusion opposée : à la lecture des résultats publiés jusqu’ici, la demande reste très solide, et son équipe considère la baisse comme une occasion d’achat.
Et maintenant ?
Deux rendez-vous vont trancher le débat à court terme. La décision de taux de la Réserve fédérale mercredi, d’abord, sur laquelle les opérateurs restent partagés entre statu quo et hausse, avec une volatilité assurée dans les deux cas. Les résultats de Microsoft, Meta, Apple et Amazon ensuite, qui diront si les budgets d’infrastructure IA continuent de gonfler et, surtout, comment le marché accueille cette information après la sanction infligée à Alphabet.
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