Ce qu’il faut retenir :
- Donald Trump annonce une campagne de pression économique maximale contre l’Iran.
- Tout pays offrant une bouée de sauvetage à Téhéran s’exposerait à des conséquences économiques.
- Le Brent a dépassé 94 dollars le baril, au plus haut depuis près d’un mois.
Donald Trump a annoncé mercredi soir une nouvelle campagne de guerre économique contre l’Iran, en avertissant que tout pays commerçant avec la République islamique en subirait des conséquences. Le Brent a franchi 94 dollars le baril jeudi, son plus haut niveau depuis près d’un mois.
Ce qu’annonce le président américain
Sur son réseau Truth Social, le président américain décrit l’opération économique la plus écrasante jamais menée contre un pays, qu’il qualifie de jour J économique, en appelant les alliés des États-Unis à isoler l’Iran.
La menace vise explicitement les pays tiers. Tout État qui laisserait ses institutions financières, ses entreprises, ses aéroports ou ses administrations offrir une forme de soutien à Téhéran ferait face à des conséquences économiques considérables. Le message cite six canaux précis : contrebande pétrolière, lignes d’échange de devises, transferts de fonds, bureaux de change, registres d’immatriculation de navires et sociétés-écrans.
Scott Bessent, secrétaire au Trésor, a indiqué jeudi qu’il tiendrait une conférence de presse lundi pour détailler les mesures.
Les Émirats ont déjà rompu leurs liens commerciaux
Le signal le plus concret est venu d’Abou Dabi. Les Émirats arabes unis, l’un des plus proches alliés régionaux de Washington mais aussi une plaque tournante commerciale essentielle pour l’Iran, ont annoncé mardi la suspension de leurs échanges avec Téhéran.
La décision est intervenue quelques heures après que le pays a accusé l’Iran d’avoir tiré deux missiles balistiques en direction de son territoire, ce que Téhéran a démenti. Le ministère émirien des Affaires étrangères a précisé que l’ensemble des échanges commerciaux et des transactions financières avec l’Iran était interrompu jusqu’à nouvel ordre.
Pourquoi Washington change de méthode
Cette offensive suit l’échec de plusieurs semaines de tractations. Les discussions sur la réouverture complète du détroit d’Ormuz ont buté sur les conditions posées par Téhéran : la levée du blocus naval américain sur ses ports et l’accès à ses avoirs gelés à l’étranger.
Le président américain, qui affirmait cette semaine qu’aucune discussion n’était en cours, mise désormais sur l’étranglement d’une économie iranienne déjà mal en point, marquée par une inflation galopante et un rial au plus bas. Un diplomate arabe décrit un passage à une stratégie de patience stratégique.
La guerre, entrée dans son sixième mois, s’est transformée en épreuve de volonté, chaque camp estimant pouvoir infliger à l’autre plus de dommages économiques qu’il n’en subira.
Combien de pétrole passe encore par Ormuz ?
Les chiffres divergent du simple au double selon les sources. Chris Wright, secrétaire américain à l’Énergie, affirmait la semaine dernière que la moyenne sur sept jours des sorties de brut par le détroit atteignait près de 9 millions de barils par jour.
La plupart des opérateurs de marché situent ce volume entre 4 et 6 millions de barils, tout en rappelant la difficulté de l’estimation : certains pétroliers naviguent transpondeurs éteints.
Le point de comparaison donne la mesure de la crise. Avant la guerre, environ 20 millions de barils de brut et de produits raffinés transitaient chaque jour par ce passage. L’Arabie saoudite et les Émirats acheminent désormais une partie de leur production par oléoducs pour l’éviter.
Téhéran balaie la menace
La réponse iranienne est venue du chef de la diplomatie. Abbas Araghchi a présenté sur X ce jour J économique comme une diversion destinée à masquer la crise américaine, marquée selon lui par une dette sans précédent et une envolée des charges d’intérêt. Il ajoute que persister dans des politiques qui ont échoué ne produira que de nouveaux revers.
Les analystes doutent de l’efficacité de cette pression. La République islamique vit sous sanctions renforcées depuis 2011, y compris la campagne de pression maximale imposée durant le premier mandat de Donald Trump, et considère disposer d’un seuil de tolérance à la douleur supérieur à celui de Washington.
“Trump semble une fois de plus sous-estimer la détermination des dirigeants iraniens”, estime Sanam Vakil, de Chatham House, pour qui le pouvoir voit dans la résistance, et non dans la capitulation, la seule voie de survie du régime.
Et maintenant ?
Trois échéances rythment les prochains jours. La conférence de presse de Scott Bessent lundi, qui précisera le contenu réel des mesures. La réaction des partenaires commerciaux de l’Iran ensuite, après le précédent émirien. Et la trajectoire du baril, dont la remontée vers 94 dollars alimente déjà les anticipations d’inflation et pèse sur des taux longs américains revenus à leurs plus hauts niveaux depuis 2007.
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