Euro : la monnaie unique tombe à un plus bas d’un an malgré la hausse des taux

L’euro tombe à 1,135 dollar, un plus bas d’un an, malgré la hausse des taux de la BCE : dollar fort, pétrole en baisse et zone euro en ralentissement.
Christine lagarde euro europe dollar bce

Ce qu’il faut retenir :

  • L’euro est tombé à 1,135 dollar, son plus bas niveau face au dollar depuis plus d’un an.
  • La monnaie unique a perdu 2,6 % en juin, alors que la BCE venait pourtant de relever ses taux.
  • La chute du pétrole et le ralentissement de la zone euro réduisent la pression pour de nouvelles hausses de taux.

L’euro est tombé à son plus bas niveau depuis plus d’un an face au dollar. La monnaie unique s’échange autour de 1,135 dollar, en recul de 2,6 % depuis le début du mois, au plus bas depuis début juin 2025. Le paradoxe est frappant : la Banque centrale européenne (BCE) vient à peine de relever ses taux, un geste censé soutenir une devise, mais l’euro plonge quand même. En cause, un dollar revigoré et une économie européenne qui flanche.

Un dollar roi qui écrase tout

Le moteur de la baisse se trouve outre-Atlantique. Comme nous l’évoquions la semaine dernière, la Réserve fédérale a opéré un virage restrictif, brandissant la menace de hausses de taux face à une inflation américaine au-dessus de 4 % et à une économie résiliente. Résultat, les cambistes se sont rués sur le billet vert, dont l’indice a grimpé à un plus haut de plus d’un an. Quand les rendements américains montent, le dollar attire les capitaux au détriment des autres devises.

L’euro fait les frais de ce rapport de force. Les analystes de Wall Street tablaient pourtant sur un euro à 1,20 dollar cette année, à mesure que les investisseurs réduisaient leur exposition au dollar. La monnaie unique avait d’ailleurs bien démarré 2026, portée par la défiance envers la politique jugée erratique de Donald Trump. La tendance s’est inversée avec la guerre entre les États-Unis et l’Iran, fin février, qui a fait flamber le pétrole et pénalisé une zone euro très dépendante des importations d’énergie. L’euro recule aussi de 1 % face à la livre sterling ce mois-ci.

Pourquoi l’euro baisse-t-il malgré la hausse des taux de la BCE ?

La conjonction d’une croissance plus faible dans la zone euro et d’une baisse des prix de l’énergie contribue à alléger la pression exercée sur la BCE pour qu’elle relève encore ses taux.

Parce que le contexte qui avait justifié cette hausse est en train de se retourner. La BCE a relevé son taux de dépôt à 2,25 % début juin, sa première hausse depuis 2023, pour contrer le choc inflationniste né du conflit au Moyen-Orient. Mais l’accord entre Washington et Téhéran, qui a rétabli le trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz, a fait retomber les prix de l’énergie et désamorcé une partie de la menace.

Dans le même temps, l’économie européenne montre des signes de faiblesse. Les indices des directeurs d’achat (PMI), baromètres de l’activité, ont signalé une contraction en zone euro mardi. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a elle-même estimé cette semaine que les dernières données n’exigeaient pas “une réponse politique plus vigoureuse à ce stade”. Pour Lee Hardman, économiste senior spécialiste des changes chez MUFG, le ralentissement de la croissance conjugué à la baisse de l’énergie allège la pression sur la BCE pour aller plus loin.

Une seule hausse, et puis c’est tout ?

Le marché en tire les conséquences. Les cambistes intègrent toujours une hausse d’un quart de point de la BCE d’ici la fin de l’année, mais la probabilité d’une seconde est tombée de 50 % à 20 %, selon les contrats d’échange (swaps). La BCE pourrait donc s’en tenir à “une seule hausse” (“one and done”), estime Capital Economics, qui voit l’inflation de la zone euro refluer de plus de 3 % en mai vers la cible de 2 % d’ici fin 2027.

Côté changes, le ton se fait plus baissier. JPMorgan a abaissé lundi son objectif sur l’euro de 1,13 à 1,10 dollar, invoquant une croissance qui se stabilise, une inflation persistante et une forme d'”exceptionnalisme américain”.

Ce qu’il faut surveiller

Le prochain rendez-vous est fixé au 23 juillet, date de la prochaine réunion de la BCE, où l’institution pourrait acter une pause si les prix de l’énergie restent sages. D’ici là, les opérateurs scruteront les chiffres d’inflation, de chômage et de salaires en zone euro pour jauger la suite. Mais l’essentiel se joue ailleurs : tant que la Fed maintient le cap restrictif et que le dollar reste roi, l’euro aura du mal à se redresser, quoi que décide Francfort.

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