Ce qu’il faut retenir :
- La Banque d’Angleterre a maintenu ses taux à 3,75 % jeudi par 8 voix contre 1, pour la troisième réunion consécutive.
- Le gouverneur Andrew Bailey a signalé que la BoE pourrait devoir relever ses taux si le choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient persiste.
- L’inflation en zone euro a accéléré plus que prévu à 3 % en avril, tandis que la croissance a ralenti à 0,1 % au T1, illustrant le piège stagflationniste qui menace l’Europe.
La Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu son taux directeur à 3,75 % jeudi, un statu quo largement anticipé par les marchés. Le Monetary Policy Committee a voté à 8 contre 1 en faveur du maintien, la troisième pause consécutive après six baisses de taux depuis le pic à 5,25 % en 2023.
Bailey prépare le terrain pour une hausse
Le message du gouverneur Andrew Bailey dépasse le simple maintien. La BoE a explicitement signalé qu’elle pourrait être amenée à relever les taux dans les prochains mois si le choc énergétique provoqué par la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran se prolonge. Le Brent a frôlé les 120 $ cette semaine, son plus haut niveau depuis le début du cessez-le-feu.
Bailey a qualifié le maintien à 3,75 % de “position raisonnable compte tenu de la situation de l’économie et de l’imprévisibilité des événements au Moyen-Orient”. Il a ajouté que la BoE surveillerait “de très près” l’impact sur l’économie britannique.
C’est un revirement potentiellement historique pour une banque centrale qui était encore en mode assouplissement il y a quelques mois. Le Royaume-Uni s’est montré particulièrement vulnérable au choc pétrolier : le rendement du gilt à 10 ans a franchi les 5 % cette semaine, et celui à 30 ans a touché 5,7 %, proche de son record du siècle.
La livre et les gilts stables après la décision
Les marchés n’ont pas été surpris. La livre sterling est restée quasiment inchangée, en légère hausse de 0,4 % face au dollar à 1,352 $. Les rendements des gilts à deux ans ont légèrement reculé de 0,07 point à 4,52 %, profitant d’un repli temporaire des cours pétroliers.
Les marchés dérivés anticipent deux à trois hausses de taux de la BoE d’ici décembre, un scénario qui aurait paru impensable en début d’année.
L’Europe entière prise dans le piège stagflationniste
La décision de la BoE s’inscrit dans une journée chargée en données économiques européennes. L’inflation en zone euro a accéléré plus que prévu à 3 % en avril, sous l’effet direct du choc énergétique. Dans le même temps, la croissance du PIB de la zone a ralenti à 0,1 % au premier trimestre, confirmant le risque de stagflation, cette combinaison redoutée d’inflation élevée et de croissance atone.
La BCE devait annoncer sa propre décision de politique monétaire jeudi après-midi. Les marchés anticipent désormais trois hausses d’un quart de point de la BCE d’ici la fin de l’année. Aux États-Unis, la Fed a maintenu ses taux mercredi à 3,5-3,75 % avec quatre dissidences sans précédent depuis 1992.
Les banques centrales des deux côtés de l’Atlantique se retrouvent dans une position inconfortable : une inflation importée par l’énergie contre laquelle les hausses de taux sont un outil imparfait, au moment où la croissance faiblit.
Ce qu’il faut surveiller
La prochaine réunion de la BoE sera déterminante. Si le Brent se maintient au-dessus des 100 $ et que l’inflation britannique poursuit sa remontée, une hausse de taux deviendrait probable, inversant complètement le cycle d’assouplissement entamé en 2024. Le chiffre du PIB américain du T1, publié jeudi, et l’évolution des négociations entre Washington et Téhéran sur la réouverture du détroit d’Ormuz dicteront le tempo des banques centrales dans les semaines à venir.
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