Ce qu’il faut retenir :
- Les États-Unis imposent des droits d’au moins 10 % à 60 pays, dont l’Union européenne, le Japon et le Royaume-Uni.
- Washington s’appuie cette fois sur la section 301 du Trade Act de 1974 et invoque le travail forcé.
- Le pétrole, le gaz, les engrais et les échanges couverts par l’accord avec le Canada et le Mexique sont exemptés.
Les États-Unis ont imposé ce vendredi de nouveaux droits de douane d’au moins 10 % à 60 pays, au moment précis où expiraient les taxes globales de 10 % mises en place par Donald Trump. Le Royaume-Uni, le Mexique, l’Union européenne, le Japon, Taïwan et la Corée du Sud se voient appliquer des taux allant de 10 à 12,5 %.
La manœuvre a une histoire. La Cour suprême a jugé illégales, plus tôt cette année, les surtaxes décidées après l’événement dit du “jour de la libération” d’avril 2025. Washington avait alors répliqué par un régime global de 10 %, mais fondé sur une loi n’autorisant qu’une perception temporaire, avec une échéance fixée au 24 juillet. D’où la nécessité de trouver, une fois encore, un nouveau support juridique.
Pourquoi Trump invoque le travail forcé
Alors que ses droits de douane mondiaux expirent ce soir, Trump se replonge une nouvelle fois dans les textes de loi à la recherche d’un quelconque fondement juridique lui permettant de les maintenir en vigueur. L’argument avancé aujourd’hui, celui du travail forcé, est trop commode pour être pris au sérieux.
Richard Neal, représentant américain
Le représentant américain au commerce a publié un avis désignant la section 301 du Trade Act de 1974 comme base légale des nouvelles mesures, ce qui permet à l’administration de se passer des pouvoirs d’urgence contestés devant les tribunaux. Sur le fond, elle reproche aux 60 économies visées de ne pas interdire ni faire appliquer l’interdiction d’importer des biens produits grâce au travail forcé. Ces droits font suite à une enquête ouverte par l’administration sur ces pratiques, dans le cadre plus large de sa recherche de fondements juridiques alternatifs.
Un haut responsable américain défend une mesure censée rétablir l’équité pour les travailleurs américains et pousser les partenaires commerciaux à éliminer le travail forcé des chaînes d’approvisionnement mondiales. Côté démocrate, l’argument passe mal. Richard Neal, chef de file de l’opposition à la commission chargée du commerce, estime que Trump feuillette les recueils de lois à la recherche de n’importe quelle autorité pour maintenir ses taxes, et juge la justification par le travail forcé “trop commode pour être prise au sérieux”.
Qui est touché et qui échappe aux nouveaux droits
Les exemptions dessinent une carte lisible des intérêts américains. Sont épargnés le pétrole, le gaz et les engrais, ainsi que d’autres biens que les États-Unis ne produisent pas. Les marchandises déjà frappées par des droits distincts au titre de la sécurité nationale bénéficient également de dérogations.
Surtout, les échanges couverts par l’accord commercial signé par Trump en 2020 avec le Canada et le Mexique restent hors du champ, ce qui offre un répit aux deux plus gros partenaires commerciaux des États-Unis. Un répit relatif pour Ottawa : le président a dévoilé lundi des droits de 50 % sur certains produits canadiens, en s’appuyant sur une loi obscure. La semaine précédente, il avait déjà imposé 25 % sur de nombreuses importations brésiliennes.
Comment ont réagi les partenaires commerciaux
Bruxelles fait le dos rond. Un porte-parole de la Commission européenne estime que ces droits sont conformes à ce que l’Union et les États-Unis ont conclu dans leur accord commercial de l’an dernier, et y voit une dynamique favorable pour discuter d’exemptions supplémentaires. Pour mémoire, l’Union avait accepté en 2025 de supprimer ses droits sur les biens industriels américains et certains produits agricoles, en échange d’un plafonnement à 15 % des taxes américaines sur la plupart des marchandises européennes.
Ailleurs, le ton est plus rude. Le ministère chinois des Affaires étrangères a redit son opposition à toute mesure tarifaire unilatérale, en rappelant que les guerres commerciales ne profitent à personne. Le porte-parole du gouvernement japonais, Minoru Kihara, a qualifié la décision de regrettable. Don Farrell, ministre australien du Commerce, juge les 12,5 % appliqués aux exportations de son pays injustifiés et contraires à l’accord de libre-échange bilatéral, et demande leur retrait. Le ministre singapourien des Affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, affirme pour sa part qu’aucune base technique ou économique ne justifie de taxer son pays.
Ce qu’il faut surveiller
La question centrale reste juridique. La section 301 offre un terrain plus solide que les pouvoirs d’urgence retoqués par la Cour suprême, mais elle suppose de démontrer des pratiques déloyales pays par pays, ce qui ouvre la voie à de nouveaux recours. À court terme, deux points de tension méritent l’attention : la réponse des partenaires asiatiques, jusqu’ici cantonnée à des protestations verbales, et l’impact de ces droits sur les prix aux États-Unis, alors que la hausse du pétrole alimente déjà les craintes inflationnistes avant la réunion de la Réserve fédérale des 28 et 29 juillet.
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