Bulle des bénéfices : les prévisions de Wall Street s’envolent, les craintes aussi

Les analystes anticipent 25 % de hausse des bénéfices du S&P 500, un rythme record qui ravive la crainte d’une bulle des bénéfices.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Les analystes anticipent une hausse de 25 % des bénéfices du S&P 500 sur un an, selon Bloomberg.
  • Ces révisions montent au rythme le plus rapide depuis la reprise post-Covid, portées par l’IA.
  • Plusieurs gérants redoutent une “bulle des bénéfices” si les dépenses en IA ne se transforment pas en profits.

Wall Street n’a jamais été aussi optimiste sur les profits des entreprises, et c’est précisément ce qui inquiète. Les analystes tablent désormais sur une hausse de 25 % des bénéfices des sociétés du S&P 500 l’an prochain, selon les données de Bloomberg, portés par une économie américaine résiliente et le boom de l’intelligence artificielle. Un rythme de révision inédit depuis la reprise qui a suivi la pandémie, de quoi faire redouter la formation d’une “bulle des bénéfices” (earnings bubble) au cœur du rally boursier.

Qu’est-ce qu’une bulle des bénéfices ?

Ce à quoi nous devons nous attendre, sur les marchés, c’est de finir par prendre conscience que ces prévisions ne se réaliseront pas

Une bulle des bénéfices, c’est-à-dire une situation où les prévisions de profits grimpent plus vite que ce que l’économie réelle peut livrer, se forme dans les estimations qui soutiennent la hausse des marchés. Le risque tient moins au cours des actions qu’aux attentes de profits sur lesquelles il repose.

Le rythme interpelle. Les prévisions de bénéfices pour l’année à venir ont bondi de près de 20 % en six mois, la plus forte accélération depuis 2021. Pour Ben Inker, co-responsable de l’allocation d’actifs chez GMO, ces révisions grimpent à une vitesse qu’on ne voit qu’en sortie de crise. “Ce qui nous attend, c’est la prise de conscience que ces prévisions échoueront”, prévient-il. À l’approche de la saison des résultats du deuxième trimestre, certains investisseurs craignent que la hausse des coûts de l’IA, un tassement de la demande ou la difficulté à convertir les dépenses en profits ne fassent dérailler ces attentes.

L’IA au cœur des attentes, et des risques

Le moteur de cet emballement porte un nom : l’intelligence artificielle. Les attentes de bénéfices des fabricants de puces et des hyperscalers, ces géants du cloud qui exploitent d’immenses centres de données, ont explosé sous l’effet d’une demande vertigineuse en puissance de calcul.

Les mises en garde se multiplient. Les analystes de Capital Economics ont averti cette semaine que les marchés actions liés à l’IA pourraient approcher un point où les attentes de bénéfices et les hypothèses d’investissement deviennent intenables, avec à la clé un possible repli général des marchés. Même son de cloche chez UBS. “Les actions de la chaîne IA sont valorisées pour des profits hors normes”, met en garde Michel Lerner, responsable de la plateforme d’analyse HOLT d’UBS, qui juge très faible la probabilité de tenir de tels niveaux de rentabilité.

Des indices au sommet, des valorisations sous contrôle

Le paradoxe est là : ces prévisions euphoriques rendent les marchés moins chers en apparence. Portés par des résultats solides, les indices américains battent record sur record. Le S&P 500 a gagné 20 % sur douze mois et le Nasdaq Composite plus de 25 %, avec leur meilleur trimestre en six ans sur la période close fin juin.

Or plus les prévisions de profits montent, plus les valorisations paraissent contenues. Les actions américaines s’échangent autour de 20 fois les bénéfices anticipés (forward earnings), un multiple qui mesure la cherté des titres. C’est bien en dessous des sommets de l’an dernier ou de la bulle internet, ce qui apaise une partie des craintes. Pour Arun Sai, stratégiste multi-actifs chez Pictet Asset Management, le marché traverse le plus puissant cycle de révision haussière des bénéfices depuis le supercycle des matières premières des années 2000.

Tout le monde n’y voit pas un signal rassurant. Sarah Ketterer, directrice générale de Causeway Capital Management, prévient que des multiples faibles peuvent aussi trahir une action proche de son pic de bénéfices, donc un mauvais moment pour investir.

Et maintenant ?

Le débat porte en réalité sur la question suivante : combien de temps encore pourrons-nous bénéficier de surprises positives, et y a-t-il déjà des signes de faiblesse alors que les attentes sont si élevées ?

Le vrai test arrive avec la saison des résultats du deuxième trimestre, qui dira si les entreprises tiennent des attentes aussi élevées. D’autres signaux d’alerte s’accumulent : la ruée des entreprises vers les levées d’actions et de dette, à l’image de l’IPO record de SpaceX, ou le retournement des anticipations de taux. Les traders parient désormais sur au moins une hausse d’un quart de point des taux américains d’ici la fin de l’année, alors qu’ils misaient sur deux à trois baisses en début d’année. “La marge de sécurité est désormais très étroite” sur les bénéfices, résume Kasper Elmgreen, directeur des investissements obligataires et actions chez Nordea Asset Management. La question qui agite les marchés : combien de temps les bonnes surprises peuvent-elles encore durer ?

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