Ce qu’il faut retenir :
- Le Brent a bondi de 7,3 % mercredi pour atteindre 119,45 $, sa huitième séance de hausse consécutive et un niveau proche du pic de la guerre à 119,50 $.
- Donald Trump a signalé son intention de maintenir le blocus naval du détroit d’Ormuz tant que l’Iran n’accepterait pas un accord sur son programme nucléaire.
- Les marchés obligataires européens décrochent : les traders anticipent désormais trois hausses de taux de la BCE d’ici fin 2026 et deux à trois de la Banque d’Angleterre.
Le Brent a touché 119,45 $ le baril mercredi, en hausse de 7,3 % sur la seule séance. C’est la huitième journée consécutive de gains, la plus longue série en près de quatre ans. Le brut américain WTI a grimpé de 5,7 % à 105,65 $. Les prix se rapprochent du pic de 119,50 $ atteint début mars, au plus fort du conflit.
Trump veut “étouffer” l’Iran par le blocus
La flambée s’est accélérée après des déclarations de Donald Trump à Axios. Le président américain a clairement indiqué qu’il comptait maintenir le blocus naval du détroit d’Ormuz jusqu’à ce que Téhéran accepte un accord couvrant son programme nucléaire.
“Le blocus est en quelque sorte plus efficace que les bombardements. Ils étouffent. Et ça va empirer pour eux. Ils ne peuvent pas avoir l’arme nucléaire”, a déclaré Trump. “Ils veulent négocier. Ils ne veulent pas que je maintienne le blocus. Moi, je ne veux pas le lever, parce que je ne veux pas qu’ils aient l’arme nucléaire.”
Le transit par le détroit d’Ormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial avant le conflit, reste quasiment à l’arrêt en raison de la menace iranienne et du blocus américain.
Le marché intègre un blocus de plusieurs mois
Le changement de ton est net. Les marchés, qui pariaient jusqu’ici sur une réouverture rapide du détroit, commencent à intégrer un scénario de perturbation prolongée. Hamad Hussain de Capital Economics note que les traders réagissent à “la spéculation croissante que le blocus américain pourrait durer des mois, et non des jours ou des semaines”.
“Le pétrole va gagner plusieurs dollars chaque jour tant qu’il n’y aura pas de fin en vue”, prévient Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank. “Les marchés se resserrent et les prix doivent refléter cette réalité.”
“Ce qui a commencé comme une perturbation géopolitique s’installe désormais dans une phase plus persistante”, résume Nadège Dufossé, responsable mondiale du multi-actif chez Candriam.
Le départ des EAU de l’OPEP n’a pas calmé les cours
Les traders ont ignoré le potentiel baissier de la sortie des Émirats arabes unis de l’OPEP annoncée mardi. Les EAU produisent actuellement bien en dessous de leur quota, leur capacité d’export étant paralysée par la menace iranienne sur le trafic maritime. HSBC estime que si le détroit rouvre, les EAU pourraient porter leur production à 4,5 millions de barils par jour, soit plus d’un million au-dessus de leur niveau d’avant-guerre.
Mais tant que le détroit reste fermé, cette capacité supplémentaire reste théorique.
Les banques centrales sous pression
La flambée pétrolière provoque un rééquilibrage brutal des anticipations de politique monétaire. Le rendement du gilt britannique à deux ans a franchi les 4,5 % pour la première fois depuis fin mars. Les rendements italiens de même maturité ont progressé dans des proportions similaires.
Les marchés dérivés anticipent désormais trois hausses de taux d’un quart de point de la BCE d’ici la fin de l’année. La Banque d’Angleterre est attendue pour deux à trois relèvements d’ici décembre. Un virage radical pour des banques centrales qui envisageaient encore des baisses il y a quelques mois.
Ce qu’il faut surveiller
Le seuil des 120 $ est désormais à portée immédiate. Si le Brent le franchit durablement, le scénario “pire cas” de Goldman Sachs à 120 $ au T4 deviendrait le scénario de base dès le T2.
La réponse de l’Iran à la pression du blocus, les éventuelles mesures d’urgence de l’Agence internationale de l’énergie (libération de stocks stratégiques) et la capacité des économies européennes à absorber un choc inflationniste simultané à un resserrement monétaire détermineront la suite.
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