Ce qu’il faut retenir :
- Le Brent recule de 5 % à 83,53 dollars le baril après l’annonce d’une reprise des discussions.
- Donald Trump affirme avoir annulé une attaque majeure à la demande de ses alliés du Golfe.
- Téhéran dément toute négociation en cours avec Washington et privilégie un accord avec Oman.
Le Brent a chuté de 5 %, à 83,53 dollars le baril, à l’ouverture de la semaine en Asie, après l’annonce par Donald Trump d’une reprise des négociations avec l’Iran ce lundi. Le président américain affirme avoir renoncé à des frappes de grande ampleur, qu’il présente comme la plus vaste attaque depuis la Seconde Guerre mondiale, prévues samedi.
Pourquoi Donald Trump a-t-il annulé ses frappes ?
On était fin prêts à partir, mais quand les alliés ont demandé d’annuler l’opération, il fallait bien se dire : « Bon, voyons voir… »
À la demande de ses alliés, explique-t-il. Les Américains étaient prêts à lancer l’opération, mais les partenaires du Golfe ont plaidé pour l’attendre, estimant qu’un accord restait possible sur la réouverture du détroit d’Ormuz et sur l’arrêt du programme nucléaire iranien.
Le président américain dit avoir échangé avec Mohammed ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite, pour qui l’accord était imminent. Riyad a confirmé cet appel, en insistant sur la nécessité de tout tenter pour obtenir le calme et ouvrir la voie à des solutions diplomatiques.
L’intervention a été coordonnée. D’après un diplomate informé des discussions, des responsables qatariens, saoudiens et émiratis ont appelé leurs homologues américains ensemble pour convaincre Washington de s’en tenir à la voie diplomatique. Les États du Golfe redoutaient qu’une reprise des frappes ne déclenche des combats d’ampleur régionale, avec le risque de voir les Houthis, engagés dans une escalade contre l’Arabie saoudite, tenter de fermer le Bab al-Mandab, autre passage stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden.
Téhéran dément négocier avec Washington
La version iranienne raconte autre chose. Lundi matin, Esmaeil Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a affirmé que son pays ne menait aucune négociation avec les États-Unis à ce stade, et concentrait ses efforts sur des discussions avec Oman pour définir un itinéraire temporaire permettant la reprise du trafic maritime dans le détroit.
Le sujet iranien avec Washington, a-t-il ajouté, sera traité à un stade ultérieur. Les négociations en cours, selon lui, concernent deux États côtiers, les autres pouvant y jouer un rôle constructif ou destructeur.
Où en sont les discussions entre l’Iran et Oman ?
Ces pourparlers constituent le vrai point de blocage. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a indiqué dimanche devant le conseil des ministres que les négociations avec Oman, dont les eaux territoriales traversent le détroit, entraient dans leur phase finale.
Le porte-parole a toutefois prévenu lundi qu’un accord avec Oman ne suffirait pas à garantir la sécurité de la navigation. Tant que le blocus naval américain contre l’Iran perdure et que les opérations militaires continuent, le statu quo dans le détroit ne changera pas, a-t-il averti.
Le désaccord porte sur le tracé. Téhéran veut une route inédite, différente de celles utilisées jusqu’ici, et refuse la route dite du sud, qui longe la côte omanaise, qualifiée de dangereuse pour ses intérêts de sécurité nationale. Oman, de son côté, rechigne à céder du terrain sur sa souveraineté.
Comment le conflit en est arrivé là
La séquence remonte à l’hiver. L’Iran a fermé le détroit d’Ormuz après les premières frappes américaines et israéliennes du 28 février, déclenchant une crise énergétique mondiale sur un passage par lequel transitait un cinquième du pétrole de la planète avant la guerre.
Un mémorandum d’entente signé le 17 juin devait prolonger de 60 jours le cessez-le-feu d’avril et ramener progressivement le trafic maritime à ses niveaux d’avant-guerre, avant l’ouverture de négociations sur un règlement définitif. L’accord intérimaire s’est effondré lorsque l’Iran a commencé à attaquer les navires empruntant la route du sud, jugée non autorisée par Téhéran, qui entend garder le contrôle de ce goulot d’étranglement comme principal levier face à Washington. Les États-Unis ont riposté par des frappes, suivies de tirs de missiles et de drones iraniens sur des bases américaines de la région.
Et maintenant ?
Sept pays de l’Opep+, Arabie saoudite et Russie en tête, ont appelé dimanche à une désescalade des attaques contre les infrastructures énergétiques et jugé indispensable la réouverture des routes maritimes.
Deux points détermineront la suite. La conclusion effective de l’accord entre l’Iran et Oman sur un nouveau tracé, d’abord, sachant que les médiateurs ont déjà cru toucher au but à plusieurs reprises avant de voir le processus se rompre. La position américaine ensuite, alors que Téhéran conditionne toute normalisation à la levée du blocus naval, et que Donald Trump, à court de patience sur ce dossier, a multiplié les menaces de nouvelles frappes ces dernières semaines.
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