Ce qu’il faut retenir :
- eBay a formellement rejeté l’offre hostile de 56 milliards de dollars de GameStop, la jugeant “ni crédible ni attractive”.
- Le conseil d’eBay cite l’incertitude du financement, l’endettement excessif, les risques opérationnels et la gouvernance de GameStop comme motifs de refus.
- Ryan Cohen promet de ne pas abandonner et pourrait lancer un proxy fight pour s’adresser directement aux actionnaires d’eBay.
eBay ferme la porte. Le géant de la revente en ligne a rejeté mardi l’offre non sollicitée de 56 milliards de dollars lancée par GameStop début mai, la qualifiant dans une lettre au CEO Ryan Cohen de “ni crédible ni attractive”. Le conseil d’administration a pointé l’incertitude autour du financement, le levier d’endettement impliqué, les risques opérationnels d’une fusion et les questions de gouvernance chez GameStop.
Un financement conditionné à une notation investment grade
Le rejet s’appuie sur des arguments concrets. L’offre de 125 $ par action (moitié cash, moitié titres) était adossée à un engagement de TD Bank pour 20 milliards de dollars de dette. Mais dans une lettre publiée mardi dans un dépôt réglementaire, TD Bank a précisé que sa “haute confiance” dans le financement était conditionnée à l’obtention par GameStop d’une notation investment grade auprès d’au moins deux des trois principales agences. Pour une entreprise valorisée 10,3 milliards de dollars tentant d’en absorber une de plus de quatre fois sa taille, cette condition ressemble à un obstacle quasi infranchissable.
GameStop dispose certes d’une trésorerie de 9 milliards de dollars, qu’il comptait mobiliser pour l’opération. Mais le ratio d’endettement de l’entité combinée inquiète le conseil d’eBay.
Cohen promet d’être “une épine dans le pied”
Le rejet ne surprend pas, mais la réaction de Cohen non plus. Le CEO de GameStop avait prévenu la semaine dernière dans un entretien avec le Financial Times :
Plus eBay me combat, plus je vais insister. Je ne vais pas accepter un non. Je ne partirai pas. Je suis une épine dans le pied.
Cohen avait défendu son offre sur CNBC, expliqué sa structure et déclenché une vague de mèmes sur les réseaux sociaux. Il avait même créé une page eBay vendant des produits dérivés GameStop et des cartes de baseball vintage pour contribuer symboliquement au financement.
Le passage au proxy fight, c’est-à-dire un appel direct aux actionnaires d’eBay pour contourner le conseil d’administration, est désormais l’étape logique. GameStop détient une participation de 5 % dans eBay, accumulée depuis février, qui lui donne une base pour engager ce combat.
Les deux actions reculent
Les marchés ont sanctionné les deux parties. L’action eBay reculait de 1 % en pré-marché mardi à New York. GameStop chutait de 4,6 %. Le marché semble douter à la fois de la capacité de Cohen à forcer la main d’eBay et de l’intérêt stratégique d’une fusion entre un détaillant physique de jeux vidéo en déclin et une place de marché en ligne en quête de second souffle.
eBay avait publié de solides résultats au T1, avec un volume brut de marchandises en hausse de 18 % à 22,2 milliards de dollars et un bénéfice de 512 millions. Le groupe prépare par ailleurs le rachat de Depop auprès d’Etsy pour 1,2 milliard de dollars.
Ce qu’il faut surveiller
La bataille passe désormais dans le camp des actionnaires. Cohen devra convaincre les investisseurs institutionnels d’eBay que sa vision d’un géant du recommerce combinant magasins physiques et marketplace en ligne a du sens. Ses chances sont minces : l’écart de taille, les conditions de financement et la gouvernance atypique de GameStop jouent contre lui.
Mais Cohen a déjà défié les pronostics en 2021, quand personne ne l’imaginait transformer un détaillant moribond en phénomène boursier. Le proxy fight, s’il est lancé, sera suivi comme le feuilleton corporate le plus improbable de 2026.
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