Ce qu’il faut retenir :
- Ottawa impose des droits allant jusqu’à 50 % sur 20 milliards de dollars d’importations américaines.
- Les nouvelles taxes entrent en vigueur le 8 septembre et visent l’acier, les produits laitiers et le matériel agricole.
- Le gouvernement débloque en parallèle 5,5 milliards de dollars pour soutenir ses entreprises.
Le Canada a annoncé mardi des droits de douane de rétorsion pouvant atteindre 50 % sur 20 milliards de dollars d’importations américaines, au lendemain de l’annonce par Donald Trump d’une hausse des taxes sur les voitures canadiennes.
François-Philippe Champagne, ministre des Finances, a publié une liste de 99 pages recensant des centaines de produits américains concernés à partir du 8 septembre, dont l’acier, les produits laitiers et le matériel agricole.
Une riposte calibrée sur les mesures américaines
Nos contre-droits de douane, équivalents en montant et en taux, ainsi qu’un plan de soutien de plusieurs milliards de dollars, protégeront les travailleurs, les agriculteurs, les familles et les entreprises tandis que nous bâtissons une économie canadienne plus forte, plus résiliente et plus diversifiée.
Le principe retenu tient en une formule : taux pour taux. Ottawa applique des contre-tarifs de 15 %, 25 % ou 50 % selon les catégories, en reproduisant exactement les niveaux imposés par Washington sur les exportations canadiennes équivalentes.
“Quand les États-Unis ont demandé trop et offert trop peu, nous avons choisi de défendre les Canadiens”, a déclaré le ministre, en référence aux négociations commerciales rompues vendredi.
Les analystes y voient une réponse mesurée. Edward Alden, chercheur au Council on Foreign Relations, décrit une riposte proportionnelle classique, apparemment conçue pour remettre les négociations sur les rails. Robert Wolfe, professeur émérite à l’université Queen’s de Kingston, parle du minimum que le pays pouvait faire, en relevant qu’Ottawa ne pouvait pas rester sans réagir.
Ces analystes ajoutent toutefois que ces nouvelles taxes créeront davantage d’incertitude pour les entreprises des deux pays.
Un plan de soutien de 5,5 milliards de dollars
Le gouvernement canadien accompagne sa riposte d’un dispositif d’aide de 5,5 milliards de dollars destiné aux entreprises et aux travailleurs frappés par les mesures américaines.
Mélanie Joly, ministre de l’Industrie, promet une approche flexible et adaptable aux besoins des entreprises. Elle appelle par ailleurs les consommateurs à soutenir les commerces locaux, en faisant valoir qu’acheter canadien protège des emplois autant que cela exerce une pression sur Washington.
Le secteur forestier figure parmi les plus touchés. Derek Nighbor, président de l’association des produits forestiers du Canada, indique que les droits et taxes frappant des milliards de dollars de production s’échelonnent désormais de 25 % à 85 %. L’ajout de mesures prises au titre de la Section 338 pendant le week-end rend selon lui un soutien fédéral immédiat indispensable pour maintenir les sites en activité.
Une escalade qui s’accélère depuis une semaine
La séquence s’est enchaînée en quelques jours. Le Premier ministre canadien Mark Carney a suspendu les discussions commerciales avec Washington jeudi soir. Les droits de douane américains visant 20 milliards de dollars de produits canadiens sont entrés en vigueur samedi.
Donald Trump a annoncé lundi une augmentation des taxes sur les voitures et pièces automobiles canadiennes à compter du 1er janvier, avant de menacer mardi de rebaptiser le lac Ontario en lac America.
Un calendrier politique délicat pour Washington
Ces tensions surviennent à un moment défavorable pour l’économie américaine. La Maison-Blanche affronte une inflation qui résiste, avec des prix en hausse de 3,4 % sur un an en juillet, et un mécontentement croissant des électeurs sur sa gestion économique.
Les élections de mi-mandat se tiennent dans quelques semaines, et les républicains y jouent leur contrôle des deux chambres du Congrès. Des droits de douane supplémentaires sur des biens importés se répercutent en général sur les prix à la consommation, ce qui place l’administration devant une équation contradictoire.
Et maintenant ?
Deux échéances rythment la suite. L’entrée en vigueur des mesures canadiennes le 8 septembre, d’abord, qui laisse une fenêtre de deux semaines pour une reprise des discussions. La hausse américaine sur l’automobile au 1er janvier ensuite, qui frapperait un secteur intégré de part et d’autre de la frontière, où les composants traversent plusieurs fois la ligne avant l’assemblage final.
L’enjeu dépasse les deux pays. Washington accuse par ailleurs plus de 40 États de faciliter le contournement de ses droits de douane par la Chine, et prépare des sanctions contre les partenaires commerciaux de l’Iran. La politique commerciale américaine ouvre désormais des fronts simultanés, à un moment où les marchés obligataires scrutent chaque signal inflationniste.
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