Ce qu’il faut retenir :
- Les ministres des finances du G7 se réunissent lundi pour discuter d’un lâcher coordonné de réserves stratégiques de pétrole via l’AIE.
- Certains responsables américains évoquent une libération de 300 à 400 millions de barils, soit 25 à 30 % des stocks de l’AIE.
- Le Brent a bondi jusqu’à 118 $ le baril lundi avant de refluer jusqu’à 100 $ après l’annonce de la réunion d’urgence.
Réunion d’urgence à 14h30 heure de Paris
Les ministres des finances du G7 tiendront une conférence téléphonique d’urgence ce lundi à 8h30 heure de New York (14h30 à Paris) avec Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pour évaluer l’impact de la guerre contre l’Iran sur les marchés de l’énergie. Trois pays du G7, dont les États-Unis, ont déjà exprimé leur soutien à un lâcher coordonné de pétrole issu des réserves stratégiques.
L’option sur la table est massive. Selon des responsables américains, une libération de 300 à 400 millions de barils serait envisagée, soit entre 25 et 30 % des 1,2 milliard de barils de réserves publiques détenues par les 32 pays membres de l’AIE. Les États-Unis et le Japon représentent à eux seuls environ 700 millions de barils de ce total.
Si elle se concrétise, cette intervention serait la plus importante depuis les lâchers coordonnés de 2022, déclenchés après l’invasion russe de l’Ukraine. Ce serait aussi la sixième libération collective de l’histoire de l’AIE, un mécanisme créé en 1974 après l'embargo pétrolier arabe.
Le Brent à 116 $ : un choc que les marchés ne peuvent plus ignorer
Le Brent, référence internationale, a bondi de 24 % en séance asiatique lundi pour atteindre 118 $ le baril sur Hyperliquid, avant de retomber autour de 110,85 $ après les premières fuites sur la réunion du G7, flirtant désormais avec les 100 $. Le WTI américain a suivi la même trajectoire, grimpant jusqu’à 116,45 $ (+28 %) avant de refluer vers 108 $.
La flambée a des conséquences immédiates pour les consommateurs américains : le prix moyen de l’essence est passé de 2,98 $ le gallon il y a une semaine à 3,45 $ dimanche, et la tendance reste haussière. La Chine, l’Inde, la Corée du Sud, le Japon, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, tous gros importateurs de brut, sont encore plus exposés au choc.
Un virage à 180° pour l’administration Trump
La décision d’envisager un recours aux réserves stratégiques marque un revirement net pour la Maison Blanche, qui affirmait encore la semaine dernière qu’un tel lâcher ne serait pas nécessaire. Mais l’ampleur historique de la hausse du brut n’a laissé que peu de marge aux décideurs.
Donald Trump a tenté de minimiser la situation dimanche soir sur Truth Social, qualifiant la hausse des prix du pétrole de prix “très faible à payer pour la sécurité et la paix des États-Unis et du monde”. Une posture qui contraste avec les critiques croissantes au sein même du camp républicain, où certains élus reprochent au président de consacrer trop de temps aux affaires étrangères au détriment du pouvoir d’achat des Américains.
La Chine, variable silencieuse de l’équation
Pékin, qui n’est pas membre à part entière de l’AIE, dispose de ses propres réserves considérables, accumulées au cours des douze derniers mois. Les analystes estiment que la Chine détient entre 1,1 et 1,4 milliard de barils, de quoi couvrir environ 140 jours de ses importations. Une éventuelle coordination avec la Chine pourrait amplifier l’effet d’une libération de stocks, mais rien n’indique pour l’instant que Pékin soit partie prenante des discussions du G7.
Ce qu’il faut surveiller
L’issue de la réunion de lundi sera déterminante pour la trajectoire des marchés cette semaine. Le cabinet d’analyse Rapidan Energy Group a prévenu que les membres de l’AIE subiraient une “pression intense” pour libérer leurs stocks stratégiques.
Le ministre de l’énergie du Qatar, Saad al-Kaabi, a été plus alarmiste encore, avertissant vendredi que le conflit pourrait faire “s’effondrer les économies du monde” et prédisant un arrêt de la production des exportateurs du Golfe sous quelques jours. Si le détroit d’Ormuz reste effectivement fermé et que le lâcher de réserves s’avère insuffisant, le baril à 120 $ ou au-delà n’est plus un scénario théorique.
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