Ce qu’il faut retenir :
- Les sept géants de la tech ont perdu plus de 2 300 milliards de dollars de valeur en juin.
- Les investisseurs fuient les hyperscalers dépensiers de l’IA pour miser sur les fabricants de puces.
- L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie bondit de 93 % depuis janvier, son meilleur score depuis 1999.
Les Sept Magnifiques, ce club des plus grandes capitalisations technologiques américaines, ont vu fondre plus de 2 300 milliards de dollars de valeur boursière au cours du seul mois de juin. Le groupe formé de Nvidia, Meta, Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon et Tesla a perdu 10 % sur le mois, son pire mois depuis plus d’un an, et cède environ 3 % depuis le début de l’année. En face, les fabricants de puces flambent. La rotation est brutale : les investisseurs délaissent les géants qui dépensent des centaines de milliards dans l’intelligence artificielle pour parier sur ceux qui leur vendent le matériel.
Pourquoi les “Sept Magnifiques” dévissent-ils ?
La question qui tétanise Wall Street tient en un mot : la rentabilité. Les hyperscalers, au premier rang desquels Meta, Amazon, Microsoft et Alphabet, engloutissent des centaines de milliards de dollars dans les infrastructures d’IA. Les marchés se demandent désormais quand, et même si, ces sommes colossales se transformeront en profits suffisants pour justifier l’envolée passée des cours. “Le jury n’a pas tranché”, résume Vincent Mortier, directeur des investissements d’Amundi, qui appelle à la prudence sur la capacité des géants à monétiser ces paris à grande échelle.
Le doute se lit déjà dans les cours. À l’exception d’Alphabet, tous les membres du groupe sous-performent le S&P 500 cette année, du jamais vu après des années de domination. Microsoft abandonne environ 23 % depuis janvier, Meta et Tesla reculent à deux chiffres. À la faiblesse boursière s’ajoute un étau sur les marges, comprimées par la hausse des prix des composants, des puces mémoire aux équipements électriques.
Le climat s’est encore tendu ces dernières semaines. Plusieurs adeptes précoces de l’IA, dont Walmart, Uber et Meta, ont réduit l’usage de la technologie par leurs salariés après avoir reçu des factures salées. De quoi nourrir la crainte que les revenus IA des géants soient rognés par des clients qui se tournent vers des modèles moins chers. Comme nous l’avons rapporté, Amazon lui-même évalue des alternatives à Anthropic face à l’explosion des coûts.
Les fabricants de puces raflent la mise
Pendant que les géants trinquent, les vendeurs de pelles et de pioches de la ruée vers l’IA prospèrent. L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie, qui suit les fabricants de puces américains, a bondi de 93 % sur le premier semestre, sa meilleure performance depuis le pic de la bulle Internet en 1999. La logique est limpide : la demande insatiable des hyperscalers pour le matériel, couplée à une offre sous tension, fait exploser les profits des fournisseurs. Vincenzo Vedda, directeur des investissements de DWS, parle d’un basculement du leadership de marché, des poids lourds du logiciel vers les semi-conducteurs.
Les chiffres donnent le tournis. Sandisk a grimpé d’environ 760 %, tandis que Micron, Intel, Western Digital et Seagate Technology ont tous plus que triplé. La pénurie de mémoire, attendue jusqu’en 2028, dope tout le secteur : le Roundhill Memory ETF, qui suit des valeurs comme SK Hynix et Samsung, gagne 166 % depuis janvier. Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), premier fondeur mondial de puces avancées, progresse d’environ 50 % et dépasse les 2 000 milliards de dollars de capitalisation. Son fournisseur d’équipements néerlandais ASML prend 60 %.
La facture mémoire grimpe jusque chez les consommateurs
Cette envolée des composants ne reste pas confinée aux salles de marché. Les hyperscalers américains comptent dépenser près de 1 000 milliards de dollars en centres de données pour répondre à une demande d’IA qui dépasse l’offre. Meta et Microsoft ont prévenu que la flambée des prix de la mémoire alourdissait encore la note.
Le consommateur final commence à payer l’addition. La semaine dernière, Apple a relevé d’environ 20 % les prix de ses MacBook et iPad, invoquant le défi posé par la hausse des prix de la mémoire. Microsoft a de son côté augmenté le tarif de ses consoles Xbox, prévenant que le coût de la mémoire avait doublé en quelques mois et pourrait doubler à nouveau d’ici fin 2027.
Et maintenant ?
Le marché attend désormais des preuves. Tant que les hyperscalers ne démontreront pas qu’ils transforment leurs dépenses en revenus, la défiance pèsera sur leurs cours. À l’inverse, la pénurie de mémoire annoncée jusqu’en 2028 offre un horizon dégagé aux fabricants de puces. Deux nuages pointent toutefois à l’horizon : la fronde croissante des riverains et des élus contre les centres de données, gourmands en électricité et en eau, et les introductions en Bourse attendues d’OpenAI et d’Anthropic, qui pourraient atteindre des valorisations à mille milliards de dollars. La prochaine saison de résultats dira si le pari de l’IA tient ses promesses.
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