Ce qu’il faut retenir :
- L’économie américaine a créé 162 000 emplois en août, contre 55 000 attendus.
- Le chiffre de juillet est révisé de 23 000 destructions à 21 000 créations.
- La probabilité d’une hausse des taux le 16 septembre passe de 50 % à environ 60 %.
L’économie américaine a créé 162 000 emplois en août, un chiffre bien supérieur aux 55 000 anticipés par les économistes interrogés par Bloomberg. La publication du Bureau of Labor Statistics tombe à deux semaines d’un vote déterminant de la Réserve fédérale sur ses taux directeurs.
Une révision qui change la lecture des mois précédents
Le mois de juillet ressort transformé par cette publication. L’estimation initiale faisait état de 23 000 destructions d'emplois, un chiffre qui avait alors nourri l’idée d’un marché du travail en train de céder. La révision le porte à 21 000 créations.
Le taux de chômage reste stable à 4,1 %.
Un élément tempère toutefois ce tableau. Les salaires horaires progressent de 3,1 % sur un an, soit un rythme inférieur à celui de l’inflation, mesurée à 3,7 % par l’indice PCE en juillet. Le pouvoir d’achat des salariés continue donc de reculer malgré la vigueur des embauches.
Ce que ce chiffre change pour la Fed
Le chiffre d’aujourd’hui fait pencher la balance de plus en plus en faveur d’une hausse.
La publication conforte la lecture défendue par Kevin Warsh, président de l’institution, qui affirmait la semaine dernière que le marché du travail se portait bien malgré une série de chiffres décevants plus tôt dans l’année.
Elle renforce surtout la position qu’il a exposée à Jackson Hole, selon laquelle la priorité de la banque centrale doit porter sur les prix.
“Le chiffre d’aujourd’hui fait pencher la balance de plus en plus vers une hausse”, estime Jason Granet, directeur des investissements chez BNY.
Andrew Hollenhorst, chef économiste États-Unis chez Citigroup, formule le même diagnostic : ce rapport favorise à la marge les faucons de la Fed, en retirant le marché du travail de la liste des sujets d’inquiétude pour concentrer l’attention sur l’inflation.
Stephen Brown, chef économiste Amérique du Nord chez Capital Economics, va plus loin encore. Même la colombe la plus convaincue aurait du mal à trouver dans ce rapport de quoi justifier un maintien des taux.
La réaction immédiate des marchés
Les prix se sont ajustés dans la foulée. Le rendement du Treasury à deux ans, qui reflète les anticipations de politique monétaire, a gagné 0,04 point de pourcentage, à 4,38 %.
Les marchés à terme ont relevé leurs paris sur une hausse d’un quart de point ce mois-ci, la probabilité passant de 50 % à environ 60 %. Le dollar a progressé d’environ 0,2 % face à un panier de six devises.
Ce mouvement efface le repli enregistré jeudi, quand les déclarations du gouverneur Christopher Waller avaient fait retomber ces anticipations. Ce dernier s’était dit enclin à soutenir un maintien des taux si les données d’inflation s’amélioraient dans les prochaines semaines.
Trump réclame l’inverse
Le président américain a réagi à ce rapport favorable en demandant précisément le contraire de ce que les marchés anticipent.
Il appelle à baisser les taux au motif que les États-Unis constituent une bien meilleure signature de crédit qu’il y a peu, en affirmant qu’un pays fort signifie un taux plus bas. Il exhorte le conseil de la Fed, dirigé selon ses termes par un excellent nouveau responsable, à faire preuve d’intelligence et de patriotisme.
Rappelons qu’il milite depuis des mois pour une réduction marquée des coûts d'emprunt, et qu’il a lui-même nommé l’actuel président de l’institution.
Et maintenant ?
Un seul chiffre reste à venir avant la décision du 16 septembre : l’indice des prix à la consommation d’août, attendu le 11.
“À moins d’obtenir un chiffre d’inflation faible, cela rend une hausse en septembre assez probable”, résume Mike Bell, responsable de la stratégie de marché chez RBC BlueBay Asset Management.
La divergence exposée cette semaine par Christopher Waller garde toute son actualité. Le gouverneur avait conditionné son vote aux données d’inflation, pas à celles de l'emploi. Le rapport de vendredi ne le contredit donc pas frontalement, il réduit en revanche la marge de manœuvre de ceux qui plaidaient pour le statu quo au nom d’un marché du travail fragilisé.
Pour les actifs risqués, le mouvement est déjà engagé. Le bitcoin avait repassé les 81 000 dollars jeudi sur le recul des anticipations de hausse, précisément le raisonnement que ce chiffre vient d’inverser.
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